Le Haut Conseil pour le climat de Macron sous le feu des critiques

Le Haut Conseil pour le climat de Macron sous le feu des critiques

Emmanuel Macron a installé, mardi, un Haut Conseil pour le climat pour accompagner la transition écologique. Cette nouvelle instance se veut une réponse aux "Gilets jaunes". Mais certains experts en questionnent l'utilité.

Ses missions restent pour l’heure assez vagues et sa pertinence est mise en doute par certains experts. Un Haut Conseil pour le climat a été mis en place, mardi 27 novembre, par le président de la République. Emmanuel Macron a lui-même à peine évoqué la nouvelle instance, lors de son très attendu discours sur la transition écologique prononcé à l’Élysée : "Ce Haut Conseil pour le climat doit permettre de rétablir des faits, des vérités scientifiques", a-t-il simplement dit.

Il avait pourtant réuni, mardi matin, une partie du gouvernement pour installer ce conseil, composé de 13 experts, dont Laurence Tubiana, ex-négociatrice pour la France lors de la COP21, Pascal Canfin, directeur général de WWF France, ainsi que des climatologues ou des économistes. Ce Haut Conseil pour le climat sera "doté de moyens" et pourra "intervenir sur toutes les politiques publiques" en ayant en charge de s'assurer de "la soutenabilité sociale et économique" de ces politiques, a assuré  l'Élysée au JDD.

Conseiller le gouvernement

La réunion de mardi matin, tenue à huis clos, avait pour objectif de fixer les missions de cette structure placée sous l'autorité du Premier ministre. D'un contour assez flou, l’instance devrait conseiller le gouvernement en matière de transition écologique, évaluer les mesures prises et étudier les impacts sociaux des décisions écologiques.

Pour  Chloé Vlassopoulou,  spécialiste des politiques climatiques au Centre universitaire de recherches sur l'action publique et le politique, contactée par France 24, "la création d’un comité est une mesure classique d’un gouvernement en difficulté".

Pour Laurence Tubiana, ce Haut Conseil doit "avoir un rôle d'expertise indépendante, technique, économique" et "répondre à cette question : est-ce que la France est dans les clous pour respecter l'accord de Paris, globalement et par secteur ? Si tel n'est pas le cas, que faut-il faire ?" Car à quelques jours de la COP 24 qui aura lieu à Katowice, en Pologne, la France pèche, notamment en termes d’émission de CO2.

En effet, selon le premier bilan de l'Observatoire climat-énergie des ONG Réseau Action Climat et CLER, les objectifs français n'ont pas été atteints en 2017 (comme en 2016..) : les émissions nationales de gaz à effet de serre ont dépassé l'an dernier de 6,7 % le budget que l'État s'était fixé.

"Énième comité"

Un bilan que dénoncent les ONG environnementales. "Le climat n'a pas besoin d'un énième comité mais de mesures fortes pour mettre en place les solutions déjà connues", a twitté Jean-François Juliard, le président de Greenpeace France, soulignant par ailleurs qu’existait déjà "un conseil national pour la transition écologique, un conseil environnemental, un ministère de l'écologie"…

Un point de vue que partage Corinne Lepage, ancienne ministre de l’Environnement.

"Il existe déjà en nombre des instances pour accompagner la transition énergétique, on se demande bien quel pourra être l’utilité de cette structure supplémentaire", abonde Chloé Vlassopoulou. L’universitaire note également un "recyclage" des mêmes experts entre les différentes commissions et comités sur la transition écologique. L’un des membres du Haut Comité pour le climat, Michel Colombier, étant dans le même temps directeur du Conseil d’experts pour la transition énergétique (CETE), une autre structure dédiée…

Chloé Vlassopoulou s’interroge enfin sur la composition de ce Haut Comité, où siègeront "beaucoup d’économistes, mais peu de spécialistes des politiques publiques, alors qu’il serait intéressant d’essayer de comprendre pourquoi nos politiques publiques en matière de transition énergétique sont peu ou mal appliquées".

Et il y a urgence :  le monde s'éloigne de son objectif de maîtrise du réchauffement climatique, a alerté mardi l'ONU dans un rapport annuel sévère.

 

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Le Haut Conseil est composé de Valérie Masson-Delmotte (paléoclimatologue), Katheline Schubert (économiste), Céline Guivarch (économiste), Pierre Larrouturou (économiste), Jean-François Soussana (directeur scientifique de l'INRA),  Corinne Le Queré (climatologue), Laurence Tubiana (ex-ambassadrice pour les négociations de la Conférence de Paris de 2015), Alain Grandjean (économiste), Michel Colombier (co-fondateur de l'Institut du développement durable et des relations internationales - IDDRI), Pascal Canfin (directeur France du WWF), Marion Guillou (présidente d'Agreenium), Jean-Marc Jancovici (climatologue) et Benoît Leguet (directeur général d'I4CE).