Hélène Thouy : "J’entendais les animaux hurler, et je me bouchais les oreilles pour éviter d’entendre cette horreur"

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Hélène Thouy, candidate du Parti animaliste à la présidentielle, est encore inconnue du grand public. L'avocate de 38 ans s'est confiée à Yahoo sur son engagement pour les animaux depuis l'enfance et sa campagne loin des grands partis.

En 2019, son parti avait créé la surprise aux élections européennes, en obtenant 2,2% des suffrages. "Sans médiatisation, et sans moyens, c’était énorme", note Hélène Thouy, coprésidente du Parti animaliste. Désormais candidate à l’élection présidentielle, elle répond aux questions de Yahoo sur la naissance de son engagement pour les animaux et sa campagne difficile pour obtenir des parrainages.

"J’habitais à la campagne, au contact des animaux"

Hélène Thouy ne mange plus d’animaux depuis plus de 30 ans. "Je suis devenue végétarienne à l’âge de 7 ans… On dit souvent que c’est l’âge de raison", sourit-elle. Pour la petite fille qu’elle était, cette décision était "quelque chose d’assez naturel, de normal en fait".

"J’habitais à la campagne, au contact des animaux", raconte celle qui a grandi dans le Sud-Ouest. "Ma grand mère le weekend avait l’habitude de tuer un poulet pour le repas du dimanche. Très vite, j’ai pris conscience que je ne voulais pas participer à cela".

"J’ai le souvenir de me boucher les oreilles pour éviter d’entendre cette horreur"

La présence d’un abattoir près de la maison de sa grand-mère a également pesé sur son choix. "Régulièrement, j’entendais les animaux hurler, et j’ai le souvenir de me boucher les oreilles pour éviter d’entendre cette horreur."

Avec le recul, Hélène Thouy s’estime chanceuse "d’avoir des parents qui ont été très compréhensifs avec moi, qui n’ont pas essayé de me forcer." Pourtant, "à cette époque, on parlait très peu de végétarisme, et on mettait beaucoup en cause les parents qui laissaient leurs enfants devenir végétariens".

"Ils ne voient la lumière du jour qu’une seule fois dans leur vie : lorsqu’on les amène à l’abattoir"

Tout naturellement, l’une de ses principales bêtes noires est l’élevage industriel. Le sujet est très concernant, puisque "neuf animaux sur 10 consommés en France proviennent de l’élevage intensif". "C’est un élevage concentrationnaire, où les animaux ne voient la lumière du jour qu’une seule fois dans leur vie, lorsqu’on les amène à l’abattoir", dénonce-t-elle. Les poules vivent dans un espace "à peine plus grand qu’une page A4".

Outre la souffrance animale, la candidate est sensible aux dangers de ce type d’élevage pour l’homme. L’élevage intensif fait peser "des risques sanitaires gigantesques pour notre humanité", affirme-t-elle, s’appuyant sur les travaux de groupes d’experts internationaux. Hélène Thouy cite notamment des conclusions de l’IPBES, un groupe d’experts sur la biodiversité, sur le "risque de développement de futures pandémies". Elle plaide donc pour une baisse de 50% de la production et de la consommation de produits d’origine animale.

"Le droit était impuissant à rendre justice aux animaux"

Avant de faire de la politique, Hélène Thouy a eu une carrière d’avocate. Elle travaille notamment avec l’association de défense des animaux L214. Mais au fil de son "combat judiciaire", elle constate que "souvent le droit est impuissant à rendre justice aux animaux". C’est pour cela qu’elle a décidé d’en faire un "combat politique", en créant en 2016 le Parti animaliste.

Les parrainages, "un vrai parcours du combattant"

Il n’est pas facile de se faire une place dans une campagne présidentielle quand on a un petit et jeune parti. Pour Hélène Thouy et les militants du Parti animaliste, la récolte des 500 parrainages nécessaires à sa candidature est "un vrai parcours du combattant".

La candidate compte actuellement la moitié des 500 signatures de grands électeurs. Elle a bon espoir d’atteindre ce nombre, mais elle lance tout de même un appel : "allez voir votre maire, et si vous êtes maire, donnez votre parrainage, c’est important. Ce n’est pas un soutien, c’est la possibilité donnée à un candidat de porter dans le débat présidentiel un sujet important pour nos concitoyens".

"Je suis réaliste sur les possibilités d’être élue"

Malgré son optimisme, Hélène Thouy est lucide sur l’issue du scrutin présidentiel. "Je n’ai pas la prétention aujourd’hui de dire que je veux gouverner la France", lâche celle qui se dit "réaliste sur les possibilités d’être élue". Pour autant, la candidate assure qu’elle serait en mesure de former un gouvernement avec des ministres animalistes, car "les compétences sont là".

"Il n’y aura aucune alliance" avec d’autres partis, même EELV

Même si elle ne pense pas se qualifier pour le second tour de la présidentielle, Hélène Thouy n’envisage "aucune alliance" et ne soutiendra aucune autre candidature. "On refuse d’infantiliser les électeurs", à qui elle ne veut pas donner de consignes de vote.

On considère que Pas même du côté des écolos ? "Ce qui nous différence d’Europe Ecologie les Verts, mais aussi de l’ensemble des formations politiques, c’est que nous sommes transpartisans", répond Hélène Thouy pour qui "la cause animale dépasse les clivages politiques". "Nous ne pouvons pas continuer à traiter les animaux comme nous le faisons, et il faut le courage et la détermination politique de porter des mesures ambitieuses pour les animaux", assure la militante.

"Il est impératif de créer un ministère de la cause animale"

S’il parvient à faire émerger ce thème dans une campagne présidentielle dominée par le Covid-19, le Parti animaliste aura déjà un peu gagné. L’un de ses autres combats est d’obtenir la création d’un "ministère de la cause animale", séparé du ministère de l’Agriculture, qui gère pour l’instant ce volet.

"Le ministère de l’Agriculture est sensé défendre les intérêts des animaux et de ceux qui sont le plus amenés à faire souffrir les animaux", pointe Hélène Thouy. Il y a là un "conflit d’intérêts qui se résout toujours au détriment des animaux", dénonce-t-elle.

Retrouvez l'intégralité de l'interview d'Hélène Thouy ici :

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