Gym - Coronavirus - Coronavirus : les jeunes Réunionnais du pôle d'Antibes face au confinement

L'Equipe.fr
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Gym - Coronavirus - Coronavirus : les jeunes Réunionnais du pôle d'Antibes face au confinement

Depuis le début du confinement, trois des quatre jeunes gymnastes réunionnais du pôle d'Antibes ont été recueillis par l'entraîneur national, Philippe Carmona, qui continue de gérer chez lui leur préparation.Ils sont cinq. Et tous ont la tête en bas. « C'est ce qu'il y a de plus simple », s'amuse Philippe Carmona. Comme tout le monde, l'entraîneur national reste confiné chez lui. Mais, au regard des photos qu'il poste de sa maison et son jardin, on a le sentiment qu'il a juste transposé à Grasse la ruche qui l'occupe d'ordinaire dans le gymnase du pôle France d'Antibes. Parce qu'en plus de ses deux enfants gymnastes, la petite Lilou (11 ans) et Hugo (15 ans), champion de France espoirs en 2018 et membre de l'équipe de France junior depuis, on reconnaît trois des quatre Réunionnais du pôle, nés en 2005 et 2006. « La maman du quatrième a déménagé à Antibes mais, pour les autres, il a fallu s'organiser quand l'État a décidé du confinement », explique Philippe Carmona.Deux des jeunes Îliens vivaient alors dans l'internat qui a fermé ses portes dès le 14 mars et les annonces du premier ministre Édouard Philippe, le troisième était en famille d'accueil. « Avec leurs parents, on s'est posé la question d'un retour à La Réunion. Mais c'était compliqué à mettre en place, avec des freins financiers, poursuit le technicien. En trente secondes, on a proposé avec mon épouse de les récupérer. On a la chance d'avoir une maison spacieuse, les garçons connaissent bien mon fils. Et moi, je connais bien leurs histoires. »Que ce soit Anthony Mansard, Jean-Enzo Cavane ou la pépite Pierre Cassam Chenai, tous ont été formés par Patrice Casimir, le pionnier des Réunionnais d'Antibes. Un garçon qui avait douze ans quand il y a débarqué en 1984, qui y a écrit parmi les plus jolies pages de la gym française : triple champion de France absolu (1990, 1993 et 1995), médaillé de bronze européen au cheval d'arçons en 1996 avant de buter sur le podium olympique à cet agrès aux Jeux d'Atlanta (4e). « Avant qu'ils intègrent le pôle, quand Patrice avait amené ces jeunes en stage, on les avait hébergés. Et, depuis, je les prenais les week-ends », précise encore Philippe Carmona. C'est donc assez logiquement que le coach les a de nouveau pris sous son aile pendant cette période si particulière, leur offrant une chambre et l'opportunité de continuer à vivre, un peu, leur passion commune.En quelques jours, la petite troupe a trouvé ses marques. Le collège et les parents usent des moyens de communication pour que la scolarité des apprentis acrobates se déroule au mieux. Ce qui facilite grandement, c'est qu'ils sont tous très autonomes. « Au-delà, on essaie de faire chaque jour deux séances d'une heure et demie en commun, pour maintenir les acquis, essayer de développer quelques trucs aussi », explique Philippe Carmona, qui a mis en place un ersatz de gymnase autour de la piscine. Dès l'annonce gouvernementale, il a ainsi utilisé un minibus pour ramener les athlètes... et du matériel. Il a notamment emprunté des petits chevaux d'arçons, toutes sortes de tapis, il a installé un trampoline, des portiques pour les anneaux. Il y a aussi une poutre pour Lilou. Tous les autres gymnastes du club se sont d'ailleurs servis, à commencer par le plus capé, Samir Aït-Saïd, médaillé de bronze mondial aux anneaux et qui a annexé le jardin de ses voisins octogénaires.Evidemment, ça a été plus compliqué pour le champion de France Loris Frasca, également qualifié pour les Jeux de Tokyo. Car si Aït-Saïd peut travailler le cardio et même développer sa force à la maison, le généraliste, 18e des derniers Mondiaux, ne va pas pouvoir s'exercer sur les six agrès, notamment le saut, où il peut prétendre à une finale olympique. « À moins d'avoir un couloir de trente mètres... Mais, même chez moi, je ne les ai pas », soupire son coach personnel. Pour autant, Philippe Carmona a quand même proposé à Frasca de se confiner avec les jeunes, même s'il a dix ans de plus (24 ans), ce qu'il a refusé après réflexion, conscient dès le début que la situation risquait de durer... Et que les Jeux pourraient être reportés.Se servir de leur soif de compétition pour les motiverC'est donc sur sa grappe d'adolescents que l'entraîneur se concentre. « À cet âge, ça ne fait pas dans la dentelle et dès qu'ils sont à l'extérieur, qu'ils jouent au basket, ils me cassent tout, sourit-il. Il y a bien sûr des moments difficiles, mais aussi beaucoup de sympas. » Et pas mal de choses à réaliser pour qu'ils ne perdent pas pied avec leur sport. « On n'a pas d'agrès, donc on ne peut rien faire à ce niveau, à part un peu de bricolage avec les arçons, souligne Carmona. On fait de la préparation physique, du renforcement, du maintien des habilités. On peut quand même développer des choses. On a eu la chance de travailler avec Gregory Milan, le chorégraphe de l'Insep, qui a monté des séances pour aller vers une gestuelle plus fine au niveau du bassin, plus de coordination corporelle. D'habitude, on n'a pas trop le temps pour ce travail-là ; en ce moment, on en profite donc. J'ai même filmé mon fils et envoyé les images des exercices à Loris (Frasca) pour qu'il les applique aussi chez lui. »Finalement, le plus difficile à gérer reste la motivation. Comment trouver chaque jour l'idée qui va les tenir en haleine, les intéresser, les surprendre pour qu'ils n'aient pas l'impression d'être contraints alors qu'ils n'ont aucun objectif, aucune visibilité sur le calendrier des compétitions à venir ? « Ça passe par le jeu et les concours, estime l'entraîneur. Ce sont des compétiteurs, il faut se servir de ça. Aller vers l'inconnu aussi, ça les amuse. J'ai une trame de travail, je sais quelle séance je veux les amener à réaliser, mais quand je sens que ça ne suit plus, qu'ils n'y prennent plus goût, il faut trouver la bonne idée. » Après deux semaines de confinement, le technicien n'a jamais été à court.