La guerre en Ukraine "muséifiée" en direct par les Ukrainiens

À Kiev, une exposition sur la guerre en Ukraine mêle histoire, art et patrimoine pour raconter le conflit débuté le 24 février. (Photo: Capture écran Facebook Musée de la Seconde Guerre mondiale de Kiev)
À Kiev, une exposition sur la guerre en Ukraine mêle histoire, art et patrimoine pour raconter le conflit débuté le 24 février. (Photo: Capture écran Facebook Musée de la Seconde Guerre mondiale de Kiev)

À Kiev, une exposition sur la guerre en Ukraine mêle histoire, art et patrimoine pour raconter le conflit débuté le 24 février. (Photo: Capture écran Facebook Musée de la Seconde Guerre mondiale de Kiev)

GUERRE EN UKRAINE - La guerre se raconte en direct. Au 3e mois de l’invasion russe, l’Ukraine trouve de nouvelles manières d’exposer le conflit qui frappe son territoire depuis le 24 février. En l’espace de quelques semaines, le pays a multiplié les initiatives pour documenter en temps réel les exactions russes. En utilisant le terrain artistique et culturel pour permettre à sa population, l’Ukraine offre un travail inédit permettant de “muséifier” la guerre en direct.

Si l’armée russe a décidé de concentrer l’essentiel de son offensive sur la région du Donbass depuis la mi-avril, les stigmates du passage des troupes russes se racontent déjà à Kiev. La capitale ukrainienne collecte désormais une partie des artefacts de guerre russes pour les exposer au grand jour.

Comme le relate The Guardian, le musée d’histoire militaire ukrainien a décidé d’exposer les restes du matériel russe abandonné, depuis les rues de la capitale: le musée expose notamment une hélice d’hélicoptère russe carbonisée ou une carcasse de Soukhoï Su-25, un avion d’attaque au sol russe.

Quand les bottes russes deviennent une oeuvre d’art

Si la guerre s’expose dans la rue, le musée accumule aussi des souvenirs et des preuves de l’occupation russe dans l’oblast de Kiev dans ses murs. Un concept dont s’est également emparé le musée de la Seconde Guerre mondiale de Kiev avec son exposition “Ukraine – Crucifixion”, qui passe par l’art pour relater en temps réel l’occupation de la région de Kiev.

Une initiative pratiquement inédite en période de guerre. “Trois jours après la libération, le personnel du musée est parti en mission pour collecter des objets, accompagné par l’armée ukrainienne”, raconte Dmytro Hainetdinov, chef du département de l’éducation du musée.

Proche de l’exposition d’art, le musée propose une étoile rouge au sol, composée exclusivement de bottes de soldats russes. Outre les passeports, cartes bancaires et autres effets personnels oubliés par les Russes, on trouve aussi une coupole d’église carbonisée suspendue au plafond ou une pièce reproduisant la vie souterraine dans un abri utilisé par les habitants de la ville d’Hostomel, réfugiés pendant plus d’un mois dans des souterrains.

Une manière habile de se projeter dans l’après et qui permettra ainsi aux Ukrainiens ayant fui le pays aux premières heures de l’invasion de voir de leurs propres yeux l’occupation, à leur retour.

Coq, drapeau blanc et cocktail molotov

Si l’invasion russe est au centre de plusieurs expositions, Ihor Poshyvailo, conservateur du musée Maidan, prépare déjà l’avenir en collectant des objets plus ordinaires pour raconter la résistance ukrainienne dans son quotidien.

“Nous ne nous concentrons pas sur l’histoire militaire de la guerre. C’est pour les autres institutions. Nous essayons de collectionner des objets qui racontent des histoires symboliques et émotionnelles, symboles de la terreur et de la résistance”, explique au Guardian Ihor Poshyvailo.

Parmi ses acquisitions, on trouve notamment un célèbre coq en céramique. Cet objet trônant fièrement sur un meuble de cuisine d’un immeuble tout juste éventré par les bombes à Borodyanka était rapidement devenu un symbole national face à la terreur russe. Un symbole si puissant et évocateur qu’une reproduction de cette cruche en céramique de l’artiste sculpteur ukrainien Prokop Bidasiuk avait été offerte à Boris Johnson lors de sa visite officielle à Kiev le 9 avril.

Le coq a été directement récupéré dans le bâtiment à l’aide d’une grue hydraulique avec la permission de son propriétaire le 16 avril. Cet objet d’apparence banale s’ajoute aux trouvailles d’Ihor Poshyvailo pour raconter l’Ukraine aux générations futures grâce aux décombres des petites villes en périphérie de Kiev.

“Ces objets peuvent devenir de petites expositions qui racontent l’histoire de la vie de ces gens ordinaires, de leur mort. Ils peuvent démontrer la cruauté mais aussi expliquer pourquoi les Ukrainiens se battent si férocement pour leur liberté”, explique Ihor Poshyvailo.

Une robe encore accrochée dans une armoire ou des manuels scolaires de lycéens à Borodyanka, des morceaux de tissus blancs servant de drapeaux de reddition à Butcha viennent ainsi compléter la collection déjà amassée depuis 2014 au sein du musée Maidan. À ce jour, le musée détient plus de 4000 objets, conservés dans un lieu secret où se trouve notamment des exemples des fameux cocktails molotov utilisés par les manifestants sur la place de l’Indépendance à Kiev en février 2014.

Comme le mentionne Artnet dans un article publié le 9 mai, le directeur de la Galerie Nationale de Lviv, évoque maintenant l’idée de construire ou de réutiliser certains des souterrains du pays comme espace d’exposition pour permettre au patrimoine culturel et historique d’exister, même en temps de guerre.

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Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.

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