Guerre en Ukraine: le journaliste ukrainien Maks Levin "exécuté par les Russes", selon RSF

Le photographe et documentariste ukrainien Maks Levin à Kiev, le 5 mai 2019 - Genya SAVILOV / AFP
Le photographe et documentariste ukrainien Maks Levin à Kiev, le 5 mai 2019 - Genya SAVILOV / AFP

Le photoreporter ukrainien Maks Levin a été "froidement exécuté" par les soldats russes, indique Reporters sans frontières (RSF) dans un rapport publié ce mercredi. Le journaliste et son accompagnateur, le soldat ukrainien Oleksiy Chernyshov, ont été abattus "après avoir été probablement interrogés et torturés" par les forces russes.

Les corps des deux hommes ont été retrouvés le 1er avril dernier dans une forêt près de Moshchun, un village situé à une vingtaine de kilomètres au nord de Kiev. Ils avaient disparu le 13 mars, alors que cette zone était encore en partie occupée par les Russes, qui se sont aujourd'hui retirés pour concentrer leur offensive sur l'Est et le Sud de l'Ukraine.

Victime de deux balles d’armes légères tirées par des militaires russes

Maks Levin, 40 ans, travaillait notamment régulièrement pour l'agence de presse Reuters. Depuis le début de l'invasion russe, le journaliste couvrait le conflit auprès d'un groupe de soldats ukrainiens qu’il connaissait depuis son travail sur la guerre du Donbass en 2014.

Le 13 mars dernier, il est déterminé à retourner dans la forêt de Moshchun, où il avait perdu son drone utilisé pour capturer le conflit quelques jours avant. C'est ce jour-là qu'il sera assassiné avec son accompagnateur Oleksiy Chernyshov.

Selon un communiqué du parquet local de Vychhorod, publié le 2 avril, le journaliste aurait été victime de deux balles d’armes légères tirées par des militaires russes. Une information confirmée par l'enquête de RSF qui indique que, sur son corps, "trois impacts de balles sont visibles, un sur son torse, deux sur sa tête".

Collecter des preuves

Du 24 mai au 3 juin, RSF a dépêché des enquêteurs sur place pour collecter des preuves et relever des indices sur la mort de Maks Levin. Sur la scène de crime, ils retrouvent notamment la voiture du photoreporter calcinée avec 14 impacts de balle. Ils récupèrent également plusieurs douilles de balles dont une "qui a très probablement touché le journaliste".

"Les observations effectuées à partir des photos du corps de Maks Levin et la découverte d’une balle enfoncée de 15 centimètres dans le sol, à l’endroit exact où il a été retrouvé, indiquent qu’il a probablement été abattu par une voire deux balles tirées à courte distance, alors qu’il se trouvait déjà au sol", affirme RSF. "Certains éléments, et notamment la position du corps d’Oleksi Chernychov, pourraient indiquer qu’il a été brûlé vif", ajoute l'ONG.

Les enquêteurs ont également repéré et parfois collecté des preuves matérielles comme des emballages de nourriture ou des couverts en plastique "avec de possibles traces ADN attestant de la présence des soldats russes tout près du lieu où le reporter et son accompagnateur ont été tués".

Abattus ou exécutés après un interrogatoire

Faute de pouvoir déterminer avec certitude le déroulé précis des événements, RSF avance deux hypothèses. Soit les deux hommes ont été abattus dans une zone conquise par les Russes pendant que le journaliste cherchait son drone, soit leur interrogatoire a tourné à l’exécution. Selon eux, les auteurs de ces meurtres pourraient appartenir à la 106e division aéroportée de la Garde russe ou à une unité des forces spéciales.

"Dans un contexte de guerre fortement marqué par la propagande et la censure du Kremlin, Maks Levin et son ami ont payé de leur vie leur combat pour une information fiable. Nous leur devons la vérité. Et nous nous battrons pour identifier et retrouver ceux qui les ont exécutés", écrit Christophe Deloire, secrétaire général de RSF.

"Aucune activité militaire"

Dans son rapport, l'organisation entend balayer les éventuelles accusations sur le fait que Maks Levin était un soldat ukrainien plus qu'un journaliste. Lors de sa mort, il arborait un brassard bleu, semblable à ceux des soldats ukrainiens. Selon RSF, "les journalistes sur la ligne de front devaient porter ce brassard afin d’être identifiés comme 'présence amie' par les soldats ukrainiens".

Sa proximité avec le groupe de soldats ukrainiens qu'il accompagnait ou le fait que, par son travail de journaliste et ces images de drône, il pouvait fournir des informations aux Ukrainiens, notamment sur les positions des Russes... pour RSF, Maks Levin ne menait "aucune activité militaire".

Maks Levin est l’un des huit journalistes tués dans l’exercice de ses fonctions depuis le début de la guerre en Ukraine. La dernière victime est le journaliste de BFMTV Frédéric Leclerc-Imhoff, tué par un éclat d’obus tiré par les forces russes le 30 mai 2022.

Article original publié sur BFMTV.com

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