Good morning d'Atlanta, mobilisée pour faire basculer la Géorgie dans le camp démocrate

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Joe Biden se déplace ce mardi 27 octobre en Géorgie, un État dans l'escarcelle des républicains depuis 30 ans mais que les démocrates espèrent emporter cette année. Donald Trump et Joe Biden sont au coude à coude dans les sondages. RFI s’est rendu à Atlanta où vendredi dernier déjà, la candidate démocrate à la vice-présidence, Kamala Harris, a fait une visite surprise, pour mobiliser les électeurs afro-américains.

De notre envoyée spéciale à Atlanta,

Kamala Harris s’est d’abord rendue devant une immense fresque en hommage au parlementaire John Lewis, icône des droits civiques qui est mort cet été et qui était originaire d’Atlanta. Elle a ensuite rencontré des étudiants dans l’une des quatre universités noires historiques de la ville. Puis elle est ensuite passée se chercher une assiette de poisson frit et de chou vert à Busy Bee, un petit restaurant d’un quartier noir assez pauvre où, selon la légende, Martin Luther King, natif d’Atlanta lui aussi, venait souvent. « Elle a juste fait des signes de la main, des selfies, raconte un homme. Il y a plein célébrités qui passent ici, Oprah Winfrey, Jay Z. »

Tout le monde salue M. Sam, il est assis sur une chaise devant le barbier, c’est un ancien du quartier. Il a 75 ans mais il ne les fait pas, et il n’a pas trop envie de nous dire pour qui il a voté. « Non, c’est personnel, mais c’est sûr que je n’ai pas voté pour Trump », rit-il. Et quand on lui demande s’il a l’impression que les gens d’ici sont plutôt favorables aux démocrates, voilà sa réponse : « Pas vraiment non ! Il y a des gens qui aiment Trump, d’autres Biden. » De quoi nous rappeler que la communauté noire n’est pas un bloc homogène, ce sont surtout les jeunes d’ailleurs qui sont un peu sceptiques.

« On juge les élus à leurs actes, je me fiche de quelle couleur tu es »

Juste à côté, il y a un petit trio de jeunes femmes, trentenaires qui attendent leur commande sur le parking. Pour elle, la candidature de Kamala Harris ne change rien. « Je ne sais pas qui a dit qu’elle avait nos voix ! Comme si on devait s’aimer par magie entre filles noires, ça ne se passe pas comme ça, assurent-elle. On juge les élus à leurs actes, je me fiche de quelle couleur tu es. Parlons du projet de loi sur la criminalité que Joe Biden a soutenu, il ne s’est pas vraiment excusé des conséquences que ça a eu. »

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Le loi sur la criminalité signée en 1994, dont Joe Biden était l’un des fervents défenseurs, voilà un gros point noir pour un certain nombre d’Afro-Américains, notamment ceux des quartiers populaires. Parce que cette loi a criminalisé la possession de drogues, marijuana inclue, durci les peines et ainsi provoqué l’incarcération massive de milliers de personnes, majoritairement des Noirs américains. Et c’est d’ailleurs sur ce point en particulier que Donald Trump attaque son concurrent.

Mais il y a fort à parier tout de même que ces critiques ne font pas le poids face au danger que représente Donald Trump pour la majorité de la communauté noire, et c’est bien là-dessus que Kamala Harris a insisté. Elle a dénoncé sans détour la non-gestion du Covid-19 par le président, qui a touché de manière disproportionnée les Noirs américains, l’obsession qu’il a d’effacer l’héritage de Barack Obama et son soutien tacite aux thèses des suprématistes blancs.

Atlanta la progressiste au milieu d'un État conservateur

Alors le vote des Afro-Américains peut-il faire basculer l’État ? C’est ce que pensent plusieurs observateurs à qui j’ai parlé, et notamment ce groupe de femmes noires extrêmement investies dans la campagne. Elles labourent leur quartier, impliquent leurs voisins, poussent leur entourage à aller voter, et trois fois par semaine elles se réunissent pour une balade en forêt. Elles font le bilan de leurs impressions et elles sont plutôt optimistes. « On est hyper excitées, on pense que la Géorgie va passer du rouge au bleu ! espèrent-t-elles. On veut du changement en Amérique. On prie beaucoup, mais on la sent bien cette élection. Joe Biden, bon, il a été assez constant pendant ces 47 ans passés au Sénat, il n’est pas parfait, mais qui l’est ? »

Mais Atlanta suffira-t-elle à gagner l’élection ? Certes la ville où vit une classe moyenne noire prospère, est progressiste, et a porté au pouvoir des maires exclusivement afro-américains et démocrates depuis 1978. Certes la ville pèse beaucoup puisque 60% de la population de la Géorgie habite ici. Mais c’est vrai que le reste de la Georgie est plus blanc, plus républicain, l’État est d’ailleurs administré par les conservateurs, qui, à nouveau, ont réussi à limiter le nombre de bureaux de vote en particulier dans les zones à majorité afro-américaine. Une façon de dissuader les gens puisque voter implique d’attendre plusieurs heures dans de longues files d’attente. Cette méthode avait déjà été utilisée lors d’une élection spéciale en juin dernier pour choisir le gouverneur. Cela s’est joué à quelques dizaines de millier de voix près, de quoi susciter un très fort sentiment d’injustice, qui explique en partie pourquoi les Afro-Américains en Géorgie sont particulièrement déterminés et se déplacent en masse depuis le début du vote anticipé. Sachant, qu’en plus cette année, il y a deux sièges de sénateurs à assigner pour la Géorgie.