"La plus grande erreur, celle qui a le plus favorisé Daech, c'est la non intervention en Syrie"

Bernard-Henri Lévy dans les monts Zartik, au nord-ouest de Mossoul, tenus par les peshmergas, les soldats kurdes irakiens, le 31 août 2015.

Dans «L'empire et les cinq rois» (éd. Grasset), Bernard Henri-Lévy, écrivain et philosophe, fait le point sur le déclin de l'Empire occidental et la montée de ses ennemis.

Paris Match. Votre livre commence à Kirkouk, en décembre 2017, quand l’armée irakienne, soutenue par l’Iran, écrase les rêves de liberté des Kurdes…
Bernard-Henri Lévy. Oui. Cette défaite des Kurdes, lâchés par les Occidentaux, c’est l’équivalent de la bataille de Chéronée, quand Athènes perd sa puissance. C’est la bataille d’Andrinople, quand l’Empire romain commence à se défaire. C’est un micro-événement régional auquel personne ne prête attention, mais qui a des conséquences gigantesques et redessine l’ordre mondial.

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D’autant que ces Kurdes, abandonnés, avaient mené la bataille contre Daech en première ligne…
En effet. Et il y a là non seulement une grande immoralité, mais un grand mystère. Car enfin, l’Occident a reculé devant quoi ? Ce n’était pas l’Armée rouge. Ni la Wehrmacht. C’était une armée irakienne qui s’était débandée deux ans plus tôt face à Daech, soutenue par des milices iraniennes. Comme si “l’empire”, c’est-à-dire les démocraties, était affecté d’un mal très profond, très énigmatique, qui le corromprait de l’intérieur.

En même temps, à l’instant où nous parlons, les Etats-Unis, la France et la Grande-Bretagne lancent des frappes contre la Syrie, elle-même soutenue par la Russie.
Oui. Mais si modestes ! Une piqûre de guêpe sur une peau de crocodile. On sauve l’honneur, et c’est beaucoup. Mais on ne change pas fondamentalement le rapport des forces.

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D’autant qu’il y a une semaine encore Donald Trump affirmait vouloir se désengager de Syrie.
Exact. Ce qui confirme que le paradigme n’a pas changé. L’empire est globalement en recul. Et les cinq rois à l’offensive. Avec, entre les deux,(...)


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