Guatemala: grave crise politique en pleine épidémie de coronavirus

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En pleine épidémie de coronavirus, le Guatemala connaît depuis quelques jours une grave crise politique. En cause, le budget 2021 adopté à la hâte en début de semaine, un budget censé intégrer les dépenses supplémentaires liées à la crise sanitaire mais qui devrait fortement accroître l'endettement, tout en ignorant par exemple la lutte contre la pauvreté et la malnutrition. Les appels à la démission du président Alejandro Giamattei se multiplient.

Samedi 21 novembre, des centaines de Guatémaltèques ont mis le feu au Parlement de leur pays pour protester contre le nouveau budget national, au moment où des manifestants exigeaient la démission du président Alejandro Giammattei, a constaté un journaliste de l'AFP. Des flammes gigantesques ont ravagé l'intérieur du bâtiment, dont la façade était constellée de graffitis antigouvernementaux. La Croix-Rouge a soigné plusieurs personnes intoxiquées par les fumées, selon un porte-parole de l'organisation, Andrés Lemus. Lors de la manifestation devant le Congrès, la police a interpellé plus d'une vingtaine de personnes. Près d'une cinquantaine ont été hospitalisées pour blessures, dont une dans un état grave.

« Giammattei out »

Le groupe ayant mis le feu au bâtiment a agi alors qu'une manifestation pacifique avait lieu devant l'ancien palais du gouvernement, dans le centre historique de la capitale et à proximité du Congrès, pour exiger la démission du chef de l'Etat, un médecin de 64 ans au pouvoir seulement depuis janvier 2020. Exhibant des drapeaux bleus et blancs du pays, les manifestants brandissaient des banderoles ornées des slogans « plus de corruption » ou bien encore « Giammattei out ». Les forces de l'ordre ont lancé des gaz lacrymogènes sur la foule au sein de laquelle des enfants ont été pris de panique, selon des images diffusées sur les réseaux sociaux. Les manifestants reprochent notamment au président d'avoir donné son aval au budget controversé de près de 13 milliards de dollars, le plus important de l'histoire du pays.

Pour la député d'opposition Andrea Villagran, ces heurts s'expliquent notamment par le fort risque de corruption que permettrait ce budget 2021 : « Ce à quoi l'on assiste aujourd'hui au Guatemala est la traduction d'un malaise des citoyens face aux décisions arbitraires du gouvernement. En raison de la pandémie, il a approuvé des dépenses supplémentaires pour développer des programmes d'aide à la population. Mais ces programmes ont été utilisés de façon clientéliste, de façon très peu transparente ; il y beaucoup d'actes de corruption dans l'utilisation des ressources publiques. »

« Un budget affecté à des postes de dépenses assez obscurs »

« Et la goutte d'eau qui a fait déborder le vase, avance Andrea Villagran, ça a été l'adoption du budget 2021, mardi dernier. Un budget adopté dans l'urgence, très tard dans la nuit, et sans possibilité de débattre, sans que la population puisse avoir accès aux discussions. Finalement, ils ont adopté un budget de 99 milliards de quetzal (environ 10 milliards d'euros). cela va accentuer l'endettement de la population, sans apporter de solutions adéquates à la pandémie, à la crise sanitaire et à la crise économique que traverse le pays. Au contraire, le budget est affecté à des postes de dépenses assez obscurs, ce qui va faciliter la corruption. »

Dans la nuit du vendredi 20 au samedi 21 novembre, le vice-président du Guatemala lui-même, Guillermo Castillo, avait exhorté le président Giammattei à démissionner avec lui : « Pour le bien du pays, je lui ai demandé que nous présentions ensemble notre démission », a dit M. Castillo dans un message à la nation, diffusé à travers les réseaux sociaux et envoyé aux journalistes sur le groupe WhatsApp de la vice-présidence. M. Castillo a de nouveau admis ne pas avoir une bonne relation avec le chef de l'Etat.