Guerre en Ukraine: «Il est impossible d'être journaliste dans un média indépendant en Russie»

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Denis Kataev est journaliste russe pour la chaîne de télévision d’opposition au pouvoir de Vladimir Poutine, Dojd. Avec le début de l’invasion de l’Ukraine et les lois répressives à l’encontre des journalistes, Denis Kataev a choisi de quitter son pays. Il espère diffuser l’information indépendante aux Russes depuis Paris.

Denis Kataev travaille depuis 2010 pour Dojd, l'année de lancement de cette chaîne télévisée indépendante, l’une des principales chaînes d’opposition. Dojd a dû mettre un terme à ses diffusions le 3 mars 2022, une semaine après le début de l’invasion de l’Ukraine.

RFI : Depuis le 3 mars 2022, vous ne pouvez plus exercer votre métier de journaliste. Avec le début de l'invasion russe, la chaîne télévisée pour laquelle vous travailliez a dû fermer ses portes après les restrictions imposées par le régulateur russe Roskomnadzor et face au danger des lois répressives. Dans ce contexte, vous avez décidé de quitter la Russie. Pourquoi ?

Denis Kataev : Parce que pour l'instant, il est impossible d'être un journaliste dans un média indépendant en Russie. Aujourd’hui, il est dangereux de faire ce métier. La loi contre les informations mensongères, contre les fake news, a été adoptée par le Parlement et depuis on peut être accusé pour la simple utilisation du mot « guerre ». C'est « opération militaire » et c'est tout. Dans ce contexte, on peut être accusé de quinze ans de prison. À cela s’ajoute la loi sur la trahison, qui prévoit vingt ans de prison.

Il ne fait aucun doute que ces lois ont été adoptées contre les journalistes indépendants comme nous tous. C’est dans ce contexte que j'ai décidé de quitter la Russie, et mes collègues aussi. Depuis le début de l’invasion en Ukraine, plus de 200 journalistes indépendants ont déjà quitté le pays. La plupart se trouvent en Géorgie. Moi, je suis là, à Paris. Il est impossible pour moi de vivre et travailler dans le pays agresseur. Ça ne correspond pas à ma conscience.

Votre but est donc de travailler depuis la France ?

Oui, bien sûr, on voudrait continuer à travailler pour informer les gens en Russie. On ressent le besoin et la demande d'informations indépendantes chez nous.

Il y a beaucoup de gens qui doivent rester en Russie. C'est un privilège de quitter le pays. C'est pourquoi on sent vraiment le besoin d'informations. Juste après le début de la guerre, notre chaîne Dodj a pu diffuser pendant une semaine. On a attiré plus de 25 millions de spectateurs par jour sur YouTube. C'est beaucoup. On a gagné de l'audience pendant cette période.

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Ça nous pousse à créer des petits bureaux un peu partout en Europe, par exemple, ici, à Paris. Avec mes collègues, on a déjà commencé les diffusions depuis nos studios à Paris, vendredi dernier. On va créer le réseau des journalistes indépendants. Ce sera Dojd, mais pas comme c’était avant. Ce sera Dojd Global.

Votre chaîne de télévision a été contrainte de fermer ses portes. Comment depuis l'étranger allez-vous réussir à atteindre la population russe ?

Les Russes peuvent continuer à s'informer en utilisant les outils techniques, par exemple pour accéder à des ressources qui sont bloquées. C'est relativement facile. Même ma mère qui est restée en Russie m'a dit qu'il était possible d'avoir de l'information. Elle n'avait pas de difficulté pour ça. C'est pourquoi on est sûr que c'est possible d'informer les gens en Russie et je pense que c'est le but pour l'instant. Pendant la guerre, il est très important de le faire.

Et vous envisagez de retourner travailler en Russie ?

Je suis sûr que je ne reviendrai pas dans la Russie de Vladimir Poutine. C'est dangereux pour moi en tant que journaliste. Mais aussi parce que je ne peux pas rester dans le pays agresseur, comme je l’ai dit. Et je ne peux pas rester dans un pays qui ne respecte pas les droits des citoyens et tue ses voisins. Pour moi, c'est impossible.

C'est pourquoi j’aimerais pour l'instant continuer à travailler en tant que journaliste indépendant et surtout comme journaliste de Dojd. Pour ça, on s’appuiera sur le bureau à Paris.

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