Guerre en Ukraine : Kherson, une victoire déterminante face à la Russie

Une femme embrasse un soldat ukrainien à Kherson, le 12 novembre.
- / AFP Une femme embrasse un soldat ukrainien à Kherson, le 12 novembre.

GUERRE EN UKRAINE - Un vent de liberté souffle sur Kherson. Mercredi 9 novembre, le ministre russe de la Défense Sergueï Choïgou a ordonné le retrait de ses troupes de cette ville du sud du pays occupée depuis les premières semaines de la guerre lancée par Vladimir Poutine le 24 février.

Le retour du drapeau ukrainien dans les rues est une cinglante défaite pour la Russie déjà contrainte d’abandonner la région de Kharkiv (nord-est) en septembre. C’est à l’inverse une victoire militaire et symbolique majeure pour l’Ukraine.

Une victoire stratégique...

L’annonce de Sergueï Choïgu fait suite à une période nébuleuse de plusieurs jours, lors de laquelle les témoignages d’habitants concernant un hypothétique départ des Russes s’accumulaient. Dans le même temps, l’armée ukrainienne se rapprochait des lignes d’approvisionnement russes à l’aide d’armements modernes livrés par les Occidentaux.

Acculé dans cette ville construite le long du fleuve Dniepr, véritable piège militaire, Moscou s’est finalement résolue à quitter la ville. Les combattants russes se sont retirés vers la rive orientale du fleuve pour échapper à cet obstacle naturel. « C’est la preuve qu’ils ont de vrais problèmes, la Russie, l’armée russe », a jugé le président américain Joe Biden lors d’une conférence de presse.

Le départ de Kherson n’est pas qu’un simple revers local pour l’armée russe. Il remet en cause toute la stratégie militaire de Moscou et permet à Kiev d’envisager une reconquête bien plus large. En effet, la ville se situe proche de la Crimée, cette province annexée par la Russie en 2014 lors d’un référendum jugé illégal par la communauté internationale.

L’Ukraine au 10 novembre 2022
AFP L’Ukraine au 10 novembre 2022

Le couloir qui permettait à la Russie de relier Kherson à la Crimée s’est donc refermé. Cela signifie que les Ukrainiens peuvent se rapprocher et menacer la mainmise de Moscou sur cette province occupée, tout en ayant de nouveau accès à la mer d’Azov, très stratégiques sur le plan commercial.

« Sur le plan militaire, (cette prise) était essentielle parce qu’à partir du moment où (les Russes) étaient sur la rive droite (du Dniepr), ils pouvaient envisager d’aller vers Mikolaïv et vers Odessa. Maintenant, c’est fini », ajoute le général Jérôme Pellistrandi sur BFMTV.

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« Après l’attaque du pont et l’attaque de la base de Sébastopol, ce retrait rajoute encore un peu de pression sur la [Crimée], et relance les débats autour de son statut. Cela met aussi en lumière le bluff nucléaire du Kremlin autour de l’inviolabilité de ce qu’il considère comme son territoire », complète sur Franceinfo l’analyste géopolitique Ulrich Bounat.

Toutefois, tempère ce dernier, la victoire à Kherson ne va pas changer la face de la guerre : « D’un point de vue militaire, on va revenir à une zone plus ou moins stable, avec une barrière naturelle difficile à franchir. Cela ne va pas changer totalement le destin de cette guerre, puisque la zone était déjà considérée comme perdue à long terme par les Russes. »

...Mais aussi une victoire symbolique

Outre l’aspect militaire, la victoire à Kherson est aussi extrêmement symbolique pour l’Ukraine. D’abord, Kiev a montré qu’elle était toujours déterminée et forte militairement face au géant russe. De quoi remonter le moral des troupes qui se battent depuis près de neuf mois, et alors que l’hiver arrive.

Le symbole est d’autant plus fort que Kherson, 280 000 habitants avant le conflit, est la seule capitale régionale conquise par les forces russes, au début de leur offensive en Ukraine. « Il semble que les Ukrainiens viennent de remporter une victoire extraordinaire : la seule capitale régionale que la Russie avait saisie dans cette guerre est maintenant de retour sous le drapeau ukrainien, ce qui est tout à fait remarquable », a d’ailleurs salué Washington.

De plus, la ville est située dans la province du même nom qui fait partie des quatre zones de l’Ukraine dont Vladimir Poutine a revendiqué l’annexion après des référendums locaux. Selon l’administration d’occupation prorusse de Kherson, 87,05 % des électeurs ont dit « oui » dans les urnes. Les votes ont été jugés illégaux par la communauté internationale qui ne reconnaît pas les résultats.

Cela n’a pas empêché le président russe de célébrer ces annexions en grande pompe, avec une cérémonie où il a étrillé les Occidentaux puis lors d’un concert sur la Place Rouge, sous des banderoles proclamant que la Russie y serait présente « pour toujours » et qu’il défendrait ces territoires « par tous les moyens ». Aujourd’hui, la défaite est pourtant nette pour le chef du Kremlin.

Ne pas crier victoire trop vite

Malgré tout, l’Ukraine reste prudente. Lorsque les premières indications concernant le départ des Russes ont été dévoilées, le président Volodymyr Zelensky a souligné qu’il pouvait s’agir d’une ruse de la part de Moscou, qui souhaiterait attirer l’armée ukrainienne dans la ville, la bloquer dos au mur du Dniepr, l’encercler, et engager une bataille féroce.

« L’ennemi ne nous fait pas de cadeau, ne manifeste pas de ’’geste de bonne volonté’’ », a déclaré le chef de l’État jeudi, lors du retrait russe. « Nous devons donc faire preuve d’une extrême prudence, sans émotions, sans prise de risque inutile, afin de libérer toute notre terre avec des pertes aussi minimes que possible ».

« Kherson est à nous », a-t-il toutefois écrit vendredi 11 novembre sur Telegram, après l’arrivée des soldats. Les habitants de Kherson ont, eux, fêté le retour de leurs troupes avec des drapeaux bleu et jaune volants au vent et des cris de joie.

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