Guingamp: Benezet, le réveil du puncheur

Frédéric HAPPE
Le milieu de terrain de Guingamp Nicolas Benezet face à Nantes, le 8 août 2015

Révélé à Nîmes, égaré à Evian, ressuscité à Caen, Nicolas Benezet s'épanouit cette saison à Guingamp, où le milieu offensif apporte son punch sur le terrain et dans son discours d'une rare franchise.

S'il était un boxeur, Nicolas Benezet serait une "fausse patte", ces boxeurs droitiers qui adoptent une garde de gaucher - ou inversement - pour embrouiller leurs adversaires.

Droitier, il évolue en effet le plus souvent côté gauche grâce à son "très bon mauvais pied", comme il dit, hérité des années de préformation à Montpellier.

De son enfance dans l'Hérault, il garde cependant surtout le traumatisme d'avoir été jeté à 13 ans du centre de formation en raison d'un gabarit trop frêle.

Il est vrai qu'avec ses 61 kilos pour 1,72 m, il boxerait chez les super-légers.

"Je l'ai vécu très mal. Je me rappelle, j'étais avec ma mère en voiture et j'ai fondu en larmes. Je me suis dit +ça y est c'est fichu, je peux plus être pro+", a-t-il raconté à l'AFP.

- "Dupraz te promet des choses..." -

Il décide de quitter sa ville natale et surtout sa mère, pour rejoindre son père, Michel Benezet, responsable de la formation à Nîmes, où il réalise finalement son rêve de devenir professionnel en 2010.

Désigné meilleur joueur de Ligue 2 2012/2013 par France Football, Bastia, Sochaux et Evian/Thonon le sollicitent alors.

Il opte pour le club haut-savoyard, séduit par "le beau discours de Pascal Dupraz", explique-t-il, avec une pointe d'amertume.

"Pascal Dupraz, il te promet des choses et il fait tout l'inverse de ce qu'il a dit. Il est très bon dans ses discours. Après dans le football, il a pas été très bon".

A Evian, Benezet perd la flamme. "A un moment, ça devenait physique, je ne pouvais plus voir certaines personnes. Je n'avais plus envie de venir à l'entraînement, je préférais rester dans mon lit alors que c'est pas moi, le football j'aime ça".

Il doit attendre un an et demi avant que s'ouvre une porte de sortie.

"Le dernier jour du mercato, mon agent me demande si je veux partir à Caen. Je lui ai dit +ah mais tout de suite+. Je ne savais même pas où c'était sur la carte de France. Mais il m'aurait dit n'importe quel club j'aurais dit oui", rigole-t-il aujourd'hui.

Là-bas, dans une équipe tournée vers l'avant, il reprend goût au jeu et livre de belles prestations, notamment contre Lyon qu'il met KO d'un doublé lors d'une victoire mémorable 3 à 0.

- "Ici, ça me change du sud" -

C'est alors que Guingamp flaire le bon coup.

"On le suivait depuis longtemps. On avait déjà pensé à lui quand on est monté. Cette année, ça m'a semblé une évidence, parce que c'est un profil qui colle parfaitement au jeu qu'on a", explique Jocelyn Gourvennec, son entraîneur à l'En-Avant.

Guingamp, "je savais que c'était pas loin de la Normandie et qu'il pleuvait assez souvent aussi. Mais je l'ai fait six mois à Caen, donc je peux le faire ici", chambre le joueur, au sens de la répartie bien connu sur Twitter.

A 24 ans, cet "affectif" y a surtout trouvé son équilibre. "Ici, ça me change du sud, c'est des gens vrais, simples. C'est moins bling-bling".

Et Gourvennec, "c'est le jour et la nuit avec Dupraz", juge Benezet. "Avec lui je me sens bien. L'avantage c'est qu'il a joué au même poste que moi, on peut se parler, on se comprend mieux".

"C'est un joueur polyvalent et moderne parce qu'il a une grosse capacité à répéter les efforts", dit de lui l'entraîneur, qui apprécie sa capacité à faire mal à l'adversaire.

"C'est un joueur explosif, un joueur très créatif, d'élimination, qui a du talent. Il fait défendre les adversaires, il provoque beaucoup de fautes", énumère Gourvennec, qui estime qu'il peut encore progresser en constance et en exigence avec lui-même.

Auteur du but du 2-0 contre Marseille lors de la 4e journée, Benezet pourra encore montrer mardi l'étendue de ses progrès face à un autre poids-lourd du championnat, le Paris SG.