Gustave Kervern: "T'as beau être punk, t'as toujours envie d'être reconnu par tes pairs"

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Les réalisateurs Benoît Delépine et Gustave Kervern - CineComedies
Les réalisateurs Benoît Delépine et Gustave Kervern - CineComedies

Auteurs d'un cinéma comique atypique, réalisé dans les marges de la société, avec le plus souvent des acteurs hors normes et hors des clous, Benoît Delépine et Gustave Kervern voient leur travail célébré au festival lillois CineComedies (29 septembre-3 octobre). Un livre signé par les fondateurs de la manifestation, Christophe Geudin et Jérémie Imbert, décortique également leur univers. Il s'agit du deuxième ouvrage de la sorte consacré à leur œuvre en moins d'une décennie. Une consécration pour ces réalisateurs encore confidentiels:

"On est très heureux", confie Gustave Kervern. "Il faut dire qu'on n'a jamais dépassé le million [d'entrées en salles]. C'est à chaque fois l'objectif du distributeur, mais on n'y arrive jamais! Je trouve ça quasiment normal. Nos films sont à la marge. Leurs thèmes parlent à tout le monde, mais on a une manière particulière de filmer, avec des plans fixes. C'est un peu plus ardu qu'une comédie populaire normale. On ne va pas dire qu'on vit un conte de fées, mais pas loin."

Depuis la sortie d'Aaltra (2004), un road movie en chaise roulante, le duo développe un cinéma social teinté d'un humour toujours un peu noir. Leurs héros - qu'ils soient joués par Benoît Poelvoorde, Gérard Depardieu ou encore Jean Dujardin et Corinne Masiero - sont des Don Quichotte, des héros du quotidien toujours engagés dans des batailles qui les dépassent contre un système qui les broie. Le Grand Soir (2012) met ainsi en scène deux punks préparant la révolution sociale, et Effacer l'historique (2020) un trio de gilets jaunes opposé aux nouvelles technologies et aux réseaux sociaux.

https://www.youtube.com/embed/dPVUMEcX5xE?rel=0

Delépine et Kervern sont également des Don Quichotte dans la vie de tous les jours. Primé au festival de Berlin l'année dernière, Effacez l'historique a rencontré un grand succès malgré la pandémie. Sorti le même jour que le blockbuster Tenet, le film totalise presque 500.000 entrées. "On a un public assez fidèle et le film était vraiment accessible. Il parlait vraiment à tout le monde. C'était des problèmes de la vie quotidienne. C'était notre hommage à Jean-Pierre Pernaut! On a aussi eu de la chance car on est passé entre deux confinements et on a profité de la locomotive Tenet."

"Le milieu du cinéma français est très spécial"

Les tournages de leurs films sont à leur image, punks. "On ne prépare rien", assure Kervern. "On est ouvert à toute possibilité de changement de scénario. Si on voit un mec dans la rue qui a une bonne tête, on est capable de le mettre dans la scène. On bouillonne. Nos tournages sont une espèce de cours des miracles avec des acteurs connus, des potes à nous, ou des mecs délirants rencontrés de-ci de-là. On aime ce côté foisonnant." Le duo aborde le cinéma "un peu comme de l'art brut". "Les gens sont sensibles à ça", assurent ceux qui bénéficient aussi d'un important "capital sympathie" grâce au succès du Groland, leur émission de Canal.

Ils bénéficient d'un capital sympathie similaire au sein du cinéma français. "Vis-à-vis des acteurs, on a une bonne cote. Ils savent qu'il y a une bonne ambiance sur nos tournages. Je ne dis pas qu'ils se pressent pour jouer chez nous, mais on n'a jamais de difficulté à les convaincre." Delépine et Kervern restent malgré tout en marge, comme l'a prouvé leur unique nomination aux César 2021 pour Effacez l'historique, unanimement considéré comme leur meilleur film. "On a été déçu de n'avoir qu'une seule nomination et puis on savait très bien qu'on ne l'aurait pas. On y est allé quand même pour ne pas faire les mauvais joueurs", indique Kervern, avant de poursuivre:

"Le milieu du cinéma français est très spécial. Ce sont des chapelles et on est toujours à l'entrée de l'église. On n'arrive pas à rentrer. On a réussi par moment. On a été à Cannes - qui nous a bien aidé sur certains films difficiles. Mais récemment on a dû aller à Berlin parce que Cannes nous a tout refusé. T'as beau être punk, t'as toujours envie d'être reconnu par tes pairs. Même si on aime bien être à la marge, on aime bien aussi voir que les gens du métier ne sont pas complètement sur le bord de la route quand ils regardent nos films." https://www.youtube.com/embed/fTn9J8O3yr0?rel=0

Ils défendent une vision très personnelle de la comédie, libérée du financement des chaînes de télévision et des exigences commerciales. "Beaucoup de scénaristes seraient capables d'écrire des films comme les autres, mais ils doivent aussi nourrir leur famille", analyse Kervern. "Le problème, c'est qu'on veut toujours que les comédies soient les plus populaires et les plus accessibles. Je pense qu'il ne faut pas rentrer dans les canons de la comédie normale et qu'il faut pouvoir s'exprimer sans penser au box-office, sans utiliser les mêmes acteurs. Mais c'est facile à dire, car il faut prendre des acteurs bankables pour monter ses films. Le cinéma est un serpent qui se mord la queue."

"A chaque film, on repart un peu à zéro"

Et le réalisateur de poursuivre, sur un ton plus fataliste: "En ce moment, c'est la catastrophe pour tous les petits films. Ça ne va pas s'améliorer dans ce sens-là. Il faut que les producteurs et les distributeurs prennent des risques. Mais je comprends: la curiosité des spectateurs s'émousse de plus en plus. Ça ne va pas être facile pour le cinéma dans les années qui viennent."

Habitués à se débrouiller, Kervern et Delépine vont continuer à tourner avec un modèle économique restreint: "On fait attention à parler des sujets qui intéressent les gens. A chaque fois qu'on présente un film, notamment celui qu'on va faire là, on n'est sûr de rien. D'ailleurs, on n'a aucune chaîne hertzienne, parce qu'on a toujours des sujets un peu 'touchy'. A chaque film, on repart un peu de zéro."

Leur prochain film sera politique. Le duo mettra en scène un homme de droite et un homme de gauche contraints de passer une nuit ensemble après "une situation un peu rocambolesque". Ils seront incarnés par Vincent Macaigne et Jonathan Cohen. Tournage prévu dans la région de Toulouse en novembre-décembre: "On délaisse le nord pour aller dans le sud et varier les plaisirs", annonce Kervern.

Le Cinéma de Benoît Delépine & Gustave Kervern, Christophe Geudin et Jérémie Imbert, éditions La Tengo, 24 euros.

Article original publié sur BFMTV.com

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