Le gouvernement trébuche sur le couvre-feu, les oppositions s'en donnent à cœur joie

Jules Pecnard avec AFP
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Le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, et le Premier ministre Jean Castex, à l'Assemblée nationale le 3 novembre 2020 - AFP / Stéphane de Sakutin
Le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, et le Premier ministre Jean Castex, à l'Assemblée nationale le 3 novembre 2020 - AFP / Stéphane de Sakutin

Elles n'allaient pas se priver. Depuis que Gabriel Attal a été contredit par Matignon, trois quarts d'heure après avoir affirmé sur notre antenne qu'un nouveau couvre-feu entrerait en vigueur en Île-de-France, les oppositions politiques ont lâché les chevaux. Comme une résurgence des fameux "couacs" devenus monnaie courante durant le quinquennat Hollande.

À droite comme à gauche, du Rassemblement national à La France insoumise, en passant par Les Républicains et le Parti socialiste, tous ont vivement critiqué le cafouillage de l'exécutif sur les mesures de restriction sanitaire. Qui plus est, alors même que le nouveau confinement, auquel s'adossent de nombreuses (et parfois confuses) dérogations, est loin de susciter la même unanimité que le premier.

"Les Français n'y comprennent plus rien"

"Soyez fiers d'être des amateurs", a par exemple taclé le président du groupe LR au Sénat, Bruno Retailleau. Une allusion à la phrase lancée en février par Emmanuel Macron aux députés de sa majorité après un autre "couac", celui sur le vote du deuil pour décès d'enfants. Son homologue de l'Assemblée nationale, Damien Abad, a argué auprès de BFMTV que ce nouvel épisode traduisait "un malaise dans le gouvernement".

"Il y a des ordres, des contre-ordres, l'incohérence permanente, et ça donne le tourni et ça déboussole totalement les Français. Il nous faut aujourd'hui de la clarté, de la cohérence et de la constance. (...) Aujourd'hui, les Français n'y comprennent plus rien", juge le patron des députés LR.

Quant au secrétaire général du parti, Aurélien Pradié, il s'est fendu d'un tweet raillant l'inconstance supposée de l'exécutif. "Ouvert. Fermé. Ouvert. Fermé... Et si un seul Français ne comprend pas, c'est qu'il est irresponsable", a écrit le député du Lot.

La présidente de la région Île-de-France (ex-LR) Valérie Pécresse a elle fustigé un "manque de respect inacceptable vis-à-vis des collectivités locales", qui "n'a fait l'objet d'aucune concertation", en s'interrogeant: "Matignon dément... Jusqu'à quand?"

"Propos martiaux"

À gauche, même topo. Sur notre antenne, le député LFI Adrien Quatennens a jugé que ces apparentes contradictions étaient dues "au fait que Gabriel Attal est porte-parole d'un gouvernement qui ne gouverne plus". Comme le martèle régulièrement Jean-Luc Mélenchon, le député du Nord a affirmé que les décisions sur la crise sanitaire "ne sont plus prises en Conseil des ministres, mais dans le cadre du Conseil de défense".

"Ordres et contre-ordres, propos martiaux et couacs, gestion à la petite semaine... Les Français méritent mieux! Que fait le Premier ministre?" a lancé sur Twitter le sénateur PS du Val-d'Oise Rachid Temal.

À Matignon, on a tenté d'éteindre l'incendie. "Le préfet de police a évoqué cette mesure au regard de certaines situations observées en soirée à Paris", comme des regroupements devant des restaurants faisant de la livraison, mais cette mesure de couvre-feu n'est "pas décidée à ce stade", a assuré le cabinet de Jean Castex auprès de l'AFP, en précisant qu'"une décision sera prise dans les prochains jours".

Un conseiller de l'exécutif a ensuite précisé que la mesure, proposée par la préfecture de police, avait été présentée lundi par le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin, lors d'une réunion à Matignon où elle a "recueilli une quasi-unanimité des ministres présents".

Mais Gabriel Attal "aurait dû mettre davantage de conditionnel, d'autant que les discussions avec Anne Hidalgo et Valérie Pécresse n'avaient pas encore eu lieu", selon la même source. Une absence de précaution dans laquelle les oppositions ont sitôt fait de s'engouffrer.

Article original publié sur BFMTV.com