Guyane: la mobilisation marque une pause pour le dimanche de Pâques

Cécile AZZARO
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Manifestation de soutien au mouvement social en Guyane, le 15 avril 2017 place de la République, à Paris

Cayenne (AFP) - La Guyane marquait une pause dans la mobilisation pour le dimanche de Pâques, à l'occasion duquel de nombreux Guayanais se sont rendus à la messe, en attendant de savoir lundi ce que décidera le collectif "Pou la Gwiyann dékolé" sur la suite du mouvement.

"Des actions fortes sont à venir et seront communiquées très bientôt", a promis dimanche le collectif, qui rassemble élus, associations, syndicats et socio-professionnels, dans un communiqué sur son compte Facebook.

Samedi, "le comité de pilotage a travaillé sur le projet d'accord de Guyane, à l'adresse du président de la République", précise-t-il. "C'est une réponse aux annonces du gouvernement. Il acte les propositions émises, et convient des urgences supplémentaires nécessaires".

Après presque un mois de blocage, des représentants du collectif ont lancé samedi soir un nouvel appel à rester déterminés. "Les barrages sont ouverts, mais le combat ne sera jamais fini", a insisté Mikael Mancée, porte-parole du collectif.

Les manifestants portent des revendications sécuritaires, économiques et sociales pour permettre au territoire d'outre-mer de rattraper son retard sur l'Hexagone. Ils réclament à l'Etat français 2,1 milliards supplémentaires, après le plan d'urgence de plus d'un milliard d'euros validé par le gouvernement la semaine dernière.

Mikael Mancée a assuré que le barrage proche du centre spatial de Kourou resterait fermé. "On sait qu'on a un moyen de pression", explique-t-il. "Mais on n'est pas dupes. On sait que s'ils le veulent, ils peuvent lancer la fusée. Mais on leur suggère fortement de ne pas nous faire un nouvel affront".

Vendredi, le PDG d'Arianespace a lancé un cri d'alarme auprès des élus locaux, évoquant "plusieurs millions d'euros de surcoûts" et des craintes pour la pérennité des "9.000 emplois" que génère l'activité spatiale en Guyane.

Selon M. Mancée, "quel que soit le gouvernement qui sera là (après la présidentielle, ndlr), ce qu'on demande, il va être obligé de nous le donner, c'est de leur responsabilité."

- assemblée générale lundi -

Le collectif doit se réunir en assemblée générale lundi pour décider quelles suites à donner au mouvement.

Il avait annoncé jeudi l'ouverture des barrages pour le week-end pascal, pour permettre à la population de se rassembler en famille, d'aller à la messe, et de profiter du bouillon d'awara, plat traditionnel guyanais de Pâques.

Dimanche matin, lors de la messe dans la cathédrale Saint-Sauveur de Cayenne, où une foule nombreuse s'était déplacée, la politique s'est invitée. Un appel à prières a été fait pour "le futur président de la République", afin qu'il "exerce dignement ses responsabilités au service du respect de la dignité humaine et de l'égalité sociale".

La décision d'ouvrir les barrages fait suite à plusieurs jours de divisions dans la population, mais aussi au sein du collectif, sur l'opportunité de poursuivre le blocage qui paralyse la Guyane depuis un mois et pénalise l'activité économique.

La justice a ordonné des contrôles de police sur les barrages, après des plaintes déposées par des particuliers pour "entrave à la circulation". Une opération de contrôle a eu lieu dimanche matin à Remire-Monjoly, a constaté France Antilles.

Au Grand port de Cayenne, un nouveau navire de 80 containers de marchandises a été déchargé samedi et plusieurs camions ont pu sortir des containers, contenant notamment des produits sensibles (aliments périssables, médicaments, etc.), après la décision du préfet de Guyane d'autoriser exceptionnellement les poids-lourds à circuler durant le week-end pascal.

"Le reste est stocké jusqu'à ce que les conditions de circulation soient rétablies", a expliqué à l'AFP Philippe Lemoine, directeur du port.

Mais "le port n'est pas extensible". Alors qu'il compte une centaine de prises pour les containers frigorifiés, "on n'est pas loin de la saturation", explique-t-il.

Sans compter qu'il va falloir récupérer les 1.200 containers dispersés au plus fort de la grève, entre des ports du Suriname et de Trinidad-et-Tobago. "Tout cela va avoir un coût", a-t-il dit.

Selon Guyane 1ere, l'enseigne Super U a déjà dû faire détruire pour plus de 100.000 euros de produits, stockés au Suriname, qui n'étaient plus comestibles.

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