«Grand Théâtre d’Oklahama» : les affranchis sorciers

Libération.fr
«Le Grand Théâtre d’Oklahama», à l’Autre Scène.

Invités au in d’Avignon, les comédiens handicapés mentaux du groupe Catalyse, avec qui Madeleine Louarn travaille depuis trente ans, s’emparent de Kafka. Fils conducteurs : l’émancipation et la métamorphose.

S’en tenir à être soi-même, quel ennui. Il faudrait permettre à chacun d’endosser un costume plus grand que soi. C’est là que le théâtre intervient. Pour Madeleine Louarn, il est d’abord l’art de la métamorphose : «Il nous apprend que nous sommes plusieurs.» Chacun est multiple, avoir un handicap n’est pas une raison d’y renoncer. Louarn met en scène avec Jean-François Auguste les acteurs handicapés mentaux de son atelier Catalyse, créé en 1984 dans l’Etablissement et service d’aide par le travail (Esat) de Morlaix. Après deux ans d’immersion dans l’œuvre de Kafka, ils présentent le Grand théâtre d’Oklahama, titre du dernier chapitre du roman inachevé l’Amérique.

Pouvoir infernal

Ça commence par une offre d’emploi et une promesse : le théâtre d’Oklahama «emploie tout le monde et met chacun à sa place». Le décor est onirique, le théâtre supposé être un refuge. Le jeune Karl Rossmann y croit, mais chacun des cinq candidats se heurtera au pouvoir infernal d’un lieu qui domine et écrase les désirs des humains. Il faudra montrer ses papiers, Karl l’immigré se retrouvera agent technique, l’impresario devient liftier et la cantatrice, lingère. La question «comment trouver une issue ?» n’est pas résolue. C’est l’émancipation qui intéresse Madeleine Louarn, souci central de ces vies à handicaps : «Une vie soumise à une organisation qui n’est pas soi, en collectivité. Ça ressemble à ce qu’on a vécu enfant.»

Si Madeleine Louarn avait acquiescé à l’ordre des choses, elle serait restée à l’écart de l’art. Elle grandit à Lannilis, village de 5 000 habitants du Nord Finistère, avec un père paysan «qui a dû quitter la ferme. Il a eu la tuberculose, comme Kafka». A 18 ans, la mort de son père l’oblige à trouver de l’argent et donc un travail : elle commence à être éducatrice. C’est (...)

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