Grande-Bretagne: Boris Johnson visé par une enquête sur la rénovation de son appartement

par Guy Faulconbridge et Michael Holden
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GRANDE-BRETAGNE: BORIS JOHNSON VISÉ PAR UNE ENQUÊTE SUR LA RÉNOVATION DE SON APPARTEMENT

par Guy Faulconbridge et Michael Holden

LONDRES (Reuters) - La Commission électorale britannique a annoncé mercredi avoir ouvert une enquête formelle au sujet des modalités de financement de la rénovation de l'appartement de Boris Johnson à Downing Street, après que son ancien bras droit a suggéré qu'il aurait pu avoir eu recours à un financement illégal.

Le Premier ministre britannique est confronté depuis plusieurs jours à une pression croissante sur ce sujet.

"Nous sommes désormais convaincus qu'il existe des motifs raisonnables pour soupçonner qu'une ou des infractions aient été commises", indique la commission électorale dans un communiqué.

"Nous allons donc continuer ce travail avec une enquête formelle" pour déterminer si des transactions concernant ces travaux relèvent de la régulation du financement de la vie politique dont cette commission indépendante a la charge et si le financement de ces opérations a été déclaré comme requis.

La commission électorale souligne qu'elle ne fournira aucun commentaire supplémentaire avant la fin de l'enquête.

Devant la Chambre des communes, Boris Johnson a assuré avoir "pleinement respecté le code de conduite et le code ministériel", l'ensemble des règles auxquelles doivent se conformer les membres du gouvernement.

"La réponse est que j'ai couvert les frais", a déclaré le Premier ministre après avoir été vivement pris à partie par le chef de l'opposition travailliste Keir Starmer.

"Qu'avons-nous avec ce Premier ministre (...) ? Des contrats louches, des emplois pour les copains et des contacts contre de l'argent. Et qui est au centre de tout cela ? Le Premier ministre, l'immoral en chef ('Major Sleaze'), assis ici", a martelé le dirigeant du Labour.

"LAISSONS LES CORPS S'EMPILER"

La porte-parole de Boris Johnson a renvoyé par la suite le dossier entre les mains du Parti conservateur. "Je pense que c'est un dossier pour le Parti conservateur en tant que parti politique. Aucune demande d'information n'a été soumise au Premier ministre qui sera bien sûr disposé à coopérer si on lui demande", a-t-elle dit.

Interrogée le mois dernier sur cette rénovation, elle avait répondu que l'ensemble des dons, cadeaux et avantages étaient déclarés dans les règles et qu'aucun financement provenant du Parti conservateur n'avait été utilisé pour régler cette rénovation.

Le Premier ministre britannique dispose d'une allocation annuelle de 30.000 livres (environ 35.000 euros) payée par le contribuable pour l'entretien et l'ameublement de sa résidence officielle et doit prendre à sa charge les dépenses au-delà de ce plafond.

Plusieurs ministres ont dit que Boris Johnson s'était acquitté lui même de la facture des travaux, mais dans la mesure où la date du règlement n'est pas encore connue, il n'apparaît pas clairement si ces travaux - qui auraient coûté 200.000 livres selon la presse - auraient initialement été financés par un prêt quelconque. Au vu de la législation sur le financement de la vie politique, Boris Johnson aurait alors été tenu de déclarer ce point.

Dominic Cummings, qui fut le bras droit de Boris Johnson lors de la campagne pro-Brexit en 2016 et qui a aidé l'ancien maire de Londres à accéder au pouvoir en 2019 avant que des divergences ne les éloignent l'an dernier, a déclaré vendredi que le dirigeant conservateur voulait que des donateurs financent secrètement les travaux.

Il a aussi dit avoir précisé à Boris Johnson qu'un tel projet était "contraire à l'éthique, stupide, voire peut-être illégal".

A huit jours d'élections locales à travers l'Angleterre et d'élections législatives en Ecosse et au Pays de Galles, le Premier ministre est également au centre d'une autre controverse autour de fuites sur sa gestion de l'épidémie de COVID-19.

Le Daily Mail a rapporté dimanche, sans identifier ses sources, des propos attribués à Boris Johnson lors d'une réunion au 10 Downing Street en octobre, juste après la décision d'un deuxième confinement au Royaume-Uni: "Plus de putain de confinements, laissons les corps s'empiler par milliers".

Boris Johnson, interrogé à ce sujet lundi, a démenti avoir tenu de tels propos. "En plus, je pense que le plus important, ce que les gens veulent attendent de nous en tant que gouvernement, c'est de nous assurer que les confinements fassent leur effet, et c'est le cas."

(Guy Faulconbridge et Michael Holden, version française Myriam Rivet et Jean-Stéphane Brosse, édité par Nicolas Delame et Bertrand Boucey)