Haïti toujours dans la tourmente politique, le juge accusé de tentative de coup d’État libéré

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En Haïti, depuis la nomination d’un dirigeant par intérim, l’opposition qui ne reconnaît plus Jovenel Moïse comme étant le président n’a pas communiqué sa feuille de route. Le gouvernement lui continue à gérer les affaires en appelant au calme malgré les manifestations qui continuent à être organisées dans les principales villes et où la police s’en est directement pris aux journalistes. Par ailleurs, le juge accusé de « tentative de coup d’État » a été libéré.

De notre correspondante à Port-au-Prince,

Le juge Yvickel Dabrésil a finalement été libéré le 11 février après une audition au cabinet d’instruction. L’un de ses avocats a annoncé la nouvelle à RFI en précisant que le juge d’instruction n’avait pas même cherché à analyser les charges retenues contre M. Dabrésil, car il se savait incompétent en la matière.

Le fait est que la Constitution haïtienne indique que les juges à la Cour de Cassation ne peuvent être mis en accusation que si plus des deux tiers des députés le décident. Or, cette procédure n’a pas été respectée dans le cas du juge Dabrésil et pour cause : comme les législatives n’ont pas été organisées à temps, Haïti n’a plus un seul député en fonction aujourd’hui. La détention du juge Yvickel Dabrésil étant donc illégale, il a été libéré.

Pour son équipe d’avocats, le droit a triomphé sur la force, car pour rappel, mercredi 10 février, les agents de l’administration pénitentiaire ont refusé d’ouvrir les portes de la prison de Croix des Bouquets aux avocats et huissiers alors qu’ils avaient en main une ordonnance pour la libération du juge Dabrésil.

La mobilisation citoyenne continue

Un appel à une marche blanche est annoncée pour ce dimanche 14 février dans la capitale et les grandes villes du pays. Les initiateurs de la mobilisation ne sont pas des groupes ou partis politiques formels : le flyer qui est largement partagé sur les réseaux sociaux n’est signé d’aucune organisation mais des spots sont régulièrement diffusées sur les radios favorables à l’opposition.

En province, la mobilisation contre le pouvoir en place s’est poursuivie hier : une manifestation s’est tenue à Gonaïves. Les opposants à Jovenel Moïse ont défilé puis des rafales de tirs ont résonné au centre-ville sans que l’on puisse vraiment savoir ce qui a provoqué ces incidents, ni qui est à l’origine des tirs. Aucune victime n’a encore été rapportée mais la tension était forte dans cette ville à 150 km au nord de Port-au-Prince.

Dans la capitale, le 11 février, un véhicule blindé de la police a été incendié dans une zone contrôlée par des gangs. Dans plusieurs quartiers populaires de la ville, des affrontements entre les forces de l’ordre et les bandes armées ou entre plusieurs gangs paralysent les activités et accentuent inévitablement la panique chez les riverains.

Le pouvoir en place avance avec son agenda politique

Effectivement, le ministre chargé des questions électorales a officiellement remis le projet de nouvelle Constitution aux partis politiques. Le gouvernement se félicite de l’avancée du processus avec la participation de plusieurs dizaines de partis et groupes politiques. Mais les critiques ont fusé contre cette cérémonie : les détracteurs du gouvernement ont pris le soin de signaler que les participants à cette rencontre étaient des représentants tous favorables au pouvoir en place. Le nombre ne veut pas dire la pluralité.