Harcèlement scolaire : en tant que parent, que faire si votre enfant harcèle un camarade de classe ?

« L’agresseur, si on ne le répare pas, poursuivra ailleurs, soupire Catherine Verdier. Dans les situations de harcèlement, les victimes ont évidemment besoin d’aide, les harceleurs aussi. »
SolStock / Getty Images « L’agresseur, si on ne le répare pas, poursuivra ailleurs, soupire Catherine Verdier. Dans les situations de harcèlement, les victimes ont évidemment besoin d’aide, les harceleurs aussi. »

HARCÈLEMENT SCOLAIRE - 19 % des jeunes ont déjà été victimes de harcèlement scolaire en France. Ce chiffre, révélé ce 7 novembre 2023 par une étude de l’IFOP et l’association Marion la main tendue, a de quoi préoccuper de nombreux parents, trop rarement accompagnés face à la question du harcèlement à l’école.

Ces victimes de harcèlement scolaire nous racontent les séquelles qu’elles ont gardées longtemps après

Si certaines actions peuvent aider quand son enfant est victime de harcèlement, la marche à suivre est différente dans le cas où on découvre qu’il est responsable des souffrances d’un de ses camarades. Moqueries sur les réseaux sociaux, stigmatisation répétée d’une particularité d’un autre élève, violence physique, participation à l’effet de groupe en riant à des remarques blessantes… En tant que parent, si vous remarquez ces comportements chez votre enfant, il est possible (et nécessaire) d’agir.

En cette veille de journée nationale de lutte contre le harcèlement à l’école, voici les conseils d’Hugo Martinez, président de l’association HUGO ! qui lutte contre le harcèlement à l’école et de Catherine Verdier, psychologue et autrice de plusieurs ouvrages sur le harcèlement scolaire.

De la difficulté de voir les situations de harcèlement

Catherine Verdier le souligne, en tant que parent, on ne voit pas toujours que son enfant harcèle un élève de sa classe. « Les enfants ne viennent pas s’en vanter auprès des adultes, et les situations de harcèlement ne s’identifient pas toutes de la même manière », précise la psychologue, rappelant que chaque configuration est différente.

Mais dans le cas où l’on apprendrait que son enfant participe à une dynamique harcelante, le mot d’ordre indispensable de la psychologue est le calme. « L’envie est très grande d’accuser les autres, ou au contraire de se mettre très en colère contre son enfant. Mais réussir à bien comprendre la situation, il faut pouvoir lui en parler calmement, sans le pointer du doigt. »

Inutile toutefois, selon Catherine Verdier, d’espérer que son enfant passe aux aveux. « Dans l’immense majorité des cas, l’enfant dira que c’est faux, explique-t-elle. C’est un point commun dans les mécanismes de harcèlement : ceux qui y participent pensent que ce n’est pas de leur faute. Mais si un parent s’en rend compte, on a déjà fait une bonne partie du chemin. »

Travailler l’empathie et la justice réparatrice

Tenter de comprendre les raisons de cette situation est une étape difficile, mais majeure. « Il faut essayer de lui demander ce qu’il retire de tout ça, quels en sont les bénéfices ? », poursuit la psychologue. Pour Hugo Martinez, il est capital de travailler sur la question de l’empathie, et d’aider son enfant à se mettre à la place de sa victime : « En famille, il faut accompagner l’enfant à se poser des questions : si on te disait ou faisait la même chose, est-ce que tu l’accepterais ? Les propos que tu tiens sur les réseaux sociaux, est-ce que tu les dirais à quelqu’un dans la rue ? »

Mais le président de l’association HUGO ! est catégorique : la situation ne peut pas se régler uniquement au sein de la famille. « On recommande un accompagnement thérapeutique et psychologique. Ça permet à l’enfant de trouver d’autres leviers que la violence pour reprendre confiance en lui, par exemple. »

Quand cela est possible, Catherine Verdier recommande de travailler en symbiose avec l’établissement scolaire, et d’impliquer son enfant au maximum dans toutes les conversations. « Les excuses sont indispensables, souligne-t-elle, et les sanctions aussi. Dans le cas du harcèlement, il est très important d’essayer d’avoir une justice réparatrice : Quelles actions l’enfant peut-il mettre en place lui-même, pour essayer de réparer ce qu’il a fait ? »

Les deux experts déplorent qu’il existe peu de prise en charge pour les enfants responsables du harcèlement, et que la question soit rarement abordée. « Ce qu’on constate, dans notre travail avec l’association, c’est que les enfants qui harcèlent souffrent autant qu’ils font de mal. Souligne Hugo Martinez. Il faut les prendre en charge, les aider à identifier et à exprimer ce mal-être plutôt que les déplacer [en les changeant d’école comme cela a été promis par le ministère de l’éducation nationale, ndlr], ce qui ne changera rien. »

« On parle du harcèlement, mais jamais de l’après »

Catherine Verdier abonde en son sens. « L’agresseur, si on ne le répare pas, poursuivra ailleurs, soupire-t-elle. Dans les situations de harcèlement, les victimes ont évidemment besoin d’aide, mais les harceleurs aussi. » Elle tient à rappeler que ces situations ne sont pas toujours de la faute des parents : « On dit toujours c’est la faute des parents qui n’éduquent pas leurs enfants. C’est faux, et chaque situation est différente. Mais surtout, on leur tombe dessus sans chercher à comprendre, et sans proposer quoi que ce soit de constructif pour aider. Ensuite, on fait quoi ? On parle du harcèlement, mais jamais de l’après et de nombreux parents sont complètement démunis. »

Pour mieux lutter contre le harcèlement scolaire, il faut écouter et entendre les enfants. Hugo Martinez l’affirme : « Nos enfants sont des éponges, et ils vivent dans une société où ils constatent la violence des adultes. Ensuite, ça se reproduit à l’école. Il faut être de plus en plus vigilant et instaurer un climat de dialogue : il y a énormément de non-dits entre adultes et enfants, et dans une société où la violence et la force sont valorisées, on voit les résultats à long terme. »

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