Hausse de la radioactivité à Tchernobyl: la communauté scientifique vigilante mais pas alarmiste

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La centrale de Tchernobyl sous son arche d'acier.  - Sergueï Supinsky
La centrale de Tchernobyl sous son arche d'acier. - Sergueï Supinsky

Le phénomène n'est ni unique ni tout à fait inattendu mais sa localisation et le manque de données ne permettent pas de le cerner comme il faut. Vendredi dernier, la revue scientifique Science a noté la hausse de la radioactivité sur le site de la centrale de Tchernobyl, en Ukraine, au cours des quatre dernières années.

Plus exactement, des capteurs ont enregistré une lente augmentation du nombre de neutrons dans les masses de fuel enfouies dans la salle 305/2, sous les décombres du réacteur 4, celui-là même qui avait explosé le 26 avril 1986. Une recrudescence qui trahit des réactions de fission.

Inaccessible

Les scientifiques balancent entre deux attitudes face à cette information. D'un côté, ils rejettent très clairement l'idée d'une nouvelle catastrophe comparable à celle de 1986 ("Il n'y a aucune chance qu'on revive ce qu'on a vécu en 1986", souligne même Science en tête de son dossier), de l'autre la tendance suivie par les neutrons et la difficulté de la tirer au clair obligent à la prudence, voire à une forme de préoccupation.

La salle 305/2 n'est pas seulement interdite, elle est surtout inaccessible. Autant dire qu'il est délicat de se faire une idée bien précise de ce qui s'y passe. Igor Le Bars, directeur de l’expertise de sûreté à l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire, en est réduit à échafauder des hypothèses sur notre antenne:

"Quand les neutrons ont beaucoup d’énergie, ils sont peu réactifs donc donnent peu de réactions. Quand ils sont ralentis, ils vont provoquer beaucoup plus de réactions et l’eau est l’un des matériaux qui peut les ralentir."

Ralentissement et assèchement

Pourtant, on avait lieu de penser ce danger dissipé. Après le premier sarcophage posé dans les premiers mois ayant suivi l'accident nucélaire - par des ouvriers qui pour beaucoup ont vu leur intervention récompensée par une maladie ou par la mort - les autorités ukrainiennes avaient résolu l'édification d'une arche d'acier afin de parfaire la structure.

Celle-ci devait pallier le défaut de la première installation: les infiltrations d'eau en l'occurrence. La construction de l'arche, initiée en 2007, a pris de longues années de retard avant d'être enfin installée en 2016, au lieu de 2012 initialement. Elle n'a été totalement achevée et équipée qu'en janvier 2019. "Le nouveau sarcophage limite les infiltrations d’eau", a d'abord admis Igor Le Bars, avant d'enchaîner: "Donc il y a plutôt un assèchement de la matière et donc une partie des gens pensaient que ça irait plutôt dans le sens d’une décroissance de la radioactivité. Est-ce que c’est l'assèchement ? C’est difficile à dire, on a très peu de données."

Le même spécialiste avait précisé auprès du Figaro dès vendredi: "On peut par exemple envisager que le séchage du combustible permette aux neutrons de diffuser plus facilement et à plus haute énergie, et donc d’atteindre les compteurs qui avant ne les percevaient pas."

Un phénomène récurrent

Les réactions observées à Tchernobyl sont en tout cas récurrentes en pareil cas. "Il en est fait mention tous les 5 ou 10 ans", a glissé Igor Le Bars au quotidien. "Il ne faut pas se préparer à un accident nucléaire imminent. Il ne s’agit pas de phénomènes explosifs, car des contre-réactions vont les atténuer naturellement", a-t-il encore affirmé.

Le risque encouru serait plutôt le suivant: un accident de criticité - c'est-à-dire une libération fortuite de rayonnements et de gaz radioactifs consécutif à une réaction en chaîne. Et si un tel événement venait à se produire, ce qui n'est pas certain, il restera à évaluer sa dangerosité le moment venu. Un facteur qui devra impérativement être pris en compte au moment du démantèlement du site.

Article original publié sur BFMTV.com

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