Dans les rues d'Harare, comme un air de "Printemps zimbabwéen"

Reagan MASHAVAVE
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Des manifestants au côté d'un transport de troupes de l'armée zibabwéenne le 18 novembre 2017 lors d'une manifestation pour réclamer le départ du président Robert Mugabe

Harare (AFP) - Dans le centre ville d'Harare, des manifestants astiquent les rangers d'un soldat avec un drapeau zimbabwéen. "On est si heureux que l'armée soit de notre côté", explique l'un d'eux. "Ils doivent finir le travail et s'assurer que Robert Mugabe parte."

Autour d'eux, c'est la liesse. Comme un air de "libération" ou de "Printemps zimbabwéen", inimaginable il y a une semaine dans un pays tenu d'une poigne de fer depuis trente-sept ans par un vieil homme dont le pouvoir ne semble plus tenir qu'à un fil.

Samedi, des dizaines de milliers de personnes ont envahi la capitale du Zimbabwe pour porter un dernier coup à leur président, dont le pouvoir vacillant ne demande plus qu'à tomber depuis que les militaires ont pris mercredi le contrôle du pays.

"C'est un grand jour pour nous", clame une femme, Sonia Kandemiri. "Depuis trente-sept ans, nous n'avons rien eu pour avoir participé à la guerre de libération" du Zimbabwe, s'emporte-t-elle, alors que "Mugabe et sa famille vivent dans le luxe".

En armes autour des véhicules blindés qu'ils ont déployés dans les rues, les soldats des Forces de défense du Zimbabwe (ZDF) sont les héros du jour. Jusqu'à leur coup de force, ils n'étaient que l'instrument de la répression exercée par le régime.

Ici, des manifestants applaudissent un militaire en treillis posté sur un char. Là, d'autres brandissent des pancartes "L'armée du Zimbabwe, voix du peuple" ou acclament des portraits de son commandant en chef, le général Constantino Chiwenga.

Lundi, le chef d'état-major avait publiquement menacé d'intervenir après l'éviction du vice-président Emmerson Mnangagwa. Proche des militaires, le "Crocodile", ainsi qu'on le surnomme, a été écarté par Robert Mugabe pour faire place nette à sa très ambitieuse épouse Grace dans la course à sa succession.

Une décision inacceptable pour les militaires, qui ont décidé de franchir le pas et d'intervenir pour lui barrer la route.

"Être président ne se transmet pas sexuellement", proclame une pancarte qui représente la Première dame brandie samedi.

"Regardez la foule autour des soldats. Cela montre à quel point le peuple est heureux de ce qu'ils ont fait", s'enthousiasme Tafadzwa Musarurwa, un étudiant en sciences sociales. "Maintenant on peut espérer avoir un boulot à la sortie de la fac !"

- 'Nouveau Zimbabwe' -

Au crépuscule de l'ère Mugabe, l'économie est au bord du gouffre, le chômage y est devenu la règle et le spectre de l'hyperinflation des années 2000 hante à nouveau le pays.

Un peu plus loin, un groupe de jeunes piétine une plaque de rue au nom de Robert Mugabe, dans un concert de klaxons et de vuvuzelas.

Fait rarissime, des Blancs, descendants des colons britanniques de l'ancienne Rhodésie, se sont joints à cette vague d'allégresse. "Nous sommes ici pour voir éclore un nouveau Zimbabwe, pour tous les habitants de ce pays", explique Eleanor Shepherd, une courtière en assurances.

"Je suis si content que des gens d'horizons et d'affiliations politiques différents se soient rassemblés aujourd'hui pour exprimer les mêmes doléances", se réjouit Remigio Chiguware, un homme d'affaires de 41 ans.

Dans les rues, la foule vibre aux cris de "Bye bye Robert" ou de "Mugabe doit partir". Pour presque tous les manifestants, c'est une évidence. Le sort du vieil homme est déjà scellé, sa chute n'est plus qu'une question d'heures.

"Je suis heureux. On va avoir un changement aujourd'hui", assure un manifestant, "on va avoir un Zimbabwe libre".

Mais le "camarade Bob" résiste farouchement. Fidèle à sa réputation d'inflexibilité, il a adressé jeudi un bras d'honneur aux militaires qui le pressaient de démissionner. Depuis, les négociations se poursuivent, et les rumeurs sur les conditions et le calendrier de son départ vont bon train.

Des milliers de personnes ont pris la direction samedi du palais présidentiel, dans l'espoir de lui donner le coup de grâce.

En vain, elles ont été bloquées à quelques centaines de mètres de ses grilles par des soldats masqués et lourdement armés. La population occupe la rue mais l'armée garde les rênes du pays.

Certains s'en inquiètent. "Espérons que nous célébrons le meilleur, pas le pire", avance timidement Kelvin Shonhiwa. Mais en ce jour de réjouissances, ils sont très rares.

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