Guerre en Ukraine: à Zaporijjia, un centre d'aide pour les déplacés de Marioupol

La Russie reste « prête » à faire en sorte que les civils terrés avec des combattants ukrainiens dans l'usine Azovstal, à Marioupol, soient évacués de manière « sûre ». C'est ce qu'affirme Vladimir Poutine. De son côté, un commandant du régiment Azov, qui défend l'usine, a affirmé que la Russie « ne tenait pas sa promesse ». L'ONU a annoncé qu'un nouveau convoi était en route pour évacuer les civils qui y sont pris au piège. En début de semaine, un premier groupe a pu être emmené jusqu'à Zaporijjia.

Avec nos envoyés spéciaux à Zaporijjia, Anastasia Becchio et Boris Vichith

À Zaporijjia, les autorités de Marioupol en exil viennent d'ouvrir un centre d'aide, « Je suis Marioupol ». Dans une pièce transformée en halte-garderie, pendant que les parents font des démarches administratives, un enfant dessine un cube en briques. « C'est Azovstal », dit-il.

Ici, les combats de ce grand complexe sidérurgique, dernière poche de résistance ukrainienne, sont dans toutes les têtes, raconte Ioulia Drestviannikova, qui était directrice de la maternelle n°49 de Marioupol.

Ce qui se passe à Azovstal, c'est terriblement douloureux. Nous ne voulons pas croire que ça se terminera mal. Nous espérons qu'ils seront sauvés, nous attendons un miracle, parce que ce sont réellement des héros.

Derrière un paravent, Lioudmila Shevtchenko, médecin de Marioupol, examine plusieurs dizaines de personnes par jour. Elle a un petit stock de médicaments, mais certains font cruellement défaut. « On n'a pas de vitamines, et surtout on n'a pas d'anxiolytiques ou de calmants, alors que c'est ce dont on a le plus besoin ici », confie-t-elle.

À l'extérieur du centre, plusieurs dizaines de personnes font la queue. Valeria, les traits tirés, attend son tour pour s'inscrire à une consultation psychologique.

Mon mari est à Marioupol. Il est militaire de carrière. Cela fait plus d'un mois que je n'ai aucune nouvelle. La dernière fois que je lui ai parlé, c'était le 2 avril. Il est peut-être prisonnier, ou bien... il est peut-être coincé à Azovstal... Je ne sais pas.

Seule petite éclaircie pour Valeria : elle retrouve dans la file d'attente une ancienne voisine tout juste arrivée de Marioupol dont elle était sans nouvelle depuis deux mois.

« Nous y avons passé deux mois »

En début de semaine, un premier groupe de 69 civils a pu être emmené jusqu'à Zaporijjia, avant d'être pris en charge dans un hôtel de la ville en attendant d'en rejoindre d'autres.

Dans le salon de coiffure de l'hôtel, Valentina, 72 ans, se fait couper les cheveux. Une pause bienvenue, après deux mois passés à se terrer dans les sous-sols du grand complexe sidérurgique, où elle s'est réfugiée lorsque son appartement a été bombardé.

Je connais cette usine pour y avoir travaillé 40 ans. Lorsque nous nous sommes présentés à l'entrée, on nous a bien accueillis. Un premier bunker était surpeuplé, et on nous a emmenés dans un deuxième abri souterrain. Nous y avons passé deux mois. Le 6 mars, quand on est arrivés, il y avait cent personnes, mais ensuite des gens qui avaient des voitures ont pu partir. Nous, comme nous n'avions pas de voiture, ma fille, ma petite fille et moi, nous avons dû attendre.

Valentina a passé beaucoup de temps couchée dans un bunker de l'usine, qui tremblait à chaque tir. Des soldats ukrainiens sont venus à plusieurs reprises. « Ils sont venus nous apporter un peu de nourriture et quelques informations. Mais ce sont nos hommes qui allaient chercher de l'eau ou des vivres dans toute l'usine, dans les cantines de l'usine. C'était très dangereux, sous les tirs », explique-t-elle.

En fin de semaine dernière, les 71 personnes de son bunker ont enfin été évacuées. « Si vous aviez vu comment on a été évacués. Le bus n'avait ni porte, ni fenêtre. La route était couverte de gravats, de métal, de plastique, de verre. On devait bien se tenir aux poignées pour ne pas être éjectés par la fenêtre ou la porte. »

Ce n'est qu'en arrivant à Zaporijjia que Valentina a appris la mort de son petit-fils, 22 ans, tué en mars dans un bombardement. Elle ne sait même pas où il a été enterré.

►En direct : Guerre en Ukraine : la trêve à Azovstal contestée par Kiev

« Sauver plus de personnes »

Un nouveau convoi de l'ONU est en route pour Azovstal. Combien reste-t-il encore de personnes à évacuer ? Question posée à l'adjointe au gouverneur de l'administration militaire de Zaporijjia, Zlata Nekrassova.

Personne ne connait le nombre exact de gens qui se trouvent encore là-bas, parce qu'il y a énormément de bunkers dispersés sur l'ensemble du complexe sidérurgique, et tous ces bunkers sont isolés les uns des autres. On ne sait pas combien il y a de personnes dans chacun de ces bunkers. Mais d'après ce que racontent les gens qui sont ici, il devrait y avoir plus de 500 personnes, là-bas. Ce sont essentiellement des femmes et des enfants, parce qu'au départ on leur a annoncé que cet endroit était le plus sûr. Les gens y ont cru et sont venus pour sauver leur vie et celles de leurs enfants, pour se protéger des bombardements et des frappes de missiles. Je peux vous dire que nous travaillons nuit et jour : nous espérons que nous pourrons encore sauver plus de personnes et que nous parviendrons à en extraire chaque Ukrainien qui s'y trouve. Nous y croyons.

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