Guerre en Ukraine : La Russie accusée de mettre le feu à des champs de céréales

Plusieurs pays du G20 ont une nouvelle fois demandé à Moscou de lever son embargo sur les exportations de céréales depuis la mer Noire.

UKRAINE - La Russie pratique-t-elle la tactique de la “terre brûlée” lors de son invasion militaire de l’Ukraine ? Le porte-parole du ministère des affaires étrangères ukrainien, Oleg Nikolenko, a accusé ce vendredi 9 juillet l’armée russe d’“incendier des champs de céréales dans la fertile région ukrainienne de Zaporijia” dans l’est du pays, alors que la période des moissons a débuté ou approche.

“Souvenez-vous de cette image chaque fois que les Russes disent qu’ils se soucient de la sécurité alimentaire mondiale. Des millions de personnes à travers le monde seront confrontées à la faim, parce que la Russie a lancé une guerre brutale contre l’Ukraine”, a-t-il ajouté, relayant une photo diffusée plus tôt sur Facebook par un autre homme politique ukrainien qui accusait les Russes de “brûler notre pain” avec des incendies dont les flammes atteignent “cinq mètres de haut” et “noircissent le ciel” du pays sur “plusieurs kilomètres”.

Une autre photo diffusée par un photographe de l’Agence France-Presse (AFP) le 8 juillet montrait un champ de blé également calciné à 300 kilomètres plus au nord de Zaporijia, près de la ville de Siversk, dans l’oblast de Donetsk désormais quasiment entièrement contrôlée par l’armée russe. Une plantation “incendiée à la suite d’attaques aériennes de l’armée russe dans la région”, précisait la légende de l’agence de presse.

“Intentionnellement causés par l’ennemi”

Le gouverneur de la région, Pavlo Kyrylenko, a également accusé l’armée russe vendredi: “Il y a des incendies massifs dans les champs, qui sont intentionnellement causés par l’ennemi. Ils essaient de détruire les récoltes par tous les moyens. Ils bombardent les machines agricoles, les moissonneuses...”, a-t-il déclaré, sans que le Kremlin ne réponde, pour l’instant, à ces accusations.

L’invasion russe de l’Ukraine, pays considéré comme l’un des greniers à céréales de la planète, a fait grimper en flèche les prix des denrées alimentaires et contribué à la flambée mondiale de l’inflation. Avant la guerre, le pays exportait 5 à 6 millions de tonnes de nourriture par mois, dont plus de 90 % transitaient par les ports de la mer Noire. Mais en mai, l’Ukraine n’a exporté que 1,8 million de tonnes.

Des chercheurs de la NASA estiment, images satellites à l’appui, que la Russie contrôle 22 % des terres agricoles ukrainiennes et que la guerre menace les moissons prévues cet été. Des installations de stockage de céréales ont également été ciblées par des frappes russes.

Carte de la situation en Ukraine au 8 juillet à 7h GMT (Photo: AFP)
Carte de la situation en Ukraine au 8 juillet à 7h GMT (Photo: AFP)

Carte de la situation en Ukraine au 8 juillet à 7h GMT (Photo: AFP)

Vendredi, les participants à une réunion ministérielle du G20 en Indonésie ont “exprimé leurs profondes inquiétudes à propos des conséquences humanitaires de la guerre” en Ukraine, selon la cheffe de la diplomatie indonésienne, Retno Marsudi.

L’effet de la guerre “se fait sentir dans le monde entier, sur l’alimentation, l’énergie et les budgets”, a-t-elle souligné. “Et comme toujours, les pays pauvres et en développement sont les plus touchés”. Face au flot de condamnations occidentales, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a quitté dès la mi-journée la rencontre, à laquelle assistait également son homologue américain Antony Blinken.

Des agriculteurs pensent à mettre le feu eux-mêmes

Plusieurs agriculteurs ukrainiens de blé, d’orge ou de tournesol assurent également avoir dû payer des militaires russes pour qu’ils ne brûlent pas leurs champs, volent ou détruisent leurs installations, cela dès les premiers mois de la guerre débutée en février. D’autres les accusent d’avoir tué du bétail.

L’un de ces agriculteurs a également expliqué à la National public radio (NPR) américaine ne pas savoir comment récolter ses 1 000 hectares de blé et d’orge face à la présence militaire russe autour de ses terres et au risque de rouler sur des obus avec ses moissonneuses-batteuses ou ses tracteurs. Faute de pouvoir récolter, “je vais probablement y mettre le feu”, avait-il expliqué au média américain début juillet.

“Je ne sais pas comment je vais récolter alors que les roquettes russes pleuvent sur mes champs presque tous les jours”, expliquait, fin juin, un autre agriculteur au Wall street journal. “Je ne sais pas comment je vais pouvoir tout récolter et surtout comment nous allons acheminer le blé en dehors de notre ferme”.

Les Nations Unies proposent depuis plusieurs mois la création de couloirs maritimes sécurisés pour l’exportation des précieuses céréales stockées dans les ports de la mer Noire. La marine turque assurerait l’escorte des convois. Mais Moscou exige que l’Ukraine procède au déminage du port d’Odessa pour permettre le passage des bateaux céréaliers. L’Ukraine refuse catégoriquement.

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Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.

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