Guerre en Ukraine: le chef de l'ONU fustige "l'affront à notre conscience collective"

Antonio Guterres durant la 77e session des Nations unies à New York le 20 septembre 2022. - ANNA MONEYMAKER / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / GETTY IMAGES VIA AFP
Antonio Guterres durant la 77e session des Nations unies à New York le 20 septembre 2022. - ANNA MONEYMAKER / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / GETTY IMAGES VIA AFP

Le secrétaire général de l'ONU a dénoncé ce mercredi l'"affront à notre conscience collective" causé il y a un an par l'invasion russe de l'Ukraine, à l'ouverture de l'Assemblée générale où Kiev et ses alliés espèrent un soutien massif à une résolution appelant à une paix "juste et durable".

"Le premier anniversaire de l'invasion de l'Ukraine par la Russie représente un sombre jalon, pour le peuple ukrainien et pour la communauté internationale. Cette invasion est un affront à notre conscience collective", a déclaré Antonio Guterres, répétant ses craintes d'une aggravation du conflit.

"Les possibles conséquences de l'escalade du conflit sont un danger clair et déjà là", a-t-il lancé, évoquant les risques liés aux "menaces implicites" de recours aux armes nucléaires et activités militaires "irresponsables" autour des centrales nucléaires.

"Il est grand temps de s'éloigner du gouffre".

Après deux journées de discours, l'Assemblée générale devrait se prononcer jeudi sur une résolution qui "souligne la nécessité de parvenir, dans les meilleurs délais, à une paix globale, juste et durable en Ukraine conformément aux principes de la Charte des Nations unies".

Comme de précédentes résolutions, toutes non contraignantes, le texte réaffirme l'"attachement" à "l'intégrité territoriale de l'Ukraine", "exige" le retrait immédiat des forces russes, et appelle à une "cessation des hostilités". Il ne fait pas référence en revanche au plan de paix en dix points présenté en novembre par le président ukrainien Volodymyr Zelensky.

L'Ukraine y a renoncé pour tenter d'obtenir le plus de voix possibles lors du vote attendu jeudi soir, selon des sources diplomatiques. Au moins autant qu'en octobre où 143 pays avaient voté pour la résolution condamnant les annexions de plusieurs territoires ukrainiens par la Russie.

"Nous sommes parvenus à un texte qui essaie vraiment de rassembler la communauté internationale, d'être aussi cohérent et positif que possible", a commenté un diplomate européen.

Un an après l'invasion de l'Ukraine, ce sera également un message disant à la Russie qu'"elle ne peut pas parvenir à ses objectifs par la force", a-t-il ajouté, espérant que si Moscou "se sent vraiment isolé, à un moment, la pression sera trop forte pour résister".

"Répondre de leurs actes"

Mais le président russe Vladimir Poutine a juré mardi de poursuivre "méthodiquement" son offensive en Ukraine, dans un discours à la rhétorique anti-occidentale rappelant l'époque de la Guerre froide.

Soutenir la paix en Ukraine "ne veut pas dire choisir entre les Etats-Unis et la Russie", mais "défendre la Charte" de l'ONU, a répondu l'ambassadrice américaine à l'ONU Linda Thomas-Greenfield, alors que certains pays du Sud expriment une certaine lassitude face à l'attitude du Nord focalisé sur cette guerre.

Dans ce contexte, la Chine, qui comme l'Inde s'est abstenue lors des votes à l'ONU sur l'Ukraine, a indiqué vouloir présenter une proposition pour trouver une "solution politique" à la guerre. Une vision exposée à la Russie mercredi par le chef de la diplomatie chinoise, selon Moscou.

La résolution examinée mercredi et jeudi à l'Assemblée générale appelle d'autre part à "engager des poursuites" au niveau national ou international pour que les auteurs de crimes perpétrés en Ukraine "répondent de leur acte".

"Le droit de ne pas être tués"

Mais elle ne fait pas référence spécifiquement à un tribunal spécial réclamé par Kiev pour juger les responsables de l'agression russe. Alors qu'une résolution en ce sens pourrait être présentée plus tard dans l'année, la Première dame ukrainienne Olena Zelenska a de nouveau plaidé mercredi pour sa création.

"Nous ne sommes pas les seuls à en avoir besoin, c'est pour tout le monde. Pour que ça ne puisse pas se reproduire", a-t-elle déclaré dans un message vidéo diffusé lors d'un événement spécial sur les violations des droits humains en Ukraine au siège des Nations unies à New York.

"Je pense que vous serez tous d'accord que quels que soient le pays ou la nationalité, vous avez le droit de ne pas être tués dans vos propres maisons", a-t-elle insisté, défendant le droit à "l'autodéfense" de l'Ukraine.

Les trois résolutions liées à l'agression russe votée par l'Assemblée générale depuis un an ont recueilli entre 140 et 143 voix pour, avec cinq pays votant systématiquement contre (Russie, Bélarus, Syrie, Corée du Nord et Erythrée) et moins de 40 s'abstenant.

Une quatrième un peu différente en avril, qui a suspendu la Russie du Conseil des droits de l'Homme, avait été moins consensuelle, avec 93 voix pour, 24 contre et 58 abstentions.

Article original publié sur BFMTV.com