Hekmatyar, l'ex-chef de guerre afghan aux alliances sinueuses

L'ex-chef de guerre afghan Gulbuddin Hekmatyar, le 4 mai 2017 à Kaboul

Kaboul (AFP) - Gulbuddin Hekmatyar, qui vient de regagner Kaboul à près de 70 ans, dont une vingtaine passés en exil, fut l'un des chefs de guerre les plus craints de la résistance afghane anti-soviétique, éphémère Premier ministre aux alliances sinueuses et toujours dénoncées.

D'apparence sévère, coiffé de son éternel turban noir, portant la barbe blanche fournie et de fines lunettes, il passe pour avoir été l'un des combattants les plus cruels du pays qui n'en a pas manqué, notamment pour avoir aveuglément bombardé Kaboul pendant la guerre civile (1992-1996).

Cet épisode, qui fit des dizaines de milliers de morts, lui a valu dans la presse internationale le surnom de "boucher de Kaboul".

Pachtoune sunnite, il n'a cessé de nouer et dénouer les alliances, se retournant contre ses alliés du moment. Le chef des moudjahidine de l'Alliance du Nord, Ahmad Shah Massoud, autre combattant anti-soviétique de légende, en a fait plusieurs fois l'expérience, à Kaboul comme dans son fief du Panjshir.

Né en 1947 dans la province de Kunduz (nord), dans une famille pieuse et pauvre, Hekmatyar a rejoint les communistes. En 1972, il a pourtant été emprisonné pour avoir tué un étudiant maoïste et vitriolé une jeune fille non voilée.

Soutenu durant l'invasion soviétique par l'Arabie Saoudite, le Pakistan et les Etats-Unis, Hekmatyar a perdu le soutien du Pakistan, qui s'est tourné vers les talibans lorsque ceux-ci ont pris le pouvoir à Kaboul en 1996.

Réfugié en Iran, puis au Pakistan où il aurait séjourné la plupart de ces 20 dernières années, il a ensuite appelé à la "Guerre sainte" contre les Etats-Unis et les troupes étrangères qui venaient de chasser les talibans. Puis en 2004, il a pris parti pour l'opposition armée au président d'alors, Hamid Karzai.

Après le 11 septembre 2001, les Etats-Unis l'ont accusé d'avoir oeuvré au côté d'Oussama Ben Laden et l'ont placé sur la liste des "terroristes internationaux". Il y figure toujours, même si les Américains se sont félicités d'un accord qui lui garantit l'immunité.

L'ONU quand à elle, a levé ses sanctions en février, après que la France a renoncé à ses réserves: Hekmatyar avait fomenté l'embuscade d'Uzbin contre les soldats français qui avait fait dix morts en 2008 dans la vallée afghane de la Kapisa.

L'accord de paix signé en septembre 2016 avec le président Ashraf Ghani est dénoncé par les organisations de défense des droits de l'Homme comme Human Rights Watch (HRW), qui dénoncent une "culture d'impunité" entretenue par le gouvernement afghan et les bailleurs internationaux.

HRW cite, outre les bombardements sur Kaboul, les massacres de civils, les assassinats d'intellectuels, de journalistes et de militants féministes imputés à Hekmatyar.

Considéré comme le deuxième groupe insurgé le plus important après les talibans, le Hezb-i-Islami est resté largement inactif récemment - sa dernière attaque à Kaboul, en 2013, avait fait 15 morts dont cinq Américains.

Depuis son retour officiel au pays le 29 avril, il pose en faiseur de paix et ne cesse d'appeler les talibans à déposer les armes.

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