La gratuité des transports publics en Europe : l'expérience a-t-elle été couronnée de succès ?

La gratuité des transports publics en Europe : l'expérience a-t-elle été couronnée de succès ?

Tallinn, la capitale de l'Estonie, et le Luxembourg sont des pionniers en Europe en ce qui concerne la gratuité des transports en commun.

Depuis, plus de 50 villes et agglomérations européennes ont instauré la gratuité des transports publics, en invoquant des raisons liées à l'environnement et à l'égalité sociale.

Le principe est simple : les citoyens bénéficient d'un accès gratuit et illimité aux transports publics pour effectuer leurs déplacements quotidiens. Une idée que Wojciech Keblowski, chercheur à la Vrije Universiteit Brussel et à l'Université Libre de Bruxelles, compare à l'accès gratuit aux parcs publics.

"On ne nous demande pas de payer pour chaque minute ou chaque heure que nous passons dans un parc. Alors, pourquoi ne pas considérer les transports publics comme faisant partie de ce système et de ce contrat social?" a-t-il déclaré.

Le Luxembourg est devenu le premier pays au monde à supprimer les tarifs appliqués aux utilisateurs des transports publics en 2020, et aujourd'hui les autorités sont plutôt fières de cette décision.

"Quand nous avons introduit la gratuité des transports publics, c'était la cerise sur le gâteau. C'est vraiment pour faire avancer la discussion au sein de la population, pour qu'elle puisse repenser son mode de déplacement et qu'elle puisse voir vraiment ce que nous faisons", a déclaré le vice-premier ministre du pays, François Bausch, à Euronews Next.

"Ce qui est important, c'est la qualité du service"

À l'inverse, les autorités municipales de Tallinn - qui ont attentivement examiné leur propre expérience de la gratuité des transports depuis son introduction il y a plus de neuf ans - doutent que cette politique ait beaucoup contribué à convaincre les conducteurs de laisser leur véhicule à la maison.

"Ce que nous avons constaté à Tallinn, c'est que le report des utilisateurs des transports publics vers la voiture a augmenté", explique Mari Jüssi, experte en mobilité durable auprès de l'administration estonienne des transports.

"En neuf ans, la proportion d'utilisation de la voiture est passée de 42 % à 48 % aujourd'hui. Donc, en termes de mobilité durable, le programme ne s'est pas avéré efficace".

Cela dit, Jüssi reconnaît qu'elle a peut-être eu plus d'effet sur le plan social.

"Au final, si vous n'avez pas une vision complète, une stratégie et un programme d'investissement pour permettre d'augmenter la qualité des transports publics, alors introduire uniquement la gratuité n'est pas une bonne idée", a déclaré François Bausch.

Mari Jüssi et Wojciech Keblowski sont également d'accord pour affirmer que l'amélioration de la qualité et des correspondances des transports publics est un élément fondamental pour attirer davantage de passagers et que la politique de gratuité constitue un instrument de soutien pour la classe ouvrière.

Pour en savoir plus sur ce sujet, voir la video dans le lecteur média ci-dessus.