Hayao Miyazaki a 80 ans: cinq de ses classiques à revoir ou à découvrir

Jérôme Lachasse
·5 min de lecture
Hayao Miyazaki en juillet 2018, dans les studios Ghibli. - Yoshikazu Tsuno - AFP
Hayao Miyazaki en juillet 2018, dans les studios Ghibli. - Yoshikazu Tsuno - AFP

Hayao Miyazaki, le maître de l'animation japonaise célèbre à travers le monde pour ses contes écologiques et oniriques comme Mon voisin Totoro ou Le Voyage de Chihiro, fête ce mardi 5 janvier son quatre-vingtième anniversaire. Voici cinq de ses grands classiques, qui le racontent en filigrane.

"Mon voisin Totoro" (1988)

Considéré comme l’un des plus grands films de l’histoire du cinéma, Mon Voisin Totoro s’appuie sur une trame simple qui mêle le mythe d'Alice au pays des merveilles au folklore japonais.

Destiné aux enfants comme aux parents, ce conte intemporel sur l’enfance, la peur de l’abandon et la mort raconte les premiers pas de deux sœurs, Mei et Satsuki, dans leur nouvelle maison pendant la convalescence de leur mère, atteinte d’une grave maladie. Alors qu’elles s’aventurent dans leur jardin, elles y découvrent Totoro, une créature mythologique bienveillante.

Mon voisin Totoro est un film très personnel pour Hayao Miyazaki, qui y évoque d’une manière très pudique la tuberculose de sa mère. Film le plus emblématique du studio, il en a également inspiré le logo.

A voir ou revoir si vous avez aimé: Ponyo sur la falaise, autre conte écologique sur la rencontre entre un enfant et une créature magique.

"Kiki la petite sorcière" (1989)

Comme Mon voisin Totoro, Kiki la petite sorcière est un film sans antagoniste. L’histoire se déroule dans un monde où les sorcières ont été acceptées par la société. À l’âge de 13 ans, les jeunes sorcières sont envoyées par leurs parents dans une ville de leur choix pour y apprendre la vie. Kiki s’envole donc avec son chat Jiji vers une cité balnéaire aux allures de Dubrovnik où elle devient apprentie boulangère.

Pour aider la propriétaire des lieux, elle décide de mettre en place un système de livraison à domicile avec son balai. Un prétexte à une série de rencontres avec des personnages attachants qui vont permettre à Kiki d’évoluer et de grandir. Malgré son point de départ fantastique, Kiki la petite sorcière est un des récits les plus réalistes de Miyazaki et dresse le portrait précis et émouvant du moment où l’enfance cède la place à l’âge adulte.

A voir ou revoir si vous avez aimé: Le Château ambulant, autre conte sur la difficulté de trouver sa place dans le monde, mais dont la narration alambiquée peut dérouter.

"Princesse Mononoké" (1997)

Loin de la contemplation de Kiki la petite sorcière, Miyazaki retrouve avec Princesse Mononoké la rage du manga Nausicaä de la vallée du vent. Lui d’habitude si tendre avec ses personnages laisse éclater au grand jour sa fureur, dans une histoire au style réaliste et à l’imaginaire inquiétant. Premier grand succès international du réalisateur, Princesse Mononoké est son unique tentative dans le genre du jidai-geki, le film de samouraïs.

Il y suit à l’ère Muromachi (1336-1573) les destinées sanglantes de Ashitaka et San, deux guerriers conçus comme des versions adultes de Pazu et Sheeta, le couple du Château dans le ciel. Le réalisateur de Mon voisin Totoro renoue aussi dans Mononoké avec l’animisme et fait la part belle aux divinités et aux démons sylvestres dans des séquences qui effraient souvent plus qu’elles n’émerveillent.

A voir ou revoir si vous avez aimé: Nausicaä de la vallée du vent, autre portrait bouleversant d'une guerrière qui se révèle être une figure messianique.

"Le Voyage de Chihiro" (2001)

S’il ne fallait garder qu’un seul film de Hayao Miyazaki, ce serait celui-là. Sorti en 2001, Le Voyage de Chihiro est un condensé de son œuvre et de ses obsessions, porté par une mise en scène époustouflante, des couleurs étourdissantes et un imaginaire merveilleux au service d’une histoire conçue en réaction à la modernisation du Japon.

Si cette dimension politique et mélancolique échappe sans doute aux jeunes spectateurs, cette relecture d'Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll n'en est pas moins déchirante pour eux: impossible de ne pas être bouleversé par cette histoire d’une adolescente qui doit apprendre à vivre sans ses parents. Un sentiment universel qui ne cesse d’inspirer Miyazaki.

A voir ou revoir si vous avez aimé: Le Château dans le ciel, autre relecture miyazakiesque de récits européens: Les Voyages de Gulliver du britannique Jonathan Swift et Le Golem de l'Autrichien Gustav Meyrink.

"Le Vent se lève" (2013)

Dernier film en date de Hayao Miyazaki, Le Vent se lève est le premier de sa carrière à mettre en scène une histoire dans un cadre réaliste et historique bien précis sans recourir au fantastique. Pour cette raison, Le Vent se lève est aussi son œuvre la plus controversée. Accusé de passer sous silence un des événements les plus tragiques de l’Histoire du Japon tout en étant considéré comme antijaponais par les milieux conservateurs nippons, ce film a été source de malentendus.

Le Vent se lève raconte la vie de l’ingénieur japonais Jirô Horikoshi (1903-1982), concepteur des avions de chasse Mitsubishi A6M Zero utilisés à Pearl Harbor, et son histoire d’amour avec Naoko, une jeune peintre atteinte de la tuberculose. A travers le personnage de Jirô Horikoshi, Miyazaki cherche moins à évoquer l’Histoire qu'à comprendre les motivations de son père, constructeur aéronautique qui fournissait au véritable Jirô Horikoshi des gouvernails pour l’avion Zéro. Ce que Miyazaki lui a toujours reproché.

Profondément antimilitariste bien que passionné d’avions et de chars de combat, Miyazaki réalise avec Le Vent se lève son film le plus personnel, ainsi qu'un portrait de ses contradictions: celui d'un auteur entre rêve et réalité, conscient de la complexité du monde et des beautés qu’il recèle.

A voir ou revoir si vous avez aimé: Porco Rosso, autre conte de Miyazaki qui mêle fantastique et histoire pour dénoncer la montée des extrémismes.

Article original publié sur BFMTV.com