"Le plus grand champ de mines du monde": l'Ukraine lance une grande campagne de sensibilisation

Extrait de la vidéo postée par le ministère des Urgences ukrainien - Capture d'écran Twitter
Extrait de la vidéo postée par le ministère des Urgences ukrainien - Capture d'écran Twitter

Au gré des offensives, des replis, et des occupations, l'envahisseur russe laisse derrière lui un arsenal de mines antipersonnel, piégeant de vastes régions du territoire de l'Ukraine. Une pratique, condamnée par le droit international, qui fait peser une lourde menace sur les populations, d'autant plus aiguë qu'elle promet de s'étaler sur plusieurs décennies.

En réaction, le gouvernement ukrainien a diffusé jeudi sur les réseaux sociaux une vidéo pour sensibiliser ses concitoyens au danger.

"La règle des trois 'Non'"

On y voit un promeneur se balader en forêt et aviser une mine. Gardant son sang-froid, il s'éloigne précautionneusement et compose le numéro dédié au déminage: le 101. "N'approchez pas! Ne pas toucher! Ne pas paniquer! 'La règle de trois 'Non' est le message principal", résume le tweet accompagnant l'illustration.

Pour afficher ce contenu, vous devez mettre à jour vos paramètres de confidentialité.
Cliquez ici pour le faire.

250.000 km2 infestés par les mines russes

Ce film pédagogique mis en ligne par le ministère ukrainien des services d'urgence fait directement écho aux propos tenus, samedi dernier, par le Premier ministre Denys Chmyhal à l'agence sud-coréenne Yonhap. Il y dépeignait son pays comme le "plus grand champ de mines du monde".

"C’est actuellement le plus grand champ de mines du monde. Non seulement, il rend les déplacements difficiles pour les gens, mais il provoque également des perturbations majeures dans l’agriculture, qui est l’une de nos principales industries", a-t-il en effet déclaré.

Le chef du gouvernement ukrainien a même livré une estimation plus précise de la superficie piégée: 250.000 km2, une zone minée excédant la surface de la péninsule coréenne prise dans son ensemble (221.000 km2 d'après le décompte de Yonhap), de la Roumanie (238.000 km2), et même du Royaume-Uni (244.000 km2).

"Au moins 50 ans" de déminage à prévoir

Les locaux ne se débarrasseront pas de sitôt d'une pareille pollution par ces engins de mort. Citée ici par Le Monde, Perrine Benoist, directrice du département de la Réduction de la violence armée pour Handicap international évaluait déjà au mois d'avril auprès de l'AFP à "au moins 50 ans" la durée du déminage à prévoir en Ukraine. "On démine toujours au Laos, au Cambodge et au Vietnam, cinquante à soixante ans après", soulignait-elle encore.

Un constat qui renvoie à cette explication fournie par Frédéric Joly, porte-parole du Comité International de la Croix-Rouge en France, à BFMTV.com il y a quelques jours: "Le minage se fait de façon massive, le déminage, c'est mine par mine".

Le même article relayait encore le sombre agenda dévoilé par Denys Marchuk, vice-président du Conseil agraire ukrainien: "Un jour de guerre entraîne un effort de déminage d'un mois sur certains territoires". La gageure est d'autant plus grande qu'au déclenchement des hostilités, l'Ukraine ne s'était pas encore remise des mines déposées par les séparatistes en 2014.

26,5 millions de mines russes

Les 11 mois de guerre qu'elle a traversés depuis l'invasion par la Russie le 24 février ont donc aggravé une situation déjà alarmante. Et si l'Ukraine est aujourd'hui si désespérément gangrenée, c'est en raison du cynisme et de la puissance de feu des Russes dans ce domaine, à en juger par le rapport de l'Observatoire des mines publié en novembre dernier et épluché ici par Le Monde.

D'une part, le document assure que les Russes ont pour l'heure employé sept modèles de mines antipersonnel contre la nation qu'elle a agressée - six à fragmentation et une à effet de souffle. D'autre part, l'Observatoire des mines note que forte de 26,5 millions de mines, la Russie en détient le stock le plus important au monde.

L'assistance de la communauté internationale

Des chiffres qui confèrent une résonance particulièrement dramatique aux appels régulièrement lancés par le président ukrainien Volodymyr Zelensky à la face de la communauté internationale, en forme de plaidoyer pour obtenir son assistance dans cette bataille du déminage qui ne fait que commencer.

Ses partenaires ont conscience des enjeux. Dès le mois d'août, les Américains ont promis le versement de 89 millions de dollars à leur allié pour l'aider à faire face à cette menace. Le 30 décembre dernier, le ministre de la Défense britannique, Ben Wallace, s'est engagé à fournir 1000 détecteurs de métaux à cet effet et 100 kits anti-explosion.

Aussi pléthoriques que paraissent ces livraisons, leurs expéditeurs devront sans doute les renouveler au vu de l'ampleur du sol à couvrir et de la prolongation d'un conflit qui ne semble pas prêt de finir.

En attendant, l'onde provoquée par les mines russes dans la population ukrainienne est déjà dévastatrice. D'après le rapport de l'Observatoire des mines, le Haut commissariat aux droits de l'Homme des Nations unies a recensé 277 victimes civiles ukrainiennes entre le 24 février et la mi-septembre 2022.

Article original publié sur BFMTV.com