La guerre en Ukraine de plus en plus critiquée à la télévision russe

Vladimir Solovyov, présentateur-star de la chaîne Rossiya-1  - BFMTV
Vladimir Solovyov, présentateur-star de la chaîne Rossiya-1 - BFMTV

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Véritable retournement de veste ou nouvelle tentative d'orienter l'opinion publique russe? Depuis le début de l'invasion de l'Ukraine par la Russie, Vladimir Poutine peut compter sur la participation active des médias nationaux pour assurer la promotion de ce qu'il appelle une "opération militaire spéciale" en territoire ukrainien. Parmi eux, la chaîne publique Rossiya-1, pierre angulaire de la propagande russe, qui ces derniers mois a ressassé à l'envi le fantasme de la "dénazification de l'Ukraine" et n'a pas hésité à brandir la menace nucléaire en direction de l'Europe.

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Pourtant, ces dernières heures, un changement de ton se fait sentir dans les médias russes. La star de cette même chaîne, Vladimir Solovyov, qui a la réputation d'être le présentateur favori de Vladimir Poutine, s'en est directement pris à l'armée de son pays, qui semble s'enliser jour après jour dans un conflit sur la durée en terre ukrainienne.

"Ils nous disent, depuis les lignes de front, ‘donnez nous des drones'. Mais qu’ils essaient d’apporter quelque chose sur le terrain, même de l'aide humanitaire dans le Donbass", a-t-il critiqué, dans une diatribe assez virulente à l'encontre des soldats.

Poutine préservé

Dans ses critiques, il est accompagné par plusieurs de ses invités qui insistent sur les faiblesses de l'armée russe alors que Vladimir Poutine souhaitait une intervention rapide et une prise de contrôle intégrale de l'Ukraine. Selon Mikhail Kodoryonok, un ancien général à la retraite présent sur le même plateau, le combat pourrait même être inégal entre les deux armées.

"Envoyer des équipes avec de vieilles armes faire une guerre au XXIe siècle, se battre contre les armes aux normes de l’Otan, ne serait pas la chose à faire", souligne-t-il.

Pire, selon ce même spécialiste, la situation ne devrait pas s'améliorer avec le temps. Alors qu'enfle la rumeur selon laquelle Vladimir Poutine pourrait mettre en place la loi martiale, les experts estiment que le contingent d'hommes disponibles ne serait pas suffisant.

"Imaginons que la mobilisation générale soit déclarée, combien de temps faudrait-il pour avoir le premier régiment d’aviation de combat opérationnel? Nous l’aurions l’an prochain, nous n’avons pas les réserves, la mobilisation serait d’un maigre secours", explique ainsi Mikhail Kodoryonok.

Selon ce même général, la situation économique du pays, plombée par les sanctions internationales, ne permet plus d'importants investissements dans la défense.

En filigrane, ce n'est pas vraiment Vladimir Poutine qui est ici visé par ces critiques, ni même le principe-même de cette guerre, mais bel et bien l'État-Major de l'armée, pointé du doigt pour son impréparation. Elles s'inscrivent également dans un nouveau discours, qui fait son chemin en Russie, celui que la guerre voulue express va se transformer en longue et difficile guerre de position.

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Des critiques parfois plus frontales

Ce n'est pas la première fois que des critiques du conflit ukrainien sont émises lors de programmes télévisés russes. Si ces dernières prises de paroles sur Rossiya-1 préservent Vladimir Poutine, cela n'a pas été toujours le cas et les attaques ont parfois pu paraître plus frontales.

Sur ce même média et dans le même programme, dès début mars, un universitaire du nom de Semyon Bagdasarov avait tenté une analogie historique afin d'illustrer sa pensée, rappelle The Independant.

"Avons-nous besoin d'entrer dans un autre Afghanistan, mais encore pire? Nous n'avons pas besoin de ça", avait-il dit, rappelant au bon souvenir des Russes la guerre sans fin et meurtrière que l'URSS avait mené contre son voisin afghan d'alors.

Karen Shakhnazarov, experte de la chaîne Rossiya-1, avait de son côté estimé que le conflit actuel allait "isoler" le pays sur la scène internationale.

"Si cette image commence à se transformer en une catastrophe humanitaire absolue, même nos proches alliés comme la Chine et l'Inde seront obligés de prendre leurs distances avec nous", avait-elle ajouté.

Résistance à l'antenne

Ces derniers jours encore, il semble qu'une résistance clandestine par médias interposés se mette en place. Ce lundi, pendant les cérémonies très symboliques du 9-Mai, des téléspectateurs russes ont découvert un message sans équivoque, condamnant l'invasion militaire en Ukraine durant ces commémorations.

"Vos mains sont couvertes du sang de milliers d'Ukrainiens et de leurs enfants. La télévision et les autorités mentent. Non à la guerre", ont ainsi pu lire les téléspectateurs.

Une autre prise de position avait fortement marqué l'opinion publique. Mi-mars, la productrice Marina Ovsyannikova apparaissait, en plein journal télévisé de la première chaîne avec une pancarte "No War", critiquant l'offensive militaire en Ukraine. Appelant les Russes à ne pas croire à la "propagande" de leur gouvernement, elle avait été condamnée à une amende puis remise en liberté malgré les nouvelles lois russes qui menacent d'une peine allant jusqu'à 15 années de prison quiconque critiquerait la guerre menée par Msocou.

Outre la télévision, cette résistance se retrouve aussi dans la presse écrite. Deux journalistes russes travaillant pour le site d’information en ligne pro-Kremlin lenta.ru ont mis en ligne ce lundi de virulents articles contre la guerre menée en Ukraine par Moscou.

Les titres des articles publiés ciblent directement le Kremlin et le leader russe. "Vladimir Poutine a menti sur les plans de la Russie en Ukraine", "L'armée russe s'est révélée être une armée de voleurs et de pillards" et "La Russie abandonne les cadavres de ses troupes en Ukraine", pouvait-on lire sur le site, avant que les publications ne soient retirées.

Article original publié sur BFMTV.com

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