Guerre en Ukraine: à quoi joue la Russie en annonçant une expansion du conflit?

Vladimir Poutine le 9 mai 2022 à Moscou lors des commémorations du 9 mai - Mikhail METZEL / SPUTNIK / AFP
Vladimir Poutine le 9 mai 2022 à Moscou lors des commémorations du 9 mai - Mikhail METZEL / SPUTNIK / AFP

Vladimir Poutine avait prévenu, la Russie "n'a pas encore commencé les choses sérieuses" en Ukraine. Près de 150 jours après le début ce qui est toujours appelé une "opération militaire" par Moscou et après une "pause opérationnelle" de quelques jours après des avancées significatives dans le Donbass, la Russie souhaite poursuivre son invasion.

Lors d'une interview accordée mercredi, le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, a élargi les objectifs de son pays à d'autres territoires.

"Ce ne sont plus seulement les républiques populaires de Donetsk et Lougansk, ce sont aussi les régions de Kherson et de Zaporijia et une série d'autres territoires et ce processus continue, de façon constante", a-t-il détaillé. Il a justifié ce changement par une "géographie différente" par rapport à la situation sur le terrain à la fin mars.

Des propos qui font écho à ceux de Sergueï Choïgou, ministre russe de la Défense, qui la semaine dernière avait encouragé ses soldats à intensifier les attaques et frappes "dans tous les secteurs opérationnels" de la guerre. Ce dernier avait également donné les instructions nécessaires pour accroître la pression militaire en territoire ukrainien.

Jusqu'à Kiev?

D'un point de vue militaire, que signifient ces propos? "C’est extrêmement inquiétant", estime sur l'antenne de BFMTV notre consultant défense Jérôme Pellistrandi.

"Ce qui est inquiétant, c'est qu'on est dans le ton de la guerre. Lavrov a dit que ce n'était pas la peine de négocier, c'est un conflit qui s'inscrit dans le temps avec des conséquences militaires mais aussi économiques, avec la crise des céréales. On est dans un tunnel et on n'en voit pas le bout", assure-t-il.

Quel serait alors l'objectif russe? Lors des premiers jours du conflit, l'ambition secrète de Moscou et de Vladimir Poutine était de contrôler entièrement le pays et de renverser le pouvoir actuellement en place à Moscou, celui de Volodymyr Zelensky.

Après avoir longuement piétiné autour de la capitale, l'armée russe s'est stratégiquement recentrée dans le Donbass mais n'aurait pas perdu cet objectif de vue, estime dans les colonnes du Monde Cédric Pietralunga, qui a couvert le conflit pour le quotidien du soir.

"L’objectif initial était et reste probablement pour le Kremlin l’installation à Kiev d’un pouvoir pro-Moscou. [...] L’objectif est d’étrangler économiquement l’Ukraine, en lui coupant l’accès à la mer Noire", estime-t-il soulignant que si la Russie se contente du Donbass, alors elle reste à la merci d'une "vaste contre-offensive visant à reprendre tous les territoires conquis."

À moins grande échelle, il est aussi probable que Moscou veuille protéger ses nouvelles conquêtes territoriales, dont la région de Kherson, qui devrait officiellement devenir russe à la suite d'un référendum dans les jours à venir. De fait, autour de la ville, la Russie souhaiterait avancer encore plus et y éviter une contre-attaque ukrainienne.

Des objectifs inatteignables?

Reste que, il n'est pas certain que Moscou ait les moyens de ses ambitions. Ce jeudi à la mi-journée, le gouverneur régional de la région de Kharkiv a annoncé que deux personnes ont été tuées et 19 autres blessées dans un bombardement russe au lance-roquettes. Le retour des grandes manœuvres russe, ou bien volonté de prolonger la stratégie de la peur et de la destruction déjà employée depuis le début du conflit?

Pour le général Pellistrandi, les propos de Lavrov sont "un peu en contradiction avec le terrain." "On voit bien que l’offensive dans le Donbass a du mal à progresser, ça fait 90 jours qu’elle a commencé. Il y a eu des conquêtes mais ça piétine", précise-t-il.

Un avis partagé par Yuriy Sak, conseiller du ministre de la Défense ukrainien, qui sur notre antenne ce jeudi s'est étonné de la sortie du diplomate russe. "Cette déclaration du pays agresseur n'a pas de sens", commence-t-il, assurant que l'armée ukrainienne tente de reconquérir les territoires perdus de l'Est.

"Depuis un long moment déjà, l’agresseur tire des missiles sur toutes les villes ukrainiennes, peu importe les régions. Ça fait cinq mois que la terreur des missiles est sur l’Ukraine, la zone est déjà élargie, ce n’est pas nouveau", assure ce dernier, qui appelle les Occidentaux à poursuivre la livraison d'armes à direction de son pays.

Ouvrir une négociation?

Ces armes justement, sont l'un des points de tension avec la Russie. Dans sa prise de parole, Sergueï Lavrov, pour justifier ses velléités expansionnistes, a assuré que son pays ne pouvait laisser "à la partie de l'Ukraine que Zelensky contrôle" des armes "qui menaceront directement notre territoire."

Or, si ce dernier a assuré que toute négociation était actuellement inutile et impossible avec l'Ukraine, cette nouvelle sortie pourrait malgré tout ouvrir de nouveaux horizons diplomatiques.

"Le sentiment que l’on a, c’est que les deux camps veulent une victoire importante sur l’autre pour négocier, mais pour le moment, on en est qu’à la guerre", conclut le général Pellistrandi.

Article original publié sur BFMTV.com

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