Grand moment de solitude pour Dupont-Aignan, lâché par les siens

Anne RENAUT
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Lâché par son numéro deux, Nicolas Dupont-Aignan se marginalise encore un peu plus sur le créneau national-souverainiste dominé par Marine Le Pen, qui voit dans ces départs un motif au rassemblement.

Le porte-parole de Debout la France et assistant parlementaire du député, Jean-Philippe Tanguy, soutenu par quelques fidèles lieutenants, a annoncé au Figaro dimanche son ralliement à Marine Le Pen, critiquant une stratégie de "l'isolement" de DLF qui mène le mouvement "dans une impasse".

Nicolas Dupont-Aignan a trahi l'"immense espoir" né de son ralliement à Marine Le Pen entre les deux tours de l'élection présidentielle de 2017, en refusant toute alliance avec le parti d'extrême droite depuis, explique M. Tanguy, qui avait co-rédigé l'accord entre les deux responsables il y a trois ans.

L'ancien allié de Marine Le Pen a en effet choisi de faire cavalier seul pour 022 afin d'offrir aux Français "le choix" et échapper à un duel Macron-Le Pen. Il avait auparavant appelé à l'organisation d'une "grande primaire" dans le camp national-souverainiste, à laquelle Marine Le Pen avait opposé une fin de non-recevoir.

- "Rassemblement" -

Les frondeurs de DLF voulaient notamment s'allier avec le RN au premier tour des régionales de 2021, ce que refusait le candidat à l'Elysée.

Ils avaient aussi exprimé leur désaccord quand Nicolas Dupont-Aignan avait refusé, à la dernière minute, d'intégrer sur sa liste aux élections européennes le très conservateur Jean-Frédéric Poisson, préférant miser sur le "gilet jaune" Benjamin Cauchy.

Au terme de sa "pire campagne", selon ses propres mots, M. Dupont-Aignan n'avait récolté que 3,5% des voix en 2019, générant des départs.

Nicolas Dupont-Aignan a "le mérite de s'opposer à l'hégémonie des grands partis" mais "le grand défaut de n'écouter personne", estime lundi sur Facebook le sénateur de Moselle Jean-Louis Masson, soutien historique de DLF, qui prédit un résultat aux régionales pire que celui des européennes.

Exclus lundi du parti, les frondeurs, dont Alexandre Loubet, directeur de la communication de Dupont-Aignan, apportent leur soutien à Marine Le Pen, sans pour autant adhérer au RN.

Ces départs arrivent à point nommé pour la présidente du RN, qui peine à forger des alliances. La direction s'est d'ailleurs empressée de les saluer.

"Bienvenue à Jean-Philippe Tanguy qui, à son tour, fait à le choix de nous rejoindre et de travailler, aux côtés de Marine Le Pen, au nécessaire rassemblement des patriotes pour l’emporter en 2022!", a tweeté le numéro deux du RN, Jordan Bardella.

- "Narcisse" -

Nicolas Dupont-Aignan admet de son côté un "désaccord de ligne politique", derrière lequel il voit une "blessure" de M. Tanguy, qui n'a pas été investi aux régionales.

Mais il accuse surtout Marine Le Pen de vouloir "l'abattre" parce qu'elle est "furieuse de (sa) candidature". "Je ne suis pas l'UDI du Rassemblement national", dit à l'AFP le candidat, crédité par l'Ifop début octobre de 5 à 8% des voix, contre 24 à 27% pour Marine Le Pen au premier tour la présidentielle 2022.

Nicolas Dupont-Aignan "a toujours défendu la stratégie de Narcisse", qui tomba amoureux de son reflet dans l'eau et en mourut, estime Maxime Thiébaut, qui a quitté DLF le jour où le chef du parti refusa de répliquer aux législatives son alliance avec le FN.

"La seule chose qui compte pour lui c'est de sauver sa circonscription" de l'Essonne, que le député avait failli perdre en 2017 après son accord de second tour, et qui devra compter sur le soutien des Républicains pour la regagner en 2022, affirme à l'AFP l'ancien militant, alors que M. Dupont-Aignan prend soin d'épargner LR depuis septembre.

"Nicolas Dupont-Aignan n'a pas encore compris qu'il ne sera pas président de la République, alors qu'il pourrait être un très bon ministre", soutient-il. "A force de se mentir tout seul, il finit par s'isoler".

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