Guerre en Ukraine : plus de 10 millions de personnes sans électricité

De nombreuses villes ukrainiennes sont encore privées d’électricité à cause de l’intensité des frappes russes, comme ici à Kiev.
DIMITAR DILKOFF / AFP De nombreuses villes ukrainiennes sont encore privées d’électricité à cause de l’intensité des frappes russes, comme ici à Kiev.

UKRAINE - Alors que l’hiver et les premières neiges s’abattent sur l’Ukraine, plus de dix millions de personnes sont privées d’électricité dans le pays ce vendredi 18 novembre, au lendemain de nouvelles frappes russes dans plusieurs villes, dont Kiev. Ces bombardements répétitifs visent depuis octobre les infrastructures énergétiques de l’Ukraine, privant régulièrement de courant mais aussi d’eau des millions d’habitants alors que la température atteint désormais les -10 degrés.

« À l’heure actuelle, plus de dix millions d’Ukrainiens sont sans électricité », notamment dans la région de Kiev, a précisé jeudi soir le président ukrainien Volodymyr Zelensky lors de son adresse télévisée quotidienne. Le président ukrainien, dont le pays va entrer le 24 novembre dans son dixième mois de guerre, a dénoncé « une autre attaque terroriste russe ».

« Des sites civils sont la cible principale. La Russie fait la guerre contre l’électricité et le chauffage destinés aux gens en faisant exploser des centrales électriques et d’autres installations énergétiques », a-t-il affirmé. Le Kremlin a rétorqué jeudi que les souffrances des civils en Ukraine étaient imputables au refus de Kiev de négocier. « C’est la conséquence du manque de volonté de la partie ukrainienne de régler le problème, d’entamer des négociations, de son refus de chercher un terrain d’entente », a déclaré Dmitri Peskov, porte-parole du Kremlin.

De vastes restrictions de la consommation

Des frappes massives avaient déjà été menées mardi, survenant après une nouvelle retraite humiliante des forces russes qui ont abandonné, sous pression d’une contre-offensive ukrainienne le 11 novembre, le nord de la région de Kherson (sud) dont Moscou revendique pourtant l’annexion. À Dnipro (centre-est), quatorze personnes dont une adolescente de 15 ans ont été blessées dans un bombardement, a indiqué le gouverneur régional Valentin Reznitchenko.

Du fait de l’« aggravation de la situation », l’opérateur électrique national Ukrenergo a annoncé la prolongation des coupures d’électricité. « En raison d’un refroidissement brutal, la consommation d’électricité a augmenté » ce qui a « compliqué davantage la situation déjà difficile dans le système électrique », entraînant de « plus vastes restrictions » de la consommation de l’énergie à travers le pays, a déploré Ukrenergo.

De son côté, l’opérateur ukrainien privé DTEK a évoqué « une destruction sans précédent » subie par le système énergétique. « Nous vivons maintenant en mode survie, c’est le front de l’énergie », a déclaré le chef du Centre de recherche sur l’énergie, Oleksandr Kharchenko. Par ailleurs, après le retrait des forces russes de Kherson, de sinistres découvertes montrent l’ampleur sans précédent des cas de torture dans la ville pendant les huit mois d’occupation russe, a dénoncé un haut responsable ukrainien.

« Je n’ai pas encore vu » de tortures « à une telle échelle », « après avoir visité toutes les salles de torture dans diverses régions de l’Ukraine », a déclaré jeudi Dmytro Loubynets, chargé des droits humains au Parlement. « L’ampleur du phénomène est horrible ». Des « dizaines de personnes » étaient « électrocutées, battues avec des tuyaux métalliques. Leurs os étaient brisés » et « les Russes ont filmé tout cela », a-t-il accusé.

Pluie de missiles russes

Le secrétaire d’État américain Antony Blinken a assuré jeudi que la Russie portait la « responsabilité ultime » pour la chute meurtrière d’un missile en Pologne, qui a tué mardi deux personnes, alors qu’une enquête doit déterminer d’où celui-ci a été tiré. La Russie a nié avoir tiré ce missile, la Pologne elle-même jugeant « hautement probable » qu’il s’agisse d’un projectile antiaérien ukrainien et évoquant « un accident malheureux ».

Des experts ukrainiens sont arrivés jeudi en Pologne pour participer à l’enquête, a indiqué le chef de la diplomatie ukrainienne Dmytro Kouleba sur Twitter. « Nous espérons qu’ils accéderont rapidement au site » de l’incident, « en coopération avec les forces de l’ordre polonaises ». Sur le plan diplomatique et économique, l’accord permettant les exportations de céréales ukrainiennes depuis les ports d’Ukraine a été reconduit pour les quatre mois d’hiver, levant les inquiétudes sur une possible crise alimentaire mondiale.

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