Guyane: plan d'urgence acté en Conseil des ministres, Centre spatial occupé

Joris FIORITI, avec Véronique MARTINACHE à Paris

Kourou (AFP) - Le Conseil des ministres a acté mercredi le plan d'urgence d'un peu plus d'un milliard d'euros en faveur de la Guyane, qui fera l'objet d'un "groupe de suivi", tandis qu'à Kourou, une des protestataires émergeaient d'une première nuit d'occupation du Centre spatial guyanais (CSG).

Dans la salle de réunion du CSG, d'où décollent les fusées européennes Ariane, une poignée d'individus dormaient mercredi matin à même le sol, sur une moquette bordeaux fatiguée. D'autres se reposaient, la tête sur des tables de réunion. Le reste écoutait attentivement les premiers journaux radio du matin, les traits tirés et l'estomac criant famine, guettant les déclarations à la sortie du Conseil des ministres.

François Hollande a affirmé que face au conflit social qui paralyse la Guyane depuis deux semaines, le gouvernement devait à la fois faire preuve de "dialogue" et de "responsabilité", a rapporté Stéphane Le Foll.

Soulignant "le travail qui a été fait" par les ministres Matthias Fekl (Intérieur) et Ericka Bareigts (Outre-mer), le chef de l'État "a salué leur courage face à des moments où l'intimidation a(vait) pris le pas sur le dialogue", a indiqué le porte-parole du gouvernement.

La ministre des Outre-mer a précisé qu'une aide de 500 millions d'euros était prévue pour la collectivité territoriale de Guyane, sur le plan d'urgence d'un milliard d'euros annoncé samedi à Cayenne .

Elle a indiqué que les "428 propositions du collectif" guyanais avaient "été travaillées en totalité" et que le plan gouvernemental y répond "à hauteur de 75%".

"Nous ne souhaitons pas engager l?Etat sur des mesures qui n?auraient pas demain de réalité", a souligné Mme Bareigts sur le perron de l?Élysée, après avoir détaillé avec le ministre de l'Intérieur et la ministre de l?Éducation, Najat Vallaud-Belkacem, les mesures du plan en faveur de la sécurité, l'éducation ou la santé.

Bernard Cazeneuve a annoncé de son côté dans un entretien au quotidien régional France-Guyane qu'un "groupe de suivi" va être mis en place en Guyane pour "poursuivre les discussions" sur le plan d'aide.

- "La situation est figée" -

Le collectif "Pou La Gwiyann dékolé" (Pour que la Guyane décolle), qui pilote le mouvement de protestation avait exigé dimanche 2,5 milliards d'euros "tout de suite". Il demande désormais 3,1 milliards d'euros.

"Nous voulons faire que les mesures qui sont prises aujourd'hui soient des mesures réalisables, financées et qui seront réalisées", a répété la ministre, alors qu'une trentaine de personnes occupent toujours le CSG à Kourou.

"Qui veut des croissants, bien chauds ? Ils sont à l'entrée là bas. Mais ils ne veulent pas les laisser rentrer", pestait Rodolphe Alexandre, le président de la Collectivité territoriale de Guyane, après une première nuit passée dans des conditions spartiates. Il fait partie des élus locaux enfermés dans le centre, avec le sénateur Antoine Karam (PS), l'ancien ministre Léon Bertrand (LR), le député Gabriel Serville (PSG) et le maire de Kourou François Ringuet.

Alors que les autorités avaient dans un premier temps refusé que de la nourriture soit livrée depuis l'extérieur aux occupants, une portion de riz et du poulet leur ont été nuitamment apportés. Certains, vu la petitesse des quantités, ont toutefois préféré le jeûne.

"Nous ne bougerons pas d?ici. La situation est figée, la Guyane est bloquée. Vous êtes bloqués. Nous voulons les milliards que nous avons demandés", a affirmé Manuel Jean-Baptiste, un membre du collectif, s?adressant a Didier Faivre, directeur du CSG.

M. Faivre, qui avait accepté mardi de recevoir la délégation alors que plusieurs milliers de manifestants se dirigeaient vers le CSG pour affirmer leur "détermination", était revenu quelques heures plus tard sans apporter une quelconque information émanant de l'exécutif.

"Eh bien on restera là jusqu'à jeudi", avait alors lancé Olivier Goudet, le porte-parole des "500 frères", un groupe très populaire dont les membres défilent encagoulés.

Le mouvement social d'ampleur inédite que connaît ce vaste territoire d'Amérique du sud (83.000 km2), situé à 7.000 km de Paris, est basé sur des revendications sécuritaires, économiques et sociales.

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