Haut-Karabakh: «Ceux qui n’ont pas vu le sang couler n’ont pas leur mot à dire»

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En Arménie, la pression politique sur le Premier ministre s’accentue : son ministre des Affaires étrangères a démissionné et le président, figure appréciée dans le pays, a réclamé la convocation d’élections anticipées. Pourtant, l’ambiance et la très forte contestation de l’arrêt de la guerre au Haut-Karabakh sont en décalage avec beaucoup de discours de soldats revenus du front, surtout ceux de la jeune génération.

De notre envoyée spéciale en Arménie,

Le parking de l’hôpital est plein, des dizaines de familles anxieuses attendent très tôt le matin des nouvelles d’un des leurs dans la lumière claire de ce début d’hiver très doux. L’hôpital militaire est débordé, alors cet établissement de la banlieue d’Erevan a poussé les murs pour accueillir les soldats blessés : sa maternité s’est transformée en centre de rééducation.

Pour rencontrer David, 19 ans, il a fallu se faire discret : toujours dans l’armée, le jeune homme n’a pas le droit de s’exprimer publiquement et les hôpitaux ne sont pas ouverts à la presse. C’est sa mère qui a poussé son fauteuil roulant dans un coin discret de la cour pour qu’il raconte à RFI le déroulé de ces dernières semaines. Il ne lui restait plus que huit mois de service militaire à faire, quand il a été envoyé se battre en première ligne sur le front du sud : « Dès le départ, je me suis retrouvé dans la zone la plus intense de ce conflit. On a donné le meilleur de nous-mêmes pour protéger la patrie même si on a dû reculer pour se défendre. Je suis sûr qu’on a su tirer le meilleur de ce qu'on avait comme équipement, mais nous nous étions préparés pour une guerre terrestre. C’était dur, je l’avoue. »

Une guerre qui s’est jouée dans les airs

Blessé gravement dès le 7 octobre par les éclats d’un tir de missile, au dos et à un pied, il raconte la prise de conscience immédiate de la supériorité militaire de l’armée azerbaidjanaise. Tous ceux revenus du front le disent, les avions et les drones israéliens et turcs, ils n’y étaient pas préparés, et le prix en pertes humaines a été très lourd. « On ne savait pas de quel côté, à quel moment et comment ça tombait », détaille David.

Au sein de cette jeune génération qui affrontait la guerre pour la première fois, c’est aussi l’incompréhension qui domine face à la contestation et l’agitation politique dans la capitale. « Ça n’est qu’un jeu pour le pouvoir », explique David à RFI qui, avec sa voix douce, ajoute ces mots tranchants : « Il faut garder la tête froide, il fallait arrêter cette guerre pour sauver des vies. Ceux qui ne se sont pas battus, qui n’ont pas vu le sang couler, n’ont pas leur mot à dire là-dessus. Cet accord nous donne du temps pour panser les blessures et relever la tête, reprendre notre souffle et être mieux préparés pour la prochaine guerre. »

Pour l’instant, ce jeune homme songe surtout à se remettre et à faire fonctionner à nouveau son pied le mieux possible pour atteindre son objectif : devenir coach sportif.

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