Harcèlement scolaire: comment réagir quand son enfant est harceleur?

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Campagne contre le harcèlement à l'école, le 7 novembre 2019 - GEOFFROY VAN DER HASSELT © 2019 AFP
Campagne contre le harcèlement à l'école, le 7 novembre 2019 - GEOFFROY VAN DER HASSELT © 2019 AFP

Dans une affaire de harcèlement scolaire, il y a l’enfant harcelé, mais aussi son, voire ses harceleurs. En cette journée nationale de lutte contre le harcèlement scolaire, l’ampleur qu’a pris cette problématique - 1 enfant sur 10 en serait victime, 1 sur 5 en ce qui concerne le cyberharcèlement - illustre la nécessité de s’y attaquer sous tous ses aspects.

C’est-à-dire apprendre à mieux identifier les victimes et recueillir leur témoignage, mais aussi apprendre à réagir de la bonne manière quand on apprend que son enfant est le harceleur.

"On a souvent tendance à considérer que l’enfant harceleur est l’enfant méchant et qu’il n’a donc pas droit à une prise en charge. Or, il est nécessaire d’adopter une vision thérapeutique. Derrière un enfant harceleur, il n’y a pas qu’un enfant méchant", établit d'emblée Samuel Comblez, psychologue de l’enfance et de l’adolescence, président de l’association e-Enfance, qui lutte contre le cyberharcèlement.

· Pas de signes avants-coureurs

"Harceler quelqu'un, ce n'est pas comme si c'était une maladie qui se traduirait par des symptômes. Contrairement aux enfants harcelés, pour qui la situation peut se traduire par de l’anxiété, les enfants harceleurs ne modifient pas forcément leur attitude à la maison. Cela rend plus difficile pour les parents d’appréhender le problème", fait valoir Samuel Comblez.

Florence Millot, elle aussi psychologue de l’enfance et autrice de l’ouvrage Le harcèlement scolaire - se prémunir, le détecter, le résoudre est claire: "Il faut être conscient que ce n’est pas l’enfant harceleur qui va l’indiquer de lui-même. Il faut donc d’abord en parler avec celui qui nous a informé, pour se rendre compte de l’ampleur de la situation".

Un constat difficile à établir, d’autant que le mythe de l’enfant harcelant car ayant grandi dans un foyer dysfonctionnel est "une image d’Epinal complètement désuète", mentionne Samuel Comblez. Comme l’évoque la BBC, alors que les recherches sur le sujet ont longtemps fait état de harceleurs agissant de la sorte car vivant dans un environnement violent ou négligent, "l’image que l’on a du harceleur est devenue plus nuancée ces dernières années. Un nouveau type de harcèlement, plus machiavélien, est apparu. Les enfants agissant ainsi ont de très bonnes compétences sociales, sont charismatiques et appréciés des professeurs. [...] Ils veulent être leader du groupe et le deviennent en poussant d’autres enfants en bas de la hiérarchie sociale", peut-on lire dans l’article publié sur le site de la radio britannique.

· Écouter et poser un cadre

Pour les deux psychologues de l’enfance interrogés par BFMTV.com, une fois le parent au courant des agissements de son enfant, il est nécessaire d’avoir une discussion franche, et ne surtout pas tomber dans l'écueil que commettent certains: croire à tout prix à l'innocence de sa progéniture ou minimiser ses agissements.

"Il faut créer un climat de confiance. Lui dire ce qui nous a été rapporté, et si l’on voit qu’il commence à nier, lui rappeler la gravité des faits qu’il a commis, en faisant appel à la loi. Il peut être utile de regarder des documentaires avec lui sur le sujet du harcèlement scolaire. Il faut à tout prix poser un cadre", estime Florence Millot.

"Ça ne sert à rien d’être trop conciliant, il faut être ferme et appeler un chat un chat. Mais ça ne sert à rien de demander à son enfant: 'pourquoi tu harcèles', c’est contre-productif et il ne répondra jamais. Il faut préférer la formulation: 'qu’est ce qu’il te manque pour que tu arrêtes d’agir comme ça'", souligne Samuel Comblez.

· Ne pas agir seul

Pour Florence Millot, cette démarche est nécessaire mais peut s’avérer plus que compliquée pour certains. "C’est quelque chose de très violent pour les parents, d’une violence sans nom pour certains de se rendre compte que son enfant agit de la sorte. On se remet en question, soi-même, l’éducation qu’on a inculquée… ".

Mais dans tous les cas, comme le rappelle le gouvernement sur le site du ministère de l’Education nationale, les parents du harceleur ne doivent en aucun cas tenter de résoudre le problème eux-mêmes. "Ne gérez pas vous-même la situation, ne tentez pas de contacter la victime: cela pourrait aggraver la situation", est-il indiqué.

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"Personnellement, ce que je conseille aux parents, une fois le constat établi avec leur enfant, c’est de faire appel à des acteurs extérieurs. Il est bien souvent impossible d’être juge et partie", conclut Florence Millot.

Article original publié sur BFMTV.com

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