"La guerre a un peu changé l'arithmétique du couple" franco-allemand

"La guerre a un peu changé l'arithmétique du couple" franco-allemand

Le couple franco-allemand connaît des difficultés. La gestion des conséquences de la guerre en Ukraine révèle des failles entre les deux partenaires. Paris regrette l'approche unilatérale de Berlin sur le plan d'aide énergétique, sur la stratégie de défense et sur les relations avec la Chine.

Le président français, Emmanuel Macron, et le chancelier allemand, Olaf Scholz, ont organisé à la hâte un déjeuner de travail à Paris pour coordonner leur réponse.

Euronews a interrogé Ronja Kempin, chercheuse à l'Institut allemand des affaires internationales et de sécurité, sur l’entente franco-allemande.

Euronews :

Les difficultés entre la France et l'Allemagne sont-elles sérieuses ?

Ronja Kempin :

C'est difficile à dire. Nous regardons en arrière sur presque 60 ans de relation franco-allemande, il y a toujours eu des hauts et des bas. Mais je pense que ce qui est différent aujourd'hui, c'est que la guerre a un peu changé l'arithmétique du couple. Nous avions cet arrangement, la France était la puissance de sécurité et de défense de l'Europe, l'Allemagne était davantage la puissance économique. Et avec la guerre maintenant, l'Allemagne veut aussi de devenir un leader militaire de l'Europe, et donc elle défie la France. Et c'est pourquoi les choses sont un peu compliquées en ce moment.

Euronews :

Dans une relation tendue, les choses peuvent être ressenties différemment de part et d'autre. Qui souffre le plus aujourd'hui, Paris ou Berlin ?

Ronja Kempin :

Je suis tentée de dire Paris, parce que je pense que la France a attendu si longtemps que l'Allemagne vienne à bout du processus d'intégration européenne, a attendu pendant un certain temps une réponse au fameux discours de la Sorbonne d'Emmanuel Macron en 2017. Et elle avait espéré qu'avec la nouvelle coalition en place à Berlin, l'Allemagne adopterait une démarche différente sur les questions européennes. Et maintenant l'Allemagne avance seule sur différents sujets. Je pense que cela fait souffrir Paris parce que la France craint de perdre son allié le plus précieux et le plus proche dans l'Union européenne.

Euronews :

Comment pourriez-vous décrire l'atmosphère entre Emmanuel Macron et Olaf Scholz ?

Ronja Kempin :

Les deux se connaissent assez bien, je dirais. Il ne faut pas oublier que tous deux ont été ministres dans des gouvernements précédents. Donc, il y a toute une relation en ce qui concerne le tempérament. Je suppose qu'ils sont tous deux très différents. Nous avons un chancelier allemand plutôt modeste dans ses propos alors que le président français adore convaincre, argumenter, s'exprimer. Tous deux, et je pense que c'est une difficulté dans la relation personnelle, ont clairement affiché leur souhait d'être le leader de l'Union européenne.