Les «heureux du bitcoin»: qui sont les particuliers détenteurs de crypto-monnaies?

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Ils ont investi et ils ont revendu. Les « heureux du bitcoin » ont eu le nez fin : alors que la plus connue des crypto-monnaies atteignait le 16 février dernier des sommets inégalés, franchissant pour la première fois la barre des 50 000 dollars avant de redescendre brutalement, certains ont profité de l’occasion pour revendre leurs actifs et empocher leurs gains.

« J’ai immédiatement su que cela allait changer le monde », affirme Leven depuis sa maison sur la côte californienne. Le quadragénaire découvre le bitcoin en 2012, alors que la cryptomonnaie est encore peu connue du grand public. Rapidement convaincu de son potentiel, il investit sans hésiter plusieurs milliers de dollars. Et ne le regrette toujours pas aujourd’hui : « J’ai vendu la moitié de mes actifs en 2018, raconte-t-il. Depuis, j’ai quitté mon travail et je vis confortablement. » Grâce à sa plus-value, l'ancien informaticien a acheté deux maisons et réalisé plusieurs investissements, qui lui ont permis de prendre sa retraite avant ses 40 ans.

Mais cette « success story » n’est pas à la portée de tous. « Il n’y a pas d’argent facile, affirme Xavier*. Le seul moyen de devenir riche avec le bitcoin, c’est de prendre énormément de risques ou d’investir beaucoup d’argent au départ. »

Le jeune homme de 25 ans est néanmoins « content » de son investissement, qui lui a permis de rembourser sa formation professionnelle. « J’ai gagné de l’argent sans travailler », résume-t-il. Si l’assertion peut paraître immorale, l’apprenti trader assume. « En décembre 2019, j’ai eu une promotion et j’ai commencé à faire des économies. Mais le livret A proposait un taux de rémunération vraiment bas. » Il décide alors d’acheter des bitcoins sur un site dédié, un « exchange », français.

Des utilisateurs jeunes et masculins, aux revenus souvent modestes

D’après une étude Ifop commandée par le site Cointribune, la majorité des utilisateurs de bitcoin sont ainsi des hommes jeunes aux revenus plutôt modestes, dont la motivation première est la spéculation.

C’est le profil de Boris, 31 ans. Employé dans la restauration au Luxembourg, il s’est lancé dans la cryptomonnaie, déçu par les possibilités de placement que lui proposait sa banque et poussé par l’urgence provoquée par le coronavirus et la fermeture des restaurants. « J’ai investi environ 10% de l’ensemble de mes économies, pour ne pas prendre trop de risques », se souvient-il. Car la démarche est dangereuse : les variations du bitcoin, qui évolue sans être adossé à une banque ou à un État, peuvent amener fortune comme ruine en quelques minutes.

C’est d’ailleurs la volatilité du bitcoin, associée à son caractère extrêmement spéculatif, qui a poussé les deux hommes à se retirer du marché, après les y avoir attiré. « Lorsque j’ai vu que cela montait trop haut et trop vite en décembre dernier, je me suis dit qu’il fallait que j’arrête, confie Boris. J’y passais plusieurs heures par jour, cela me stressait trop ».

Un apprentissage en autodidacte

Les deux autodidactes expliquent ainsi s’être fixé des limites claires pour ne pas se laisser déborder par cette occupation d’un genre nouveau. « Mon objectif était de doubler mon investissement, explique Boris. Quand cela a été le cas, j’ai vendu mes bitcoins, même si cela continuait à monter. Parfois, je regrette un peu, mais je me dis que ce n’était pas du casino : je me suis renseigné avant d’investir, et il faut savoir s’arrêter. »

Tous deux ont mené un long travail d’information avant de se lancer, afin à la fois de savoir où aller et de se rassurer. « Je me suis renseigné, explique Xavier. Je n’y suis pas allé tête baissée, il faut savoir un minimum ce que l’on fait. »

À écouter aussi : Bitcoin: une monnaie d’avenir ?

Mais d’autres utilisateurs arrivent au bitcoin presque par hasard. Hervé, 58 ans, explique ainsi avoir acheté pour 50 euros de bitcoin en 2018, afin de « voir comment cela fonctionnait ». Attiré au départ par la possibilité de subventionner des auteurs ou des artistes sur internet sans avoir à passer par des cagnottes en ligne, il « s’amuse à spéculer » quelque temps, puis finit par tout vendre avec une plus-value d’une centaine d’euros. « Il y a un côté qui me gêne, comme la bourse, confie-t-il. Cet argent, je ne l’ai pas gagné et je ne l’ai pas mérité. »

Des liens avec le Darknet

Le bitcoin est en effet souvent critiqué pour son caractère spéculatif, mais également pour ses liens supposés avec le crime organisé sur internet. Avant sa fermeture par le FBI, SilkRoad, un site vendant des produits illicites sur le Darknet, utilisait le bitcoin comme seule monnaie d’échange. Un commerce qui perdure encore aujourd’hui.

François* a ainsi acquis ses premiers bitcoin en 2016 avec un seul objectif : acheter de la drogue sur le Darknet. « L’ami qui me fournissait habituellement n’avait pas de plan, explique cet informaticien de 47 ans, fumeur de marijuana et consommateur de drogues récréatives. Il m’a indiqué un site internet ». Il convertit alors 400 euros en bitcoin pour mener ses transactions en toute discrétion, et oublie peu à peu son investissement.

C’est ainsi qu’il tombe de haut, début février 2021, en consultant sa « wallet », le portefeuille numérique où il garde ses bitcoins. « J’ai l’équivalent de 2 000 euros, alors que je n’ai investi une telle somme, s’exclame-t-il. Pendant quelques jours, je me suis fait des films, je me suis dit que j’allais devenir millionnaire. » Mais il est depuis revenu à la réalité : « je n’ai pas acheté de bitcoins pour spéculer, affirme-t-il. Ce que j’aime à me dire, c’est que pendant deux ans, j’ai acheté de la drogue gratuitement. »

* Certains prénoms ont été changés.