Guerre des gangs à Port-au-Prince: risquer sa vie en transportant un blessé à l’hôpital

Depuis dimanche 24 avril, des banlieues du nord-est de la capitale haïtienne sont le théâtre d'une véritable guerre entre deux gangs pour le contrôle de cette zone appelée la Plaine du Cul-de-Sac. Les blessés sont nombreux. Certains arrivent, au péril de leur vie, dans un hôpital tenu par l'ONG française Médecins sans frontières, dans un quartier non loin des affrontements.

L'hôpital de Médecins sans frontières à Tabarre, un quartier de l’est de la capitale Port-au-Prince, est spécialisé en traumatologie et dans le traitement des grands brûlés. Mais depuis quelques jours, le travail des chirurgiens s’apparente presque exclusivement à de la médecine de guerre. « La majorité des malades qui nous arrivent sont des blessés par balle, c’est-à-dire des cas de traumatisme des membres ou des plaies abdominales », constate Mumuza Muhindo, le chef de mission de MSF en Haïti.

Tout a commencé dimanche 24 avril à l'aube, quand les membres du groupe armé 400 Mawozo ont attaqué plusieurs localités de la Plaine du Cul-de-Sac pour chasser un autre gang appelé Chiens méchants. « Quand les gens voulaient quitter les églises, ils étaient pris en étau », explique Mumuza Muhindo. Les premiers blessés par balle sont arrivés peu après à l’hôpital de MSF : « Il y avait beaucoup de femmes et beaucoup d’enfants. Cela montre le degré d’exposition de la population et les risques qu’encourent les civils dans cette situation. »

Depuis dimanche, l’afflux des blessés ne tarit pas. « Notre hôpital a une capacité de 70 lits. Et désormais, presque tous sont occupés. D'habitude nous comptons une dizaine d'admissions par jour. Là, on est passé à une vingtaine de cas par jour », raconte Mumuza Muhindo.

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Terrible dilemme

Ces chiffres exceptionnels sont pourtant probablement loin de refléter la situation réelle dans les quartiers comme Santo, Marin, Bon Repos, Shada, Croix-des-Missions ou encore Butte Boyer. Parce que de nombreux blessés ne peuvent pas être transportés à l’hôpital. « Les gangs ont installé des barricades dans les rues. Les ambulances ne peuvent plus passer, les voitures privées non plus », rapporte le chef de mission de Médecins sans frontières.

Les familles qui comptent dans leur rang un blessé par balle se retrouvent alors devant un terrible dilemme, poursuit Mumuza Muhindo : « Laisser mourir ce proche ou risquer leur vie en l’amenant à l’hôpital. » Certains prennent le risque et arrivent à Tabarre chez Médecins sans frontières. Pour d’autres, il est tout simplement impossible de quitter la maison, tant les affrontements entre les deux gangs font rage.

Depuis ces localités, où les rafales d’armes automatiques retentissent jour et nuit, l’équipe de Médecins sans frontières reçoit des appels au secours. « Il y a des familles qui nous appellent. Et on leur conseille comment faire face. Tous ces blessés qui sont cloîtrés chez eux à domicile vont devoir peut-être attendre encore plusieurs jours avant de pouvoir être soignés », s’inquiète Mumuza Muhindo, « avec tous les risques de complications que cela implique pour leur état de santé ».

La guerre des gangs touche le fonctionnement même de l'hôpital à Tabarre. Vingt membres du personnel de MSF sont également pris au piège par les violences et ne peuvent pas venir travailler depuis dimanche, « parce que ça tire autour des maisons. Un de nos collègues a par exemple passé la nuit allongé chez lui pour éviter les balles perdues », rapporte le travailleur humanitaire. Médecins sans frontières le rappelle : comme dans tous les conflits armés, les civils doivent être épargnés et avoir accès aux soins médicaux.

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