Guerre antidrogue aux Philippines: la procureure de la CPI demande l'ouverture d'une enquête

·4 min de lecture

La procureure de la Cour Pénale Internationale (CPI) a annoncé lundi avoir demandé l'ouverture d'une enquête sur des milliers de meurtres qui auraient été commis aux Philippines dans le cadre de la guerre déclarée à la drogue par le gouvernement, constituant de possibles "crimes contre l'humanité".

Cette décision a été saluée par les organisations de défense des droits de l'homme, Amnesty international la qualifiant de "moment d'espoir" pour les familles des victimes.

Fatou Bensouda, à la veille de la fin de son mandat, demande aux juges d'autoriser une enquête sur les allégations selon lesquelles "des fonctionnaires de la police nationale philippine, et d’autres personnes agissant de concert avec eux, auraient illégalement tué plusieurs milliers, voire des dizaines de milliers de civils", selon un communiqué.

Ces violences faisaient l’objet d’un examen préliminaire (étape précédent une enquête) depuis le 8 février 2018, ce qui avait poussé le président philippin Rodrigo Duterte à se retirer de la CPI en 2019.

"Aujourd’hui, j'annonce la conclusion de l'examen préliminaire de la situation en République des Philippines, au terme duquel j’ai demandé aux juges de la Cour l'autorisation d'ouvrir une enquête", a déclaré Mme Bensouda.

"Il existe une base raisonnable permettant de croire que le crime contre l’humanité de meurtre a été commis sur le territoire des Philippines entre le 1er juillet 2016 et le 16 mars 2019", a-t-elle ajouté.

La responsabilité de l'enquête, si elle est autorisée, incombera au Britannique Karim Khan, qui succédera à Mme Bensouda mercredi en tant que procureur général de la CPI.

"Cette annonce est un moment d'espoir pour des milliers de familles aux Philippines qui pleurent ceux qui ont été perdus dans la soi-disant 'guerre contre la drogue du +gouvernement+', a salué dans un communiqué Agnès Callamard, directrice d'Amnesty International.

Human Rights Watch a pour sa part estimé que le tribunal venait de "porter un coup" à la "présomption d'impunité" du président philippin.

- Tuer les trafiquants -

Rodrigo Duterte avait été élu en 2016 après une campagne sécuritaire outrancière, promettant d'éradiquer le trafic de drogue en faisant abattre des dizaines de milliers de délinquants.

Les derniers chiffres officiels font état de plus de 6.000 morts et plus de 200.000 opérations anti-drogues au sein de l'archipel asiatique, mais les défenseurs des droits de l'homme estiment que le nombre réel de tués est bien plus élevé.

En juin 2020, un rapport du bureau des Droits de l'Homme des Nations unies avait dénoncé le fait que depuis 2016, la police a été encouragée, au plus au haut niveau, à tuer les trafiquants de drogue présumés.

Des milliers d'entre-eux ont été abattus par des policiers ou des tireurs masqués, selon le rapport qui précisait que de nombreux suspects avaient été inscrits sur des "listes de surveillance de la drogue" par des responsables locaux. Leur domicile étaient perquisitionnés par la police, ce qui se terminait souvent par une fusillade mortelle, que les agents justifiaient en tant que légitime défense.

La procureure générale a précisé que son Bureau ne prenait "pas position sur les politiques et initiatives internes menées par les gouvernements" contre les drogues et agissait en "parfaite conformité" avec son mandat relatif aux crimes de guerre et crimes contre l'humanité.

Le Bureau a également passé en revue des informations "sur des allégations de torture et d'autres actes inhumains" survenus dès le 1er novembre 2011, date à laquelle la Cour a commencé à exercer sa compétence à l’égard des Philippines.

- Enquête "illégale"-

En réponse aux accusations selon lesquelles les tribunaux locaux ne pouvaient ou ne voulaient pas poursuivre les suspects de meurtres - l'un des critères pour que la CPI ouvre une enquête complète - M. Duterte avait répondu au tribunal que le système judiciaire du pays fonctionnait.

Le président philippin a affirmé à plusieurs reprises que la CPI n'avait aucune autorité, et qu'il ne coopérerait pas à ce qu'il a qualifié d'enquête "illégale". Il a même menacé d'arrêter Mme Bensouda.

Malgré le retrait des Philippines de la CPI, qui a pris effet le 17 mars 2019, la Cour continue d’exercer sa compétence sur les crimes qui auraient été commis sur le territoire des Philippines pendant la période au cours de laquelle ce pays était partie au Statut de Rome, a conclu la procureure.

dk-jcp/cls

Notre objectif est de créer un endroit sûr et engageant pour que les utilisateurs communiquent entre eux en fonction de leurs centres d’intérêt et de leurs passions. Afin d'améliorer l’expérience dans notre communauté, nous suspendons temporairement les commentaires d'articles