Aux grands hommes la Patrie reconnaissante, merci Ladj Ly

Olivier Klein
Le réalisateur Ladj Ly recevant le Prix Découverte Européenne 2019 pour son film

Les Misérables. Que dire de plus à l’heure où tout semble avoir déjà été dit sur un film choc, coup de poing, fiction pleine de réalités vivantes, réalités qui dépassent la fiction.

Chef d’oeuvre cinématographique, chronique sociale, coup de gueule militant d’un réalisateur rompu à l’art du documentaire chirurgical qui n’hésite pas à emprunter au monument national qu’est Victor Hugo bien plus que ses mots. Un regard acéré sur une misère qui n’a pas de nom et qu’à défaut de chercher à comprendre il s’efforce de donner à voir.

Comme l’exprime avec tant de justesse Leila Slimani, “parce qu’elle est un immense espace de liberté, où l’on peut tout dire, où l’on peut côtoyer le mal, raconter l’horreur, s’affranchir des règles de la morale et de la bienséance, la littérature est plus que jamais nécessaire. Elle ramène de la complexité et de l’ambiguïté dans un monde qui les rejette. Elle peut ausculter, sans fard et sans complaisance, ce que nos sociétés produisent de plus laid, de plus dangereux et de plus infâme.” Ladj Ly est en cela le digne héritier de Victor Hugo: nécessaire, indispensable même. 

 

Montrer l’engrenage infernal des Misérables, qui désignent à la fois ceux qui font le mal et ceux qui le subissent, “les infortunés et les infâmes” disait Victor Hugo.

 

Donner à voir l’enfance dans ce qu’elle a de plus fragile et de plus pur. Cosette, Gavroche, Issa. Des enfants qui rient, jouent, font des bêtises, résistent. Des enfants livrés à eux-mêmes, violentés, abandonnés face à des adultes qui ont –presque tous- abdiqué: parents, professeurs, grands frères du quartier, policiers; plus de règles, plus de valeurs, plus de sens. Pas un référent ne rattrape l’autre dans ce huis-clos urbain où plus personne n’incarne le moindre espoir. Qui a commencé, qui est responsable? Pourquoi? Peu importe. Nous tous. La société. Celle que trop souvent nous laissons advenir. 

Certes le monde a changé depuis la fin du XIXe siècle, mais pas partout. Pas pour tous.

Montrer...

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