Gorō Miyazaki raconte les coulisses de "Aya et la Sorcière", le premier Ghibli en 3D

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Aya et la sorcière, le nouveau film de Goro Miyazaki - Ghibli
Aya et la sorcière, le nouveau film de Goro Miyazaki - Ghibli

La diffusion sur Netflix, ce jeudi 18 novembre, d'Aya et la Sorcière est un événement. Première production du studio Ghibli à sortir depuis Souvenirs de Marnie en 2014, ce troisième film signé Gorō Miyazaki est également le premier long-métrage du studio à avoir été réalisé en 3D.

Son père, Hayao Miyazaki, s’était essayé à la technique il y a quelques années, réalisant dans la douleur Boro la chenille, un court métrage destiné au musée Ghibli dont la production complexe a été chroniquée dans le documentaire Hayao Miyazaki: Never Ending Man (2019).

Si le rendu graphique d’Aya et la sorcière a divisé les fans, le réalisateur justifie auprès de nous son choix, motivé par l’envie de diversifier les activités de Ghibli, vénérable studio qui a fermé ses portes quelques années au milieu des années 2010.

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Adapté d'un roman de Diana Wynne Jones, dont Hayao Miyazaki a déjà adapté Le Château ambulant, Aya et la sorcière suit les aventures d'une jeune orpheline malicieuse et débrouillarde. Sa vie change lorsqu'elle rencontre un étrange duo de sorciers qui lui propose de vivre avec elle.

Après Les Contes de Terremer et La Colline aux Coquelicots, Gorō Miyazaki revient avec un film plus léger, un conte fantastique doté d’un humour burlesque rare chez Ghibli. Un changement de registre dont s’explique ici le réalisateur, qui évoque aussi les coulisses de son film et la collaboration avec son père.

Pourquoi avoir choisi de réaliser ce film en 3D et non en 2D?

Avant de travailler sur Aya, j’ai réalisé pour un autre studio une série nommée Ronya, fille de brigand, qui était déjà en 3D. Grâce à cette expérience, j'ai pu découvrir les spécificités de la 3D. C'est ce qui m'a donné envie de prolonger mon apprentissage avec Aya. D’autre part, j’ai beaucoup discuté avec le producteur Toshio Suzuki. Si pour lui le studio Ghibli doit continuer de travailler sur des films en 2D, animés à la main, il lui semble important aussi de se confronter au défi de produire un film en 3D. C'est aujourd'hui la méthode dominante de l’animation mondiale et de son point de vue il est logique de s’ouvrir à cette autre possibilité.

Dans quelle mesure la production complexe de "Boro la chenille" vous a-t-elle aiguillé sur ce qu'il fallait faire et ne pas faire pour Aya? On remarque au générique d'"Aya" la présence du responsable de l’animation 3D Yukinori Nakamura, qui est le seul rescapé de l’aventure "Boro"...

Ce qui a amené M. Nakamura sur ce projet-ci, c’est que j’ai pu le voir travailler sur Boro la chenille. Pour le dire très simplement, c’est lui qui travaillait le plus dur! J’avais été tellement frappé par son implication que lorsque nous nous sommes lancés sur Aya, je lui ai proposé de nous rejoindre. En animation, il est nécessaire d'avoir un grand savoir-faire technique, du talent, mais aussi de la persévérance. Quand on travaille inlassablement sur le détail d’un plan, pour trouver la bonne nuance dans le mouvement, il faut être endurant. Pouvoir compter sur lui pour Aya était très rassurant.

Le film est très burlesque, et l’animation est plus cartoonesque que photoréaliste, ce qui est très inattendu par rapport à vos deux premiers films. Pourquoi?

J’avais tendance à considérer que les sujets sérieux m’intéressaient davantage et, l’expérience venant, je me suis rendu compte que raconter une histoire comique et burlesque me convenait peut-être même mieux! Travailler dans une logique qui soit plus cartoonesque que photoréaliste correspond mieux à ce qu’on voulait faire avec ce film, à ce que le film demandait, parce qu’on voulait vraiment s’adresser aux enfants.

Il paraît d’ailleurs que vous avez réalisé ce film avec une équipe jeune, sans consulter la vieille garde de Ghibli...

Tout à fait. On a d’abord réuni le cœur de l’équipe, qui était assez jeune, puis on a fait appel à des animateurs freelance et à des studios qui sont venus en renfort sur la production. M. Nakamura, un des piliers de l’équipe, a réuni assez naturellement des gens de la même génération que lui. En comparaison de l’âge moyen des animateurs sur mes différents projets jusqu’à présent, on est arrivé à une moyenne d’âge nettement plus jeune et M. Suzuki en nous voyant travailler nous a dit qu’il avait l’impression de voir le studio Ghibli tel qu’il existait autrefois. Il nous a dit qu’il avait retrouvé l’énergie, la jeunesse et le dynamisme qui existait autrefois à Ghibli lorsqu'eux-mêmes ont débuté!

Pourquoi les productions Ghibli parlent-elles souvent d’enfants abandonnés par leurs parents?

Je crois que c’est parce que ce sont des situations qui par nature confrontent les enfants à des épreuves et donc constituent une clef dans leur construction. Ces récits vont leur permettre de s’émanciper, de grandir, d’évoluer. C'est un choix de dispositif de cinéma qui permet d’envoyer un message clair au spectateur, un message d’encouragement, pour mieux permettre aux enfants de se confronter à ces épreuves.

"Aya et la sorcière" est-il une réflexion sur la crise démographique que traverse le Japon, sur l’omniprésence des adultes, et l’absence des enfants dans l’archipel?

Oui, la situation démographique est aujourd’hui compliquée au Japon. Les gens qui sont septuagénaires aujourd’hui, qui sont de la génération de M. Suzuki, qui sont nés dans les années suivant immédiatement la guerre, les baby-boomers, sont très nombreux. Ils représentaient au sein de la société une force qui était importante. En tant que génération, ils avaient le moyen de faire entendre leur voix. Ils voulaient remplacer les adultes, et défendre leurs propres valeurs. Ce qu’ils ont fait. Aujourd'hui, les jeunes sont en minorité au Japon. Le dispositif narratif d’Aya et la sorcière reflète cette réalité: on y découvre un enfant seul qui essaye de trouver des solutions face à des adultes qui du haut de leur grand âge lui balancent des reproches et des ordres.

Hayao Miyazaki a initié le projet. A-t-il suivi le projet? Vous a-t-il donné des conseils?

Une fois le projet lancé, j’ai eu l’occasion de discuter avec lui un moment sur un des enjeux principaux du film: comment représenter un personnage qui manipule son entourage. La manipulation, ce n’est pas faire obéir par la contrainte, ce n’est pas non plus piéger quelqu’un: il y a un terme en japonais qui consiste à dire que pour manipuler votre interlocuteur, il faut d’abord lui plaire. Il faut que vous preniez à ses yeux une certaine valeur. Une fois toutes ces questions posées, lorsque le projet est entré en production, il n’a quasiment plus eu son mot à dire. Il n’est pas venu nous donner son avis par la suite.

Est-ce que vous travaillez sur un autre film pour Ghibli ?

Le producteur M. Suzuki m’incite fortement à réaliser une suite d’Aya et la sorcière. Je suis un peu gêné, parce que je travaille aussi sur la construction du parc Ghibli, donc je ne suis pas certain de pouvoir me lancer sur la suite.

Article original publié sur BFMTV.com

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