En Guadeloupe et en Martinique, les malades aussi victimes du mouvement de grève

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Les hôpitaux guadeloupéens victimes
Les hôpitaux guadeloupéens victimes

OUTRE-MER - L’hôpital sanctuaire n’est presque plus. En Guadeloupe, où la mobilisation dure depuis plus d’une semaine, l’accès aux soins est compliqué par les barrages et piquets de grève avec des conséquences parfois graves et qui sont potentiellement mortelles pour les patients.

Sur place, c’est le CHU de Pointe-à-Pitre qui assure l’essentiel de l’offre de soins. Pourtant, les conditions de travail sont loin d’y être optimales, ce qui ne date pas de la crise Covid: en 2019, une partie du personnel n’avait pas hésité à recourir à la grève pour dénoncer l’insalubrité des locaux. Depuis, des travaux de rénovation ont été entamés. Mais la quatrième vague durant l’été 2021 a rappelé qu’il reste encore beaucoup de choses à faire, notamment en termes de manque de lits et de personnel.

C’est dans ce contexte déjà particulier que la mobilisation contre l’obligation vaccinale des soignants - élargie à d’autres revendications - est arrivée. Le CHU n’a pas échappé aux blocages avec l’installation d’un piquet de grève et des filtrages à l’entrée. Ce qui, selon le directeur du centre hospitalier, a des conséquences lourdes sur la prise en charge des patients. “La situation est assez préoccupante pour les patients qui n’arrivent pas à atteindre l’hôpital”, a expliqué Gérard Cotellon sur BFMTV le 22 novembre. “Et ceux qui arrivent à l’hôpital constatent qu’il est entravé par les grévistes, qu’il y a une présence policière et un certain nombre d’entre eux font demi-tour et renoncent aux soins.”

Les patients vont payer le prix fort de cette situation."Gérard Cotellon, directeur du CHU Guadeloupe

Dans les colonnes du Parisien, le directeur adjoint du centre hospitalier Cédric Zolezzi décrit des ambulances qui “préfèrent déposer leurs patients en amont” plutôt que d’affronter les grévistes “hostiles.” “Une dame en béquilles est tombée et un insuffisant cardiaque a dû monter la colline à pied. C’est inacceptable”, rapporte-t-il.

Dès le 19 novembre, le président LREM de la région, Ary Chalus, s’inquiétait des difficultés des patients à se faire dialyser. “Si les dialyses ne reprennent pas des gens mourront! Il faut laisser l’accès aux soignants et aux professionnelles sur les barrages!”, alertait-il.

Pour palier ces difficultés, la préfecture a décidé de passer par la voie des mers pour acheminer matériels et soignants vers les communes les plus difficiles d’accès. Une solution de repli, qui n’est pas appelé à perdurer.

L’accès aus soins n’est pas la seule difficulté du CHU. Sur l’île, les autorités sanitaires dénoncent depuis plusieurs jours les prises à partie des personnels de santé, avec parfois une violence rare, susceptible de démotiver des soignants qui sont pourtant en grande partie vaccinés (plus de 85% pour le seul CHU de Pointe-à-Pitre).

“Avoir la foi chevillée au corps” pour aller travailler

L’ARS Guadeloupe a ainsi dit sa colère après plusieurs agressions physiques: menaces “au fusil à pompe”, une “tentative de car-jacking”, un médecin “tenu en joue avec un fusil sur la tempe à la sortie de sa garde aux urgences au niveau d’un barrage” ou encore des “agressions de pharmaciens”... Mardi 23 novembre, le bureau des internes de la Caraïbes a demandé l’activation du droit de retrait face à “l’insécurité et la mise en péril de leur vie”, dénonçant au passage le manque de réactions de la préfecture et de l’ARS, selon un communiqué relayé par un journaliste de La 1ère.

Une situation qui menace de s’étendre à la Martinique, où la mobilisation lancée en début de semaine est déjà émaillée de violences nocturnes. Dans un courrier, l’Union régionale des médecins libéraux de Martinique (URML) a déploré “des agressions verbales” et réclamé au préfet des mesures pour permettre “le respect” de la liberté de travail et de circulation.

Les soignants “doivent vraiment avoir la foi chevillée au corps pour se lever le matin, passer les barrages, passer le piquet de grève devant le CHU. Et quand ils terminent leur service, ils ne sont pas certains de rentrer sans difficulté”, souligne Gérard Cotellon. ”À chaque changement d’équipe, c’est un peu l’angoisse de savoir qui pourra arriver à l’hôpital. (...) C’est une situation très compliquée qui malheureusement à un impact sur la prise en charge.”

Côté manifestants on se défend de toute entrave aux soins: “Nous n’avons pas bloqué l’accès à l’hôpital, assure dans Le Parisien Rony Tillé, aide-soignant et secrétaire général de la CGTG-CHU, un des syndicats grévistes. Nous avons fait un filtrage. Tous les malades, les pompiers et les ambulanciers peuvent accéder. On n’est pas des criminels, même si l’État français, l’ARS et consorts pensent qu’on est des personnes inconscientes. On empêche seulement les véhicules de monter.”

Insuffisant, selon le directeur de l’établissement de santé: “La situation est absolument déplorable, très éloignée de ce qu’on est en droit d’attendre d’un hôpital, qui même en temps de crise ,de guerre, est un sanctuaire. La mission qui est la nôtre de soigner la population guadeloupéenne est très dégradée.”

À voir également sur Le HuffPost: Au CHU de Rennes, un service d’urgences ”à bout” se met en grève”

Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.

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