La guerre en Ukraine est-elle en train de basculer ? : « Ces victoires font peur à la Russie »

KHARKIV, UKRAINE - SEPTEMER 09: Ukrainian forces patrol after Ukrainian army took control some of the villages in Kharkiv, Ukraine on September 09, 2022. (Photo by Metin Aktas/Anadolu Agency via Getty Images)
Anadolu Agency / Anadolu Agency via Getty Images KHARKIV, UKRAINE - SEPTEMER 09: Ukrainian forces patrol after Ukrainian army took control some of the villages in Kharkiv, Ukraine on September 09, 2022. (Photo by Metin Aktas/Anadolu Agency via Getty Images)

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(Photo de troupes ukrainiennes contrôlant l’un des villages qu’elles ont repris autour de Kharkiv en Ukraine le 9 septembre 2022)

UKRAINE - L’Ukraine a annoncé ce dimanche 11 septembre que ses troupes avaient repris plus de 3 000 kilomètres carrés de territoires en septembre aux forces russes lors d’une contre-offensive dans le Nord-Est du pays. « Depuis début septembre, plus de 3 000 kilomètres carrés sont revenus sous contrôle ukrainien », a déclaré dans un communiqué Valeri Zaloujny, le commandant en chef de l’armée ukrainienne. « Autour de Kharkiv, nous avons commencé à avancer non seulement au sud et à l’est mais également vers le nord. Nous sommes à 50 kilomètres de la frontière ». Un peu plus tôt, l’état-major ukrainien avait annoncé que « la libération de portions de territoire dans les districts de Koupiansk et Izioum dans la région de Kharkiv [était] en cours ».

Selon l’Institut pour l’étude de la guerre (ISW), basé à Washington, les forces ukrainiennes ont progressé par endroits sur une profondeur « de 70 km » et ont repris en cinq jours « plus de territoires que les Russes n’en ont conquis dans toutes leurs opérations depuis avril ».

Cette reconquête de l’Ukraine par les Ukrainiens marque-t-elle une bascule dans le conflit contre la Russie ? Carole Grimaud, chargée de cour en géopolitique de la Russie à l’université Paul Valérie de Montpellier, répond aux questions du HuffPost.

Le HuffPost : Comment se fait-il que l’Ukraine ait réussi à inverser la vapeur face à la Russie ?

Carole Grimaud : Selon les analystes, cela peut s’expliquer par une tactique déployée par Kiev qui a consisté à annoncer une contre-offensive dans le sud du pays, autour de Kherson. Ils ont repris des villages, détruits des ponts pour compliquer les ravitaillements russes dans le Sud, mais sans réelles actions qui pourraient faire basculer le rapport de force. Mais cela a quand même poussé la Russie à déplumer ses troupes à l’est pour les envoyer dans le Sud, ce qui a laissé un boulevard à l’est pour les Ukrainiens qui en ont profité pour regagner ces territoires.

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Carte de l’est de l’Ukraine montrant la région de Kharkiv

Est-ce que c’est une erreur de stratégie russe ou est-ce qu’ils sont tombés dans un piège créé par Kiev ? Cela reste une hypothèse, mais il semblerait que cette contre-offensive dans le Sud n’était qu’un leurre pour laisser le champ libre à l’est. C’est là aujourd’hui qu’est la véritable contre-offensive.

La situation va encore bouger sur le terrain ?

Oui, cette reprise de territoire de la part des Ukrainiens a poussé le Kremlin à envoyer des renforts depuis la Russie vers l’est. On ne sait pas encore où ils vont se concentrer, mais ils réagissent car ces victoires de Kiev montrent qu’il n’y avait pas assez de soldats russes.

De leur côté, les Ukrainiens vont tenter de gagner le plus de terrain possible avant l’hiver, avec la neige, le froid, la pluie et la boue. Tant que l’hiver n’est pas là ils vont tenter de regagner le plus de territoire possible. Les Russes quant à eux vont devoir s’adapter à cette nouvelle donne pour revenir à un statut quo dans l’hiver. Enfin il y a l’enjeu de la centrale nucléaire de Zaporijjia et de l’électricité de toute une région qui est en suspens. Avec l’hiver qui arrive, cela ne joue pas en faveur de Kiev.

Se dirige-t-on vers la fin de la guerre ?

Je ne pense pas, pas pour l’instant. Il faudrait que ces reconquêtes soient consolidées, qu’elles soient plus importantes. Il faudrait que l’Ukraine soit davantage en position de force pour pouvoir négocier. De toute façon, on ne parle plus de négociations depuis un moment et Volodymyr Zelensky les conditionne au fait que l’Ukraine récupère l’intégralité de ses territoires, donc pour le moment ce n’est pas d’actualité.

3 000 km² ce n’est pas assez pour négocier, c’est trop peu. Mais c’est assez pour infliger une défaite à la Russie, stratégie et psychologique.

Avec quels effets sur la Russie ?

Ces victoires font peur à la Russie dans les territoires qu’elle occupe, ça montre que l’Ukraine est capable d’infliger des pertes considérables. C’est une claque pour l’armée russe qui commence à faire des remous dans le pays. Même le président tchétchène Ramzan Kadyrov s’est permis de critiquer la stratégie de l’armée russe et le traitement des informations du terrain par les autorités.

Il a même proposé de venir voir les généraux pour leur donner des conseils. C’est une sorte d’humiliation et les échecs russes commencent à faire gronder la ligne dure russe qui veut des résultats. Vladimir Poutine ne pourra bientôt plus faire comme si de rien n’était face à son peuple. On arrive peut-être à un tournant où il va devoir parler vraiment de guerre et plus seulement d’opération spéciale.

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