Handball: France-Ukraine, jouer malgré tout

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L’équipe de France féminine de handball affronte l’Ukraine ce samedi au Havre pour le compte des éliminatoires de l’Euro 2022 (du 4 au 20 novembre en Slovénie, Macédoine du Nord et Monténégro). Sans enjeu pour les Bleues, déjà qualifiées, ce match n’est pourtant pas un duel comme les autres quand les adversaires subissent les conséquences d’une guerre et veulent montrer la fierté de tout un peuple.

De notre envoyé spécial, Christophe Diremszian

France-Ukraine n’aurait pu être qu’un match inutile. Une de ces duels peu motivants de fin de campagne éliminatoire entre une équipe déjà à l’abri et une autre déjà hors course. L’invasion du territoire ukrainien par la Russie il y a tout juste deux mois l’a lesté d’une charge émotionnelle que personne n’aurait osé imaginer lorsque les deux équipes s’étaient affrontées pour le match aller le 10 octobre dernier à Sumy (courte victoire des Françaises 28-25). Une localité du nord du pays, proche de la frontière russe, aujourd’hui meurtrie.

Depuis le 24 février, les handballeuses ukrainiennes n’ont forcément plus toute la tête au handball. Les horreurs du conflit ont contraint celles qui jouaient dans le principal club du pays, le Galychanka Lviv, à trouver refuge en République tchèque, où certaines de leurs coéquipières de sélection évoluaient déjà. A l’abri, elles n’en avaient pourtant pas l’assurance de reprendre le cours des éliminatoires de l’Euro. L’EHF (la confédération européenne) avait rapidement reporté les deux matches contre les Tchèques prévus début mars. Mais c’est surtout l’argent, réorienté vers l’effort de guerre, qui a fini par manquer.

Si les Ukrainiennes ont pu se rendre en Autriche ce 20 avril pour affronter la Croatie – qui l’a emporté 26-19 – les voir aux Docks Océane du Havre est l’aboutissement de l’initiative de la Fédération française (FFHB) de prendre en charge leurs frais de déplacement et de séjour (30 000 euros), et le résultat tient presque du miracle. « Au moment où la guerre éclate, explique Philippe Bana, le président de la FFHB, mon collègue vice-président de la fédération ukrainienne, à qui je demande comment je peux les aider, me répond : "Philippe, on est sous les bombes, je prends ma voiture, j’emmène ma femme et mes enfants à Lviv et je repars me battre à Kiev…" » On arrive à joindre personne pendant très longtemps, et lorsqu’on arrive à renouer le fil, il me dit d’abord que l’équipe pourra venir. Mais la semaine dernière, il m’annonce que c’est cuit. Je lui dis de me laisser une heure, et finalement on lui envoie les billets d’avion ».

Solidarité et réconfort

La reconnaissance de la délégation ukrainienne venue en Normandie sans beaucoup d’équipement – le club du Havre a fourni des chasubles pour l’entraînement – semble éternelle. « Nous n’oublierons jamais ce qu’a fait la Fédération française pour nous en ces temps difficiles », souligne le sélectionneur Vitali Andronov, 49 ans, qui a mis sa femme et ses deux filles à l’abri en République tchèque mais hésite à les faire rentrer avec lui une fois la séquence internationale terminée. « La plus jeune de mes filles aimerait bien mais elle dit aussi qu’elle a peur. »

Retourner en Ukraine ne semble pas à l’ordre du jour pour les joueuses, pourtant rattrapées par l’émotion à la moindre évocation de leur pays. La veille du match, les larmes et les visages ont coulé sur les mains portées au cœur en écoutant l’hymne ukrainien interprété par les jeunes élèves du Conservatoire local lors d’une réception à la mairie du Havre. En étreignant son homologue française Estelle Nze Minko à la tribune, la capitaine Iryna Glibko, pensionnaire du club roumain de Valcea, vit un de ces courts moments de réconfort dans un quotidien difficile. « En cette période, le sport aide à nous rafraîchir l’esprit et à survivre. Il nous permet de rester concentrées sur notre travail quand nous sommes sur les terrains. Mais en-dehors, notre humeur a forcément des hauts et des bas. Nous avons encore des amis chers qui sont restés en Ukraine. Certains ont rejoint l’armée ou se sont portés volontaires pour la défense du territoire. Nous les soutenons et aidons notre peuple autant que nous le pouvons. »

L’espoir d’une qualification comme horizon

Dans ce contexte, gagner sa place à l’Euro aurait une portée symbolique énorme dans un plateau final dont la Russie sera privée*. La mission s’annonce tout de même compliquée : la défaite contre la Croatie contraint d’ores et déjà les Ukrainiennes à ne pas se rater face aux Bleues. Mais pas de quoi faire stresser Vitali Andronov. « Les Tchèques ont battu les Françaises mercredi, c’était presque un miracle. Mais nous aussi, on veut y croire. On n’abandonne pas, on va se battre. » La métaphore guerrière est assumée, mais dans la bouche d’un technicien sans doute amené à s’impliquer dans le conflit dans les semaines à venir en attendant la conclusion de ces éliminatoires en juin, elle n’en a que plus de sens quand on veut rester debout et fier malgré les bombes.

*Le 28 février, l’EHF a exclu la Russie et la Biélorussie de toute compétition de sélections nationales et de clubs jusqu’à nouvel ordre. L’IHF, la fédération internationale, lui a emboîté le pas le 7 mars.

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