Guerre en Ukraine: La Russie accusée de vols de céréales

La Russie est accusée de voler des céréales ukrainiennes et de les revendre pour son propre profit (image d'illustration). (Photo: Anadolu Agency via Getty Images)
La Russie est accusée de voler des céréales ukrainiennes et de les revendre pour son propre profit (image d'illustration). (Photo: Anadolu Agency via Getty Images)

La Russie est accusée de voler des céréales ukrainiennes et de les revendre pour son propre profit (image d'illustration). (Photo: Anadolu Agency via Getty Images)

UKRAINE - Le blé, nouvel instrument de pression dans la guerre en Ukraine? Le lundi 6 juin, le secrétaire d’État américain Anthony Blinken a affirmé lors d’une conférence de presse que “des rapports crédibles montrent que la Russie pille les céréales ukrainiennes et les exporte pour les vendre à son propre profit.”

Cette déclaration est loin d’être la seule incriminant Moscou. Le même jour de l’autre côté de l’Atlantique, le président du Conseil européen, Charles Michel, a accusé Moscou des mêmes faits lors d’une réunion. L’ambassadeur ukrainien en Turquie avait déjà dénoncé vendredi “la Russie (qui) vole sans vergogne les céréales d’Ukraine et les exporte depuis la Crimée à l’étranger”, notamment vers Ankara. La veille, son homologue au Liban estimait que 100.000 tonnes de blé ukrainien avaient été livrées à la Syrie depuis le début de la guerre le 24 février.

La question des céréales est un enjeu fondamental puisque la Russie et l’Ukraine assurent 30% des exportations mondiales de blé. Kiev était même en passe juste avant la guerre de devenir le troisième exportateur mondial de blé et assurait à, elle seule, la moitié du commerce mondial de graines et d’huile de tournesol. Or depuis le 24 février, les ports ukrainiens de la mer Noire sont bloqués par Moscou et 20 à 25 millions de tonnes de grains restent bloquées dans les silos ukrainiens.

Du matériel et des milliers de tonnes de céréales volés

Confronté à ces accusations de vols, le Kremlin nie. Pourtant, depuis plusieurs semaines, les preuves se multiplient. Selon une enquête du New York Times, à la mi-mai, le ministère des Affaires étrangères américain a alerté 14 pays du départ de cargos remplis de “céréales ukrainiennes volées”.

Les États-Unis appellent ces pays, non cités mais majoritairement africains, à ne pas acheter ces céréales. Toutefois, le prix du blé a bondi d’environ 150 dollars la tonne depuis le début de la guerre et la Russie et l’Ukraine fournissent en temps de paix 40% du blé du continent, selon l’ONU. Comme le pointe le quotidien, certains États -où la sécheresse fait craindre la famine- pourraient accepter d’acheter ces grains moins chers, car sans droits de douanes, peu importe leur provenance.

Une enquête de CNN fait également état de vols, en particulier depuis fin avril. D’après des fermiers et membres du ministère de l’Agriculture ukrainiens interrogés par la chaîne américaine, l’armée russe aurait pris du matériel agricole et des milliers de tonnes de céréales dans les territoires occupés.

Dans un deuxième article, CNN a eu accès à des photos satellites prises par Maxar Technologies les 19 et 21 mai (voir dans la vidéo ci-dessus, en anglais). Sur ces images, deux navires battant pavillon russe sont amarrés dans le port de Sébastopol, en Crimée, la péninsule annexée par la Russie en 2014. Les deux bateaux sont situés à côté de silos et seraient en train d’être remplis de céréales.

CNN reconnaît qu’il reste difficile de dire avec certitude s’il s’agit bien de cargos approvisionnés de denrées ukrainiennes. Des sources ont toutefois rapporté au média américain que des camions russes auraient vidé des silos dans les territoires occupés avant de transporter la marchandise vers la mer Noire dans le sud du pays.

Le navire “Matros Pozynich” soupçonné

Les soupçons sont aussi permis car les deux navires amarrés, identifiés comme étant le “Matros Pozynich” et le “Matros Koshka”, sont déjà dans les radars du département des Affaires étrangères américain. Ils sont soupçonnés d’avoir participé au transport de ces céréales issues de vols, tout comme un troisième bateau appelé “Mikhail Nenashev”, détaille le New York Times.

Le premier, “Matros Pozynich”, aurait par exemple été chargé de délivrer un chargement en Égypte début mai. Le Caire, prévenu par Kiev que les céréales étaient volées, lui a interdit d’accoster, raconte CNN. Le navire a alors pris la direction du Liban avant d’être de nouveau refoulé, puis s’est dirigé vers la Syrie, pays allié de Moscou où il a pu déverser la marchandise. Dans la photo ci-dessous, des files de camions sont visibles le 13 mai dans le port de Lattaquié, au nord-ouest du pays. Le “Matros Pozynich” serait retourné en Syrie pour un nouveau chargement le 27 mai.

 “CNN signale que le navire ‘Matros Pozinich’, chargé de céréales volées, est arrivé au port syrien de Lattaquié. C’est l’un des trois navires russes exportant du grain depuis les régions occupées de l’Ukraine”, rapporte le site Nexta.

Selon un décompte du projet d’investigation ukrainien SeaKrime et des Révélateurs deFrance Télévisions, dix bateaux au total auraient transporté des céréales volées de Sébastopol vers d’autres ports de la Méditerranée.

Difficile toutefois de dire à quel point l’ampleur de ces vols est importante. Le ministère des Affaires étrangères ukrainien estimait le 11 mai dernier qu’entre 400 à 500.000 de tonnes de céréales avaient été volées, pour l’équivalent de 100 millions de dollars (94 millions d’euros). Ce chiffre reste toutefois invérifiable.

Une chose est certaine en revanche, alerte l’ONU: entre le blocage dans les ports ukrainiens et la suspension des exportations indiennes, deuxième exportateur mondial de blé, en raison de la sécheresse, le monde se dirige droit vers “un ouragan de famine”.

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Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.

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