Guerre en Ukraine : pour Kherson, une semaine clef ?

Ukrainian artillery unit members get prepared to fire towards Kherson on October 28, 2022, outside of Kherson region, amid Russia's military invasion on Ukraine. (Photo by BULENT KILIC / AFP)
BULENT KILIC / AFP Ukrainian artillery unit members get prepared to fire towards Kherson on October 28, 2022, outside of Kherson region, amid Russia's military invasion on Ukraine. (Photo by BULENT KILIC / AFP)

GUERRE EN UKRAINE - Mais que se trame-t-il à Kherson ? La tension s’est accentuée encore davantage ces dernières heures alors que la situation dans cette zone au sud-est du pays se détériore et que les troupes russes se retirent sur la rive gauche du fleuve Dniepr. En parallèle, les avancées ukrainiennes se poursuivent.

La ville, toujours occupée par l’armée russe malgré une poussée ukrainienne, était ce dimanche 6 novembre sans électricité ni eau et le barrage de Kakhovka, dans la même région, a été endommagé après deux frappes dont Russes et Ukrainiens se renvoient la responsabilité. Elles n’auraient cependant pas causé de « dégâts critiques » selon l’administration russe. D’après un représentant des services d’urgence de la région de Kherson, cité par les agences de presse russes, « plus de 10 localités de la région sont (actuellement) sans courant ».

Kherson, principale ville ukrainienne prise par les forces russes depuis février, a été transformée en « forteresse » par celles-ci, face à des troupes ukrainiennes qui se rapprochent depuis plusieurs semaines. Mais alors que l’évacuation de milliers d’habitants se poursuit depuis la fin du mois d’octobre, les troupes russes ont elles aussi déguerpi. Une désertion qui ne fait qu’attiser les soupçons dans le camp ukrainien, beaucoup redoutant un piège.

Comme un air de guet-apens

Les soldats de Vladimir Poutine se font de plus en plus discrets depuis quelques semaines, et ils ne sont pas les seuls : le drapeau russe a été retiré des bâtiments administratifs, mais aussi des vestiges culturels et mêms des ambulances sont déplacés par les troupes du Kremlin… La ville ukrainienne de la province du même nom, annexée par Moscou lors des référendums d’adhésion contestés en septembre, semble avoir été laissée à l’abandon par l’armée du Kremlin.

Pour Natalia Houmeniouk, porte-parole du Commandement Sud ukrainien, citée par le site d’information Obozrevatel, repris par Courrier International, ce retrait des forces russes est un piège : « Il pourrait s’agir d’une provocation afin de créer l’impression que ces endroits sont abandonnés, qu’on peut y pénétrer en sécurité, alors qu’ils (les Russes) se préparent à des batailles de rue. » Des soldats étrangers en civil paraderaient d’ailleurs toujours dans la ville, prévient-elle.

La situation autour de Kherson en Ukraine au 6 novembre 2022
AFP La situation autour de Kherson en Ukraine au 6 novembre 2022

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a également partagé son scepticisme dans un entretien au quotidien italien Corriere della Serra dès le 25 octobre. « Je ne vois pas les Russes partir, ils le prétendent, ce sont des retraits stratégiques. En réalité, ils ne sont pas prêts à quitter la région, même s’ils risquent d’être encerclés par nos troupes », a-t-il déclaré.

Ces trois derniers jours, les autorités d’occupation russes ont procédé dans les villages autour du site à des « évacuations » de civils face à une « possible attaque au missile » sur le barrage dont la destruction entraînerait « l’inondation de la rive gauche » du Dniepr, selon les autorités locales. Kiev a condamné à plusieurs reprises ces « déportations » d’habitants de la région vers des territoires moins exposés aux combats, voire vers la Russie elle-même.

Le risque de frappes sur cette installation stratégique est brandi depuis octobre par les Ukrainiens et les Russes, qui s’accusent mutuellement de mettre en danger la vie de « milliers » d’habitants dans cette partie de la région.

Une reprise de la région vers la fin de l’année ?

Toutefois, on reste confiant côté ukrainien : « les forces armées ukrainiennes poursuivent leurs opérations contre-offensives dans la région de Kherson. Les défenseurs du pays ont libéré ces dernières heures plusieurs agglomérations de l’occupant russe », a déclaré Iryna Vereshchuk, vice-Première ministre et ministre des Territoires occupés au Corriere della Sera ce 6 novembre.

Quant à savoir quand est-ce que Kiev espère reprendre la région à l’ouest du Dniepr, Iryna Vereshchuk table sur la fin de l’année. Non sans les écueils que représentent « le froid et la pluie, l’artillerie qui s’enfonce dans la boue ». Des difficultés que les soldats « motivés » sauront surmonter, selon elle. « Nous essayons de sauver des vies, au prix d’avancer lentement », explique la vice-Première ministre.

Pour Iouriy Boutoussov, journaliste spécialiste des questions militaires, dans une analyse publiée sur le site du quotidien de Lviv Vissoky Zamok, la perte de Kherson « démontrera l’incapacité de Poutine à reprendre l’initiative dans la guerre », ce même après avoir effectué sa mobilisation complète. « Ce sera une défaite stratégique énorme pour la Russie, qui prouvera que l’Ukraine est à même de détruire n’importe quel groupement russe puissant. », Poursuit-il.

Il tempère toutefois « Mais la bataille n’est pas finie. L’ennemi essaie de toutes ses forces d’en retarder l’issue, avec fort peu de chances d’éviter la défaite. C’est l’armée ukrainienne qui mettra le point final à la bataille et la libération de la ville. »

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