Guerre en Ukraine: Kiev a ouvert plus de 1400 enquêtes pour trahison et collaboration avec l'ennemi

Un habitant d'Irpin à proximité d'un bâtiment détruit, le 31 mai 2022.  - DIMITAR DILKOFF / AFP
Un habitant d'Irpin à proximité d'un bâtiment détruit, le 31 mai 2022. - DIMITAR DILKOFF / AFP

Alors que de violents combats continuent de faire rage dans le Donbass, l'Ukraine doit déjà faire face à la douloureuse question de la collaboration et de la trahison. Depuis le début de la guerre le 24 février dernier, de nombreux citoyens ukrainiens sont accusés d'avoir, de leur propre chef ou sous la pression, facilité l'avancée des troupes russes, comme le rapporte un article du Guardian.

Policiers, maires, juges... Plusieurs responsables sont pointés du doigt. Kiev, qui a récupéré de nombreux territoires à l'occupant russe, a déjà procédé à plusieurs arrestations. Et doit maintenant décider si la solution réside dans la fermeté, ou au contraire, si le discernement doit être à l'œuvre. La procureure générale d'Ukraine Iryna Venediktova a en tout cas indiqué début mai que plus de 1400 enquêtes avaient été ouvertes. Environ 700 pour trahison, et 700 autres pour collaboration avec l'ennemi.

Gites, couverts et carburant offerts à l'occupant

Dans la région de Kharkiv, où un volontaire Français est mort vendredi, les enquêteurs se penchent sur 50 cas, selon les informations du Guardian. Sept concernant des officiers de police, cinq concernant des maires et une enquête contre un juge.

"Sur les 50 personnes, la moitié a été arrêtée. Les autres, malheureusement, se trouvent toujours dans les territoires occupés, et n'ont pas encore été arrêtés", explique auprès du quotidien britannique Oleksandr Filcahkov, le procureur général de la région de Kharkiv.

Il y a notamment le cas du maire de Koupiansk, Gennady Matsegora. Au troisième jour de l'invasion, alors que sa ville est encerclée, il reçoit un appel d'un commandant de l'armée russe qui souhaite négocier avec lui. Réelle volonté de collaborer ou crainte des représailles? Le maire finit en tout cas par accepter l'offre des Russes.

"J'ai pris la décision de prendre part aux négociations pour éviter des pertes humaines", justifie-t-il à l'époque dans une adresse vidéo.

Il livre alors sa ville aux ennemis, et va jusqu'à leur fournir le transport, l'hébergement, le carburant et la nourriture. 98 jours plus tard, Koupiansk est toujours sous occupation russe. Son maire n'a pas encore été arrêté, mais il fait dorénavant partie des centaines d'Ukrainiens poursuivis pour collaboration.

Collaborer pour s'enrichir

D'autres Ukrainiens, sans poste à responsabilités, sont accusés d'avoir fourni aux occupants la liste des militaires présents dans leur commune, mais également le nom des membres de leur famille, voire la liste des vétérans de la guerre du Donbass.

Certains ont même profité de la guerre pour s'enrichir. "Des Ukrainiens expliquaient à l'occupant où vivaient les personnes les plus fortunées de leur ville et quel type de richesse ils possédaient. Plus tard, les soldats russes venaient dans les maisons avec les collaborateurs et s'adonnaient à des pillages", assure Oleksandr Filchakov au Guardian.

Au plus haut sommet de l'État, on tient à se montrer ferme face aux traîtres. Le 29 mai, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a limogé le chef des services de sécurité de Kharkiv, lors d'une visite dans la ville.

"Je suis venu, j’ai vu, et j’ai limogé le chef des services de sécurité de la région, parce qu’il ne travaillait pas à la défense de la ville depuis les premiers jours de cette guerre, mais ne pensait qu’à lui-même", a-t-il assuré lors d'une déclaration qu'il a tenu à rendre public.

Une question "complexe et douloureuse"

Mais cette attitude soulève des questions. Que faire face aux nombreux enseignants, qui dans les régions occupées du sud de pays, ont été forcés de mettre en place le programme scolaire russe? Seront-ils traités comme des traîtres si ces territoires venaient à être libérés? De nombreuses voix se soulèvent en Ukraine pour discerner plusieurs types de collaboration.

"Il y a des personnes qui souhaitent collaborer avec les Russes, d'autres qui l'ont fait car ils voulaient sauver leur peau, et enfin des citoyens qui ont collaboré avec un pistolet sur la tempe", nuance Ilko Bozkho, un responsable militaire ukrainien.

Même son de cloche du côté du ministère de l'Éducation. "C'est une question très complexe et douloureuse", concède un responsable, toujours dans les colonnes du Guardian.

"Vous ne pouvez pas demander de l'héroïsme de la part de tous les citoyens non-armés", conclut-il.

Article original publié sur BFMTV.com

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