De grandes entreprises américaines s’engagent pour le droit à l'IVG des salariées

Yelp, Levi Strauss, ou encore Apple ont annoncé des mesures pour garantir la possibilité pour leurs employées d'avorter, dans les États qui se risqueraient à l’interdire. Elles brisent le silence d’un monde économique tardant à prendre position sur ces questions taboues.

Le projet d'arrêt de la Cour suprême visant à laisser chaque État libre d’interdire ou non l’IVG continue de secouer la société américaine. À côté de la société civile et des politiques, ce sont désormais plusieurs grandes entreprises qui affichent leur opposition à une telle régression politique.

C’est ainsi que la plateforme de recherche participative Yelp a appelé les entreprises à « prendre l'initiative » devant le « séisme pour la société et l'économie » américaine que constituent les révélations du média Politico.

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Le fabricant de Jeans, Levi Strauss estime lui aussi qu'il est du devoir du patronat de « se faire entendre et d'agir pour préserver la santé et le bien-être de ses employés ». L’entreprise prévoit pour cela, tout comme les géants Apple et Tesla, de couvrir les frais des salariées qui devraient se déplacer dans un autre État pour une IVG. Les banques Goldman Sachs, JP Morgan Chase et Bank of America vont elles voir si elles modifient les bénéfices qu'elles accordent à leurs employés…

Évolution sociétale

Dès septembre, des groupes tels qu’Amazon, Uber ou encore Citigroup, avaient affiché leur intention de prendre en charge tout surcoût lié à un avortement dans le Texas, où une nouvelle loi ramène à six semaines le délai pour y procéder.

Cette prise de position est nouvelle pour le monde économique, d’ordinaire silencieux sur ce sujet tabou. Interrogé par l'AFP, Mark Hass, professeur à l'université d'Arizona State, y voit « une question de génération ».« Les millenials, la Génération Z (née depuis la fin des années 90) se préoccupent de plus en plus des valeurs de leur entreprise. » « Dans ce pays, les gens favorables (au droit à l'avortement) sont plus nombreux que ceux qui y sont opposés », juge de son côté Neeru Paharia, professeure à l'université Georgetown. L’audace d'une partie des entreprises de la nouvelle économie s’explique donc aussi par la volonté de conserver leurs salariés, face un marché de l’emploi tendu.

Ceci dit, passé ces célèbre firmes, aucune autre grande entreprises américaine n'a pris position, note notre correspondant à Houston Thomas Harms. Il faut dire que les conseils en communications les poussent à ne pas réagir à une mesure qui n'est pas encore définitive et pourrait leur aliéner des consommateurs ou actionnaires.

Manifestations prévues

Aucun retour de bâton comme les appels au boycott n’est pour l’instant à déplorer pour ces firmes. Le sénateur républicain Marco Rubio a bien déposé une proposition de loi qui empêcherait les entreprises de bénéficier d'abattements fiscaux sur leurs dépenses liées à la prise en charge des déplacements pour une IVG. Mais cette loi a peu de chance d'aboutir.

Plusieurs grandes organisations progressistes ont appelé jeudi les Américains à défiler en masse le 14 mai dans tous les États-Unis pour défendre le droit à l'avortement. De grandes marches sont notamment prévues à Washington, New York, Chicago et Los Angeles.

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