Haut-Karabakh: «Je suis chef cuisinier, mais je suis aussi un bon guerrier»

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Alors que l'étau azerbaïdjanais se resserre autour du Haut-Karabakh, les Arméniens continuent de se mobiliser et refusent de croire en la défaite.

Avec nos envoyés spéciaux à Erevan, Anastasia Becchio et Richard Riffonneau

Cela fait un mois que la terrasse du restaurant de Sarkis Matevossian, avec vue imprenable sur les montagnes pelées de la région touristique de Vayots Dzor, n’a pas vu passer un seul visiteur. L’activité déjà ralentie par l’épidémie de Covid-19 est stoppée par la guerre. Une guerre que ce chef cuisinier s’apprête à rejoindre.

« Depuis un mois, je n’arrive plus à manger normalement, je ne dors pas. Chaque seconde, je pense à la guerre. C’est juste impossible de travailler. Des gens meurent là bas, comment puis-je continuer à travailler ? J’ai décidé qu’il fallait absolument que j’y aille. Mais je suis en retard. J’aurais dû déjà y être. »

« Dans notre caractère de nous défendre »

Sarkis va partir avec une petite équipe de volontaires hommes et femmes. Certains iront cuire du pain, d’autres coudrent des vestes pour les soldats. Lui ne sait pas encore ce qu’il fera sur place. « Je suis chef cuisinier, mais s’il le faut, je suis aussi un bon guerrier. Je sais tirer. »

Un mois après le déclenchement de ce nouveau conflit dans le Haut-Karabakh, l’étau se resserre autour de l'enclave séparatiste à majorité arménienne, et en particulier du corridor de Latchin, voie de passage principale avec l’Arménie. Les forces azerbaïdjanaises sont désormais à quelques kilomètres de la ville stratégique de Chouchi, de l’aveu des autorités du Haut-Karabakh. Ce jeudi, la principale ville de la région, Stepanakert a été touchée par une attaque massive de missiles pendant plusieurs heures. Des civils ont été blessés.

Malgré tout, Sarkis, comme bon nombre de ses concitoyens, ne croit pas en la défaite. « Je pense que c’est impossible. C’est dans notre caractère de nous défendre. Quoi qu’il arrive, nous allons nous défendre. Nous ne lâcherons pas. » Sarkis part en pensant à son fils. « Il a 14 ans, dit-il. Et dans quatre ans, je ne veux pas qu’il ait à faire la guerre ».