Guerre en Ukraine: comment l'arrivée de l'hiver risque de changer le cours du conflit

Des soldats ukrainiens, le 9 septembre 2022 - Juan BARRETO / AFP
Des soldats ukrainiens, le 9 septembre 2022 - Juan BARRETO / AFP

Qui de l'Ukraine ou de la Russie profitera dans les prochaines semaines de la baisse drastique des températures? Les premières neiges sont arrivées à Kiev ce jeudi, et l'hiver commence à s'installer après neuf mois de guerre. Mais "l'opération militaire spéciale continue, sa poursuite ne dépend pas des conditions météorologiques", a annoncé jeudi le porte-parole du Kremlin, Dimitri Peskov.

Reste que le froid ukrainien va largement changer le rapport de force entre l'armée de Volodymyr Zelensky et celle de Vladimir Poutine. Avec des températures qui pourront avoisiner les -20 degrés à l'Est, la guerre en Ukraine va entrer dans une nouvelle phase.

Au début de l'automne, sous l'effet d'un phénomène météorologique appelé "raspoutitsa", la terre s'était transformée en boue dans le pays. L'arrivée du gel va régler ce problème, en durcissant les sols et permettant aux chars de se déplacer plus facilement.

"L’hiver joue pour l’Ukraine"

Mais dans le même temps, les troupes vont sans doute réduire leurs mouvements à cause des conditions climatiques. "Vous voyez déjà le mauvais temps en Ukraine ralentir un peu les choses", indiquait début novembre le sous-secrétaire américain à la Défense, Colin Kahl, rapporte le New York Times.

Des officiels cités par le quotidien affirment même que le conflit devrait rester "bloqué" jusqu'au début de l'année 2023.

Plusieurs analyses donnent aussi l'avantage à l'Ukraine. Grâce à l'aide envoyée par ses alliés occidentaux, l'armée de Volodymyr Zelensky est mieux équipée que les troupes russes. Elle est aussi moins démoralisée, l'armée de Vladimir Poutine venant de se retirer de Kherson.

"L’hiver joue pour l’Ukraine", indique à nos confrères du Monde, Joseph Henrotin, chargé de recherche au Centre d’analyse et de prévision des risques internationaux.

Auprès du Kyiv Independent, l'analyste Michael Kofman soutient que les positions russes sont vulnérables dans l'Est du pays, et que dans le Sud, les troupes de Poutine chercheront à se retrancher derrière le Dniepr, le fleuve faisant office de barrière naturelle.

Une chance pour les négociations?

Toutefois, l'analyste estime que les prochaines victoires ukrainiennes, si elles arrivent, seront obtenues à un rythme "plus lent." Washington, par la voix du général Mark Milley, affirme clairement qu'il sera "difficile" d'expulser l'armée de Vladimir Poutine en dehors du pays.

D'où le message envoyé ces derniers jours par les alliés de l'Ukraine à Volodymyr Zelensky: il serait (peut-être) temps de négocier avec Moscou.

"L’armée russe est vraiment en train de souffrir", assure Mark Milley. "Vous devez négocier quand vous êtes en position de force et que votre adversaire est faible", estime-t-il.

Surtout que le président ukrainien s'est isolé mercredi en maintenant sa version sur le missile tombé en Pologne, avant de finalement temporiser.

Le Kremlin, par la voix de Dimitri Peskov, a déploré "le manque de volonté de la partie ukrainienne d'entamer des négociations, son refus de chercher un terrain d'entente." Car les conditions posées par Kiev pour négocier, nombreuses, sont jugées "irréalistes" par Moscou.

La Russie continue de cibler la population

Sans négociation et après un retrait de Kherson, la Russie a décidé de multiplier les frappes contre les infrastructures énergétiques de l'Ukraine. Ce jeudi, dix millions d'Ukraniens ont été privés d'électricité, indiquait dans la soirée Volodymyr Zelensky.

Cette stratégie, de plonger le pays dans le noir et de mettre la pression sur la population, ne donnera pas la victoire à la Russie, estime sur le plateau de BFMTV Isabelle Dufour, directrice des études stratégiques à Eurocrise.

"Cette stratégie de bombarder les infrastructures critiques a été théorisée dans les années 1980. On peut déjà donner le mot de la fin: ça ne marche pas", lance-t-elle.

"La population ukrainienne est très soudée, a énormément souffert. Elle s'est constituée en nation avec le conflit", rappelle-t-elle. Et face à l'arrivée du froid, nombreux se sont préparés pour passer un hiver difficile.

Début novembre, le secrétaire d'État américain, Anthony Blinken, estimait que cette stratégie russe servait à "compenser" les défaites de Moscou sur le champ de bataille. "Le président Poutine semble avoir décidé que s'il ne peut pas s'emparer de l'Ukraine par la force, il essaiera de la geler pour la soumettre", dénonçait-il.

Article original publié sur BFMTV.com