Guerre en Ukraine: Dans l'usine Azovstal de Marioupol, les Ukrainiens tentent de survivre

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De la fumée s'élève depuis l'usine Azovstal à Marioupol en Ukraine, le 20 avril 2022.  (Photo: Alexander Ermochenko via Reuters)
De la fumée s'élève depuis l'usine Azovstal à Marioupol en Ukraine, le 20 avril 2022. (Photo: Alexander Ermochenko via Reuters)

De la fumée s'élève depuis l'usine Azovstal à Marioupol en Ukraine, le 20 avril 2022. (Photo: Alexander Ermochenko via Reuters)

UKRAINE - Ils seraient plusieurs centaines encore bloqués dans l’ultime bastion de résistance ukrainienne à Marioupol. Des civils et des soldats sont retranchés dans l’usine Azovstal et encerclés par l’armée russe qui pilonne cette ville du sud-est de l’Ukraine depuis le début de la guerre, le 24 février dernier.

Ce jeudi 21 avril, la Russie a revendiqué avoir pris le contrôle de Marioupol, à l’exception de ce complexe industriel, ce que réfute Kiev. Mais plutôt de donner l’assaut, Vladimir Poutine a ordonné à ses troupes de “bloque(r) toute cette zone de manière à ce que pas une mouche ne passe”. “Il faut penser (...) à la vie et à la santé de nos soldats et de nos officiers, il ne faut pas pénétrer dans ces catacombes, et ramper sous terre”, a-t-il justifié.

La situation à Marioupol le 21 avril 2022 (Photo: AFP)
La situation à Marioupol le 21 avril 2022 (Photo: AFP)

La situation à Marioupol le 21 avril 2022 (Photo: AFP)

Et pour cause, des sources estiment qu’il y aurait plus de 20 kilomètres de tunnels jusqu’à 30 mètres de profondeur, indique l’AFP qui n’a toutefois pas pu vérifier indépendamment cette information. Une “attaque nucléaire” ne pourrait pas détruire les lieux, a même estimé à la télévision russe Yan Gagin, un conseiller russe dans la région séparatiste de Donetsk, rapporte le Telegraph.

500 blessés dans l’usine

C’est pourquoi l’usine est devenue le refuge de nombreux civils qui voulaient fuir les bombardements. Leur nombre exact n’est pas connu, même si selon le conseil municipal de Marioupol, au moins 1000 se sont cachés dans cette forteresse où la défense ukrainienne s’est repliée. Le ministère de la Défense ukrainien estime qu’il y aurait également 2000 soldats dans l’aciérie.

Justement à l’intérieur, la situation est critique. Dans une vidéo publiée sur Facebook mercredi, le commandant de la 36e brigade de la marine nationale Serguiy Volyna a déclaré que des centaines de personnes, dont des femmes et des enfants, étaient réfugiées dans Azovstal et que plus de 500 personnes étaient blessées.

“Dans le sous-sol, les gens pourrissent. Il n’y a pas de médicaments”, a-t-il décrit dans une rare interview au Washington Post. A Libération, il précise: “Nous manquons d’eau potable, de nourriture... Toutes les fournitures médicales dont nous disposons ici s’empreignent de l’humidité des caves. Elles sont inutilisables, les plaies ne cicatrisent pas et au lieu de guérir, les blessures s’aggravent.”

Le site est complètement isolé du reste du monde, ajoute-t-il dans le quotidien américain, et chacun essaie de survivre avec les ressources disponibles. “Nous économisons l’eau, nous nous soutenons, nous nous aidons autant que possible.”

“Ils manquent de tout”

Combien de temps vont-ils pouvoir tenir? Impossible de le savoir vraiment tant les communications sont instables, rares, mais aussi secrètes. Dans sa vidéo publiée sur Facebook, Serguiy Volyna donnait l’alerte: “Nous vivons peut-être nos derniers jours, voire nos dernières heures.” Militairement, les Ukrainiens sont moins nombreux et moins armés face à la puissance russe.

Le commandant du bataillon indique au Washington Post ne dormir que deux à trois heures par nuit “sur des lits de fortune, composés de matériaux que l’on trouve sur place, comme des cartons”, poursuit-il dans Libération. Il refuse de dire combien de soldats étaient à ses côtés.

Se pose aussi la question de la nourriture. Une porte-parole de Metinvest, à qui appartient l’usine, a indiqué au New York Timesque “depuis la première invasion (lors de laquelle la Russie a annexé la Crimée en 2014, NDLR), les bunkers ont été gardés en bon état et remplis de nourriture et d’eau”. Les stocks pleins permettent de tenir trois semaines avec 4000 personnes à l’intérieur.

Interrogé mercredi 20 avril par la BBC, le maire-adjoint de Marioupol Sergueï Orlov est toutefois inquiet. “Ils manquent de tout, assure-t-il. Ils manquent d’eau, de nourriture, de médicaments, d’aide. Et la Russie bloque tout, toute l’aide humanitaire et les évacuations.”

Des informations contradictoires

En réalité, la situation est confuse entre le manque d’informations et l’intense guerre de la communication. Les messages sur Twitter du journaliste Oliver Carroll résument la difficulté de savoir ce qu’il se passe. Il explique que d’un côté, les soldats ukrainiens déclarent venir à bout de leurs provisions de nourriture et de munitions. De l’autre, un conseiller du président ukrainien Volodymyr Zelensky lui aurait assuré que les soldats ont de quoi lutter “pendant encore plusieurs semaines”. Une stratégie pour décourager Moscou?

Une chose est sûre, la durée du siège dépendra du nombre de personnes à l’intérieur de l’usine, et des ressources qui leur restent. Mais avec le blocage russe, la situation ne peut que s’empirer, a reconnu Pyotr Andryushchenko, un conseiller du maire de Marioupol, dans le New York Times.

De leur côté, les soldats ukrainiens n’ont pas l’intention de laisser les Russes s’emparer de l’usine ni de la ville, qui permettrait à Moscou de relier le Donbass et la Crimée et d’avoir accès à la mer d’Azov. Le commandant Serguiy Volyna l’a assuré, “nous ne rendrons pas les armes”.

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Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.

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